L’écrivain Ernest Hemingway s’est entiché de la Ville Lumière au début des années folles. Ses premières expériences parisiennes sont célébrées dans des fragments autobiographiques regroupés sous le titre «Paris est une fête». Moins d’un siècle plus tard, Paris reste – que cela plaise ou non – la ville de tous les délices. La Seine frétille, les monuments s’illuminent, les théâtres rient aux éclats, les taxis badinent et, tandis que les toques et les shakers vibrionnent, les hôtels de luxe se refont une beauté. Il est l’heure d’aller rive droite pour flirter avec les étoiles, marivauder, siroter, gambiller, bref, mener la vie de palace dans sa version nec plus ultra.

Par Christine Brumm

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Plaisir des yeux
 
(et du palais)

Je ne suis pas près d’oublier le Royal Monceau-Raffles. A l’entrée du palace, situé à un pas de l’Arc de Triomphe, le tapis rouge en forme de croix révèle l’identité du démiurge d’un ouvrage entièrement voué à l’art contemporain : Philippe Starck. Disons-le sans ambages, l’ensemble est luxueux, fonctionnel et furieusement spectaculaire ; les apôtres sont aux anges, les incrédules revoient leur copie. Une galerie et une boutique d’art font le bonheur d’amateurs éclairés et, là, on ne boude pas son plaisir. Au gré de ma déambulation, l’une ou l’autre singularité mordille ma curiosité : un troupeau de cerfs qui apparaît au détour d’un palier, la Fender dans ma suite, le seul et unique fauteuil rouge parmi les 99 conçus pour la salle de cinéma de l’hôtel – les cinéphiles sont dans leur élément – ou encore une surprenante petite nature morte en relief. La décoration fait la part belle à la photographie d’auteur et aux miroirs. Heureusement que je ne suis pas la plus belle, car de voir mon image se refléter ainsi à l’infini est un brin déboussolant. Côté cuisine, il se produit quotidiennement de petits et de grands prodiges. Si le petit déjeuner, c’est Byzance, le Matsuhisa – le restaurant japonais associé à l’hôtel – est un phénomène en soi. Une enfilade de bouchées péruvo-japonaises, présentées avec érudition par de jeunes serveurs enthousiastes, me mène illico presto au septième ciel. Repue et charmée, je m’élance vers le chef et, bravant l’étiquette japonaise, je le serre fort dans mes bras pour lui exprimer ma gratitude. Ainsi soit-il.

Hôtel Le Royal Monceau-Raffles*****
37, avenue Hoche – 75008 Paris – www.leroyalmonceau.com

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Les
fleurs de Bacchus

Lorsque je foule les sols marbrés du George V, je songe à ses entrailles, lesquelles recèlent des flacons millésimés susceptibles de rendre fou plus d’un collectionneur. D’ailleurs nombre d’entre eux sont prêts à toutes les excentricités pour succomber au délice. Pour les amoureux incurables de la dive bouteille, une visite de la cave pourrait s’envisager… mais chut ! Si cet aspect des choses vous laisse insensible, vous le serez nettement moins en découvrant les prestations très haut de gamme de l’un des palaces les plus prisés de Paris, voire du monde. Le George V en trois mots, bien qu’il m’en coûte de n’en livrer davantage: sublime… Sublime ? ! Su-blime ! Allez, deux ou trois révélations cependant. Implanté dans le Triangle d’or de la capitale, l’hôtel coule des jours heureux au sein du secteur le plus luxueux de Paris. Avec la nuée de fleurs flamboyantes qui enluminent journellement ses intérieurs, le George V cultive une originalité qui exalte la magie déjà toute particulière des lieux. Quant à l’antichambre du spa, décorée dans un pur style Louis XVI, c’est l’une des bonbonnières les plus romanesques qu’il m’ait été donné de voir.

Le Four Seasons Hotel George V***** Palace
31, avenue Georges V – 75008 Paris – www.fourseasons.com/paris

 

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My duke is rich

Au numéro 13 de l’opulente rue de la Paix, à côté de la place Vendôme, je glisse avec volupté derrière l’imposante façade haussmannienne qui abrite l’hôtel Westminster. De l’aristocratique hall se dégage d’emblée une atmosphère emplie de vécus et de promesses. Je m’installe doucettement dans une chambre Signature ; de facture classique, elle est tout en harmonie avec les ultimes exigences d’une clientèle raffinée. Au Duke’s, le piano bar de l’hôtel, anecdotique et jazzy à ses heures, un bon fauteuil club en cuir m’ouvre galamment ses bras et me convie à goûter, via les portraits sur les murs vert anglais, la savante  ompagnie des plus belles plumes britanniques. Occupée à rêvasser, je n’attends plus que le tintement de la clochette annonçant le dîner au Céladon où, comme de juste, une étoile brille dans les cuisines. Dans ce coquet restaurant aux allures de sage boudoir, le premier duc de Westminster – il résidait en ces nobles murs au cours du XIXe siècle – se sentirait aujourd’hui fort à son aise.

Hôtel Westminster****
13, rue de la Paix – 75002 Paris
warwickhotels.com/westminster

Ma cachette «crazy chic»

Si, comme moi, vous aspirez à la vie de château dans un petit coin de campagne au cœur de la ville, envolez-vous vite vers le Saint James Paris, proche du bois de Boulogne et du Trocadéro. C’est en montgolfière que je me voyais arriver en cet endroit très particulier, jadis le premier aérodrome de Paris. Et comme, sous ses dehors un peu solennels, l’altière demeure abrite – depuis qu’elle a été revisitée par la géniale Bambi Sloan – un univers délicieusement fada, l’idée ne me semblait pas si farfelue. Finalement, c’est un chauffeur de taxi des plus prévenants qui me dépose dans la cour d’honneur. Les réjouissances débutent dans le lobby, lequel m’accueille en tenue de gala. Deux têtes de zèbre qui veillent sur une guirlande de lustres et un bel escalier à la fois filmique et espiègle sont de la partie. La fête se poursuit dans les 49 chambres et suites: on y rencontre Madeleine Castaing ou la dernière reine d’Ecosse, aussi bien que Visconti ou Magritte. Chacune est un conte, un hommage, où l’audace, la fantaisie et la gaieté règnent en nouvelles fées du logis. Avec la bibliothèque, une merveille à nulle autre pareille, on atteint le point d’orgue ; si je me réincarne en livre, qu’on me glisse discrètement parmi les inestimables ouvrages qui s’y reposent depuis un siècle. Et le reste, alors? A l’avenant. Du restaurant au jardin en passant par le spa, le Saint James Paris tient indiscutablement son rang. Et si, pour vivre tout à fait heureux, il faut vivre caché, nous savons désormais où aller.

Le Saint James Paris*****
43, avenue Bugeaud – 75016 Paris
www.saint-james-paris.com

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Emois et toits

On aime beaucoup le restaurant Le Mathis. A la lueur des bougies qui éclairent amoureusement les tables de cette petite salle tenue avec brio et humour – des qualités qui font que l’on s’y attarde volontiers –, je succombe aux plaisirs d’une cuisine française de bon aloi. L’essentiel est là: une carte concise sans demi-teintes ni chichis, apte à satisfaire les gourmets, les capricieux et autres indécis. Après un ultime mocktail ponctué d’un éclat de rire tonitruant, je quitte les proches abords des Champs-Elysées pour me rendre au pied de la butte Montmartre.

A Pigalle, cela fait belle lurette que ce n’est plus la pagaille. Exit tripots, lupanars et vieilles canailles de tout poil, l’heure est à une ambiance pimpante, festive et branchée. Attirée par un concept dont la seule évocation me met en joie, le Bed and Beverage – c’est l’idée du bien dormir faisant corps avec celle du boire bon –, je dépose valise et clichés au Grand Pigalle Hôtel. Un long comptoir m’accueille sans tralalas ; entre vins italiens, vins innocents et vins coquins, je ne sais plus où donner de la tête, mais je sais raison garder. Douillettement installée dans une ravissante chambre au design rétro, je me dis que les toits de Paris sont décidément bien photogéniques ce soir.

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Restaurant Le Mathis
3, rue de Ponthieu – 75008 Paris
www.hotelmathis.com/restaurant-bar

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Grand Pigalle Hôtel

29, rue Victor Massé – 75009 Paris
www.grandpigalle.com

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Un Hongkongais
à Paris

Dans la proximité de l’Arc de Triomphe, The Peninsula Paris, fraîchement labellisé palace, a sorti le grand jeu. Classieux et sophistiqué, cet hôtel affiche, comme il se doit, une forte personnalité et fait montre d’une technologie qui frise la perfection. Un léger trouble m’envahit lorsque je découvre que, via une tablette interactive et polyglotte – saurais-je l’utiliser sans demander secours ? –, on contrôle absolument tout dans sa suite: luminosité, ventilation, connexions internes et externes, multimédia. Et quand on m’explique que ce petit gadget fixé au mur est un sèche-ongles, je me repens d’avoir verni les miens ce matin. Pour me remettre de ces émotions, rien de tel qu’un excellent repas. Mais voici que ma gourmandise est mise à l’épreuve, car il va falloir choisir – et donc renoncer – entre les deux restaurants phares du Peninsula, qui font fantasmer le Tout-Paris. Si L’oiseau Blanc, avec sa cuisine de haute voltige et sa vue vertigineuse à 360°, fait tourner toutes les têtes, le LiLi est l’étape immanquable pour les fins connaisseurs de la gastronomie cantonaise. Je rêve depuis longtemps de dîner dans un décor d’opéra, et c’est sous le regard énigmatique de Lili, cantatrice chinoise des années 1920, ici superbement représentée sur une vaste fresque, que je pénètre dans un cadre aussi splendide qu’envoûtant, afin de déguster, enfin, la fine fleur de
ces prodigieux petits mets bien connus sous le nom de dim sum.

Hôtel Le Peninsula*****
19, avenue Kléber – 75116 Paris – paris.peninsula.com


 

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Bulle exotique

Distingué palace en 2014, soit trois ans après son ouverture, il évolue depuis dans la cour des très grands. Le Mandarin Oriental crée, près du jardin des Tuileries, un cadre de vie étincelant et sélect, dont la magnificence teintée d’exotisme ne laisse personne indifférent. Flattée par l’éventail de raffinements habilement mêlés qui se déploie avec générosité à chaque étage, l’expérience
sensorielle est ici proche du summum. Le nec plus ultra étant de profiter du somptueux havre de paix en plein cœur de la ville lumière, un jardin exotique de 455m2. Abasourdissant, élégant, éternelle et ce au cœur de la capitale du monde des lettres.

Hôtel Le Mandarin Oriental***** Palace

251, rue Saint-Honoré
75001 Paris
www.mandarinoriental.fr/paris


Ritzy
 le 
magnifique

Place Vendôme, la porte à tambour du Ritz a repris du service depuis le début
de l’été. Un demi-tour de carrousel et me voici transportée dans la légende dorée qui auréole l’un des hôtels les plus fascinants du monde. Siroter un bloody mary à la mémoire d’Ernest Hemingway s’impose, n’est-ce pas ? Sur le chemin qui mène au bar qui porte son nom, l’élégant escalier d’honneur tiré à quatre épingles, l’exquis lobby égayé d’un bleu magnétique et le jardin paysager si joliment réaménagé à la française me mettent de charmante humeur. Joyau parmi les joyaux, le Ritz a accompli la prouesse d’être à la fois dans l’air du temps et hors du temps.

Hôtel Ritz*****
15, place Vendôme
75001 Paris
www.ritzparis.com

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Sanctuaire stylisé

Après être passée devant l’illustre et munificent Café de Flore, je m’enfonce dans les rues pavées du quartier de Saint-Germain-des-Prés et flâne avec délice entre ses murs haussmanniens. Alors que je goûte volontiers à cet égarement raffiné, voici que les pierres blanches du Saint se dressent de manière vertigineuse et fastueuse devant moi, unissant amoureusement la rue del’Université à celle du Pré-aux-Clercs. Autrefois siégeaient ici le Saint Vincent, le Saint Thomas d’Aquin et le Lenox, dont la fusion a donné naissance à cet hôtel particulier dont je franchis le seuil avec appétit. Le hall, déjà, révèle l’inspiration stylistique qui a fait éclore, partout dans l’établissement, moulures, épaisses draperies et augustes sièges : le style épris de mobilier XIXe et d’anglicismes de Madeleine Castaing est exhumé dans une ambiance élégamment ontemporaine. A l’étage, une Junior Suite m’ouvre ses bras et ses rideaux bayadères, qui laissent coquettement filtrer la lumière sur les photographies urbaines de Pierre-Elie de Pibrac ornant les murs de ce discret cocon. On me chuchote à l’oreille que le bar du Kult, le restaurant néo-bistrot malicieusement niché à la pointe de l’hôtel, propose aux épicuriens de tous horizons une carte de dix cocktails aussi inédits que mystérieux. Mon «Basil Punch» à la main, je vais m’enfoncer avec volupté dans un des fauteuils larges du salon Saint-Vincent et oublie un instant où je me trouve, l’esprit boudoir du lieu et son ambiance feutrée m’ayant transportée dans le confort d’une élégante maison bourgeoise française.

LE SAINT
3, rue du Pré-aux-Clercs
75007 Paris
www.lesainthotelparis.com

Douce sentinelle

A quelques pas de l’Elysée, le voici qui apparaît, imperturbable et distingué: le Bristol. Sitôt passé son seuil, je ressens une douceur inouïe, qui me fait abandonner toute forme d’agitation au vestiaire. Mazette! Où que mon regard se pose, chaque chose est absolument charmante, amoureusement choisie et joliment ordonnée. Le leitmotiv de la maison est de viser la perfection pour atteindre l’excellence. Bien des atouts, ma foi, concourent à créer un lieu hors du commun: la décoration, émaillée de tableaux de maîtres, de tapisseries et de sculptures d’époque, est parmi les plus soignées; la piscine-voilier bordée d’une terrasse offrant une vue sur les toits de Montmartre est comme suspendue dans les airs; des mets quadruplement étoilés vont de pair avec des entremets singulièrement épanouis. Dans le jardin d’agrément à même de lénifier les cœurs les plus échauffés, Fa-Raon, le chat birman, s’étire près des colonnes; il est à l’image de ce domaine dont il est le roi: authentique et indéchiffrable. Car, ce qui me subjugue le plus, c’est ce je-ne-sais-quoi propre au Bristol, lié à cette délicate alchimie que seule la rencontre entre hommes de tête et gens de fête, d’ici et d’ailleurs, sybarites et esthètes, illustres lurons et heureux anonymes, peut faire naître. Et si, de l’accueil au service, des yeux au palais, de l’hygiène au confort, tout semble ici aller de soi, c’est que rien n’est laissé au hasard. Je suis rassurée, l’art de vivre à la française a sa sentinelle.

Hôtel Le Bristol Paris*****
112, rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 Paris
www.lebristolparis.com

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A propos de l'auteur

Christine Brumm
Buveuse de mots

Buveuse de mots jamais désaltérée, Christine Brumm sélectionne pour la page littérature de Trajectoire les meilleurs crus du moment: elle les absorbe, les presse amoureusement, histoire de proposer un condensé pur jus.