À Rome, en janvier dernier, Angelina Jolie s’est vêtue de sobriété. Dans un complet noir, les cheveux noués, elle traverse l’ovale de la cour de la Casina Pio IV, qui abrite l’Académie pontificale des sciences sociales. Son sourire l’accompagne alors qu’elle franchit le seuil de ce pavillon lové dans les jardins du Vatican. Le pape François sera bientôt là. Angelina est droite sur ses talons. Un doigt posé sur la bouche, elle fait signe à ses enfants de garder le silence lorsque la silhouette drapée du Saint-Père apparaît. Les mains se serrent chaleureusement et le corps de l’actrice s’incline pieusement. La rencontre s’achève déjà. Peu importe la brièveté de l’instant, ce jour est sacré pour l’Américaine qui, un peu plus tôt dans la matinée, a vu son film Invincible projeté au Vatican. Dans ce deuxième long-métrage qu’elle réalise, Angelina Jolie retrace la vie de Louis Zamperini, un ancien athlète olympique fait prisonnier durant la Seconde Guerre mondiale. Une histoire née d’une rencontre…

 

L’interview…

Par Nicole Real
Angelina Jolie, mars 2015, Magazine Trajectoire © Alexei Hay
On a rencontré Angelina à Paris, où elle donnait quelques interviews exclusives. Star planétaire, elle n’a pas vraiment besoin de se plier aux exercices promotionnels. Mais ce jour-là, c’est de ses films en tant que réalisatrice qu’elle vient parler, de ses ambitions à venir. L’entretien était à l’inverse de la grande messe qu’est habituellement ce genre d’interview : une simplicité presque déroutante lorsque l’on rencontre une actrice de ce gabarit…

Invincible, votre deuxième film en tant que réalisatrice, se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourquoi?
Non seulement cette période de notre histoire me fascine, mais, selon moi, elle doit sans cesse nous être rappelée pour ne pas qu’on l’oublie. Comme un grand nombre de personnes, je cherche à comprendre cette continuité.

N’avez-vous pas été tentée de vous réserver un petit rôle?
En tant que femme, je ne pourrais jamais jouer le rôle d’un soldat de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, réaliser un film m’a permis d’approfondir le sujet et je souhaite à l’avenir me tourner davantage vers la réalisation.

Vous semblez, en tant qu’actrice, préférer des rôles qui vous amusent, tandis que la réalisatrice que vous êtes favorise plutôt des sujets graves. Est-ce un choix délibéré?
Je suis passionnée par l’histoire et l’actualité. Lorsque je choisis de réaliser un film qui va accaparer deux ans de ma vie, je privilégie un sujet qui me permet d’élargir mes connaissances et de devenir ainsi une meilleure personne. En tant qu’actrice, mon choix est limité aux films que l’on me propose.

En tant qu’actrice, rêviez-vous de tourner dans une production Disney un personnage effrayant comme celui de Maléfique?
Oui, mais j’ignorais que j’aurais un jour cette chance. Enfant, dans La Belle au bois dormant, je ne me suis jamais identifiée aux princesses, mais j’adorais la force, le côté sombre et la grâce de Maléfique. Je me suis vraiment projetée en elle.

Comment expliquez-vous que, même dans les films Disney, les sorcières soient devenues plus attirantes, plus sexy?
C’est une question intéressante, car elle est liée à la position des femmes et à leur pouvoir. Une femme peut avoir, de façon superficielle ou pas, des facettes très différentes, dont certaines sont troubles, et parfois noires.

Les contes ont-ils une vertu pédagogique pour les enfants?
Oui, car les enfants sont attirés par des choses sombres qui leur font peur et que, souvent, ils ne peuvent pas comprendre. Lorsque, dans le dessin animé Le Roi Lion, le père meurt, je me souviens que mes enfants ont été fortement peinés. Cette réaction était bénéfique pour eux, car elle les a obligés à s’interroger sur ce qu’ils ressentaient et à se préparer ainsi à affronter les moments plus douloureux de la vie.

Pensez-vous que le mal mène le monde?
Oui, malheureusement ; je pense que le mal existe vraiment partout. En regardant les infos, vous voyez tous ces gens souffrir par tant de cruauté. Il relève de la conscience de chacun d’analyser pourquoi le mal existe et comment le combattre.

Pourquoi vous êtes-vous engagée dans plusieurs causes humanitaires?
A 20 ans, en voyageant, j’ai pris conscience du monde qui m’entourait. Vivre pour soi ne mène à rien. J’aime rencontrer les gens et essayer de les aider à améliorer les choses. J’aimerais qu’un jour mes enfants suivent cet exemple.

Vous arrive-t-il de vous séparer de vos enfants?
Brad et moi adaptons nos vies professionnelle et personnelle en fonction de nos six enfants et non l’inverse. Si nous avons fondé une famille, ce n’est pas pour nous en séparer.

Dans quelle langue parlez-vous avec vos enfants?
Nos deux jumeaux, Vivienne et Knox, sont nés en France, deux de nos enfants ont vu le jour en Afrique et deux autres en Asie. Ils sont des enfants du monde et, à la maison, nous parlons plusieurs langues.

Que pensez-vous de la France?
Avec Brad, nous aimons passer du temps dans notre propriété de Miraval, dans le sud de la France. J’adore ce pays et mes enfants aussi. D’ailleurs, ils apprennent à parler le français.

Vous voyagez beaucoup à travers le monde. Comment vous préparez-vous physiquement pour tous ces déplacements?
J’adore monter dans une voiture ou prendre l’avion. Je suis très heureuse de bouger, de voyager. Nous rêvons tous de voler, c’est la liberté ultime.

Angelina Jolie, mars 2015, Magazine Trajectoire © Alexei HayLe portrait…

Par Manon Provostl
UN VOISIN PAS COMME LES AUTRES
Car ce Louis Zamperini, Angelina l’a déjà croisé sans soupçonner qui il était. Lui qui, depuis des années, habitait la maison voisine de la sienne, dans un de ces quartiers rutilants de Los Angeles. De sa fenêtre, elle pouvait certainement l’apercevoir : un vieux monsieur au doux regard bleu, un homme discret. Mais c’est finalement en tournant les pages du roman de Laura Hillenbrand Invincible. Une histoire de survie et de rédemption qu’elle le découvre pour la première fois. «Ce livre a changé ma vie, raconte-t-elle. L’histoire de Louis n’est pas seulement importante pour les personnes âgées; il faut que la jeune génération se souvienne de ce qu’ont fait des gens comme lui.» Mais qui est-il au juste? En 1936, Louis Zamperini triomphe aux Jeux olympiques dans l’épreuve de la course à pied. Sa carrière s’interrompt brutalement en 1943. Les Etats-Unis étant entrés dans la Seconde Guerre mondiale, Louis est enrôlé dans les forces aériennes de l’armée américaine. Lors d’une mission, son avion sombre dans le Pacifique. Il en sort indemne, dérive sur les eaux de l’océan durant quarante-sept jours, avant d’être fait prisonnier de guerre au Japon. Persécuté, humilié et torturé par ses geôliers, Louis survivra à sa captivité. Une leçon de courage qui a inspiré Angelina Jolie: «On a tous à un moment donné voulu baisser les bras, et Louis a connu ça aussi, mais il a décidé à un stade de sa vie qu’il allait se relever chaque fois qu’on le ferait tomber.» Le film est ambitieux. Adapté pour le cinéma par les frères Coen – présidents du prochain Festival de Cannes – et produit par Universal, c’est une superproduction hollywoodienne estimée à 65 millions d’euros. Un budget colossal dont elle n’avait pas bénéficié pour son précédent film, Au pays du miel et du sang (2011). Déjà, elle y abordait le sujet de la guerre et ses sévices, portant un regard courageux sur le conflit en Bosnie.
Massacres, crimes de guerre, viols, Angelina Jolie donnait à voir l’atrocité de la guerre avec un discernement éprouvé par ses nombreuses missions en tant qu’envoyée spéciale du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
ENVOYÉE SPÉCIALE
L’ancienne ambassadrice volontaire tient désormais un rôle important dans les campagnes de sensibilisation du HCR. En quatorze ans, Angelina a participé à une cinquantaine de missions humanitaires à travers le monde, se rendant sur des zones de conflit, dans des camps d’exilés ou au cœur de territoires dévastés par la famine. Des terres fracturées et des peuples meurtris dont elle est le témoin. Vous ne la verrez jamais sans un calepin et un crayon. Elle note. Elle a l’humilité de ceux qui savent écouter, l’intelligence de savoir apprendre des autres. Avant de tourner Au pays du miel et du sang, elle a étudié l’histoire de l’ex-Yougoslavie et interrogé des reporters qui avaient couvert le conflit. Un besoin d’authenticité qui sert «l’envie d’honorer la résilience de la nature humaine. C’est en temps de guerre que le meilleur et le pire s’expriment. Et lorsqu’on entre de plain-pied dans des situations extrêmes, on voit des êtres humains révéler leur inhumanité, mais on voit aussi des Louis Zamperini s’élever contre l’horreur.» Avec Invincible, Angelina Jolie honore la mémoire de cet homme qu’elle a accompagné jusqu’à sa mort. C’était l’été dernier, Louis avait 97 ans. Elle se souvient: «Alors qu’il était hospitalisé, je suis allée le voir avec le film inachevé. […] C’était très beau d’être avec cet homme et de lui donner à voir son existence et tout ce qu’il avait accompli quand il était jeune et fort, de voir ses yeux s’illuminer et de le voir sourire, si ému.» L’instant est d’autant plus bouleversant qu’on sait que Louis Zamperini a finalement pardonné leurs actes à ses bourreaux. «Le pardon est important pour pouvoir survivre et continuer à avancer. La haine peut vous dévorer entièrement. Elle peut dévorer non seulement l’individu, mais aussi la famille.» Sa famille, justement, Angelina Jolie la chérit. Dans la tribu qu’elle a fondée avec l’acteur Brad Pitt, on compte Maddox, Zahara, Pax, Shiloh et les jumeaux Vivienne et Knox. Une famille nombreuse qui, quelques semaines dans l’année, prend ses quartiers dans le Sud de la France.

LA VIE DE CHÂTEAU
C’est au château Miraval, une propriété acquise en 2008 par le couple et encerclée par 600 hectares de terrain, dont 50 hectares de vignes, que Brad Pitt et Angeline Jolie résident lorsqu’ils viennent en France. Des rumeurs voudraient qu’ils ne soient pas de parfaits voisins. Le couple de stars déserterait Correns, le village voisin de la propriété, habitué à rejoindre sa demeure en hélicoptère avec enfants et provisions. Snobisme ou discrétion, on l’ignore, mais ça fait causer. Surtout lorsque, en août dernier, les 900 habitants de Correns, dont le maire, ont appris dans les journaux que Brad et Angie s’étaient mariés au château. Une cérémonie secrète et un séjour express. A peine les vendanges avaient-elles commencé que le couple reprenait les airs. En guise de lune de miel, le tournage de By the Sea, le nouveau film réalisé par Angelina : une histoire d’amour tumultueuse en plein cœur des seventies. Pour l’heure, on sait qu’elle y joue l’un des rôles principaux, que des scènes sont écrites en français, qu’il y a des séquences torrides entre elle et Brad et que les Français Mélanie Laurent et Niels Arestrup sont au casting. En attendant la sortie du film, prévue cette année, Angie a de nouveaux projets en tête. On l’imagine déjà se glisser à nouveau dans son complet noir. Sa prochaine destination: et pourquoi pas le Sénat? Elle le dit elle-même: «Quand on fait de l’humanitaire, on sait bien que la politique n’est jamais loin. (…) Si on veut vraiment changer les choses, il faut prendre ses responsabilités.» Citoyenne Jolie briguerait-elle une carrière en politique? A quel poste se verrait-elle être élue? Elle répond modestement qu’elle ne voit pas dans quel rôle elle pourrait être « la plus utile », consciente de son image de star hollywoodienne et du frein que cela pourrait représenter dans certains cas. Ce qui ne l’empêche pas de conclure dans un sourire: «I am open.»

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A propos de l'auteur

Manon Provost
En face à face

«Donne à une fille les bonnes chaussures et elle peut conquérir le monde.» Telle Marylin, Manon Provost parcourt les rues de Paris à la rencontre de personnalités et de stars qui comptent.