Depuis le début de sa carrière, cet artiste new-yorkais né en 1975 dans le Maine s’est essayé à divers styles et médias – des dessins au trait rudimentaire sur des cartons trouvés çà et là et des toiles saturées rappelant le colorfield painting aux toiles monochromes et sculptures en bronze modernes. Au cours de ces dix dernières années, Bradley est devenu l’un des peintres les plus suivis de sa génération.

«Quand j’étais enfant, je n’arrêtais pas de dessiner des voitures, des monstres, des filles nues, tout ce qui me passait par la tête. À l’époque, mon centre d’intérêt principal, c’était les comics et j’étais particulièrement friand des productions de Chass Addams, (le père de la bande dessinée La Famille Addams). Je pense d’ailleurs que j’aurais pu faire une carrière de dessinateur de presse, mais la peinture a pris le dessus. Aujourd’hui je reste fidèle aux choses que j’ai aimées il y a quinze ans. Mais d’un autre côté, je suis en quête perpétuelle de nouveauté.»

Joe Bradley. Untitled, 2018.© Joe Bradley Courtesy Gagosian and the artist Photo by David Lindsay

Dans ses peintures, ses dessins, ses sculptures et ses travaux faits de matériaux mixtes, Joe Bradley a créé un langage visuel incomparable qui oscille librement entre ses critères personnels et les références artistico-historiques. En perpétuelle réinvention, il voltige entre les nombreux concepts les plus emblématiques de l’abstraction. En 2006, il a présenté au MoMA PS1 des toiles monochromatiques audacieuses disposées en rang géométrique; ces «modular paintings» interrogent la coexistence des couleurs entre elles et dans l’espace négatif; elles raniment aussi la question de la «forme pure» inhérente au minimalisme tout en évoquant avec subtilité des structures architecturales et des silhouettes humaines ou robotiques. Dans ses peintures les plus récentes, Joe Bradley exploite la spontanéité de l’expressionisme abstrait à l’aide de fragments de toiles non apprêtées peintes sur le sol, puis cousues entre elles en utilisant des débris d’atelier enveloppés dans de la peinture.

A maintes reprises, Bradley dresse un miroir devant le monde artistique lui-même en s’amusant des tendances et des traditions toujours changeantes des beaux-arts. Toutefois, l’accent mis sur le processus et le mouvement intuitif de la main de l’artiste, ainsi que les effets des matériaux, de la mémoire et de l’environnement, est l’un des aspects de sa pratique qui demeure constant. Pour ses Schmagoo Paintings datant de 2008, il a dessiné des symboles et réalisé des griffonnages au crayon gras sur des toiles blanches en inventant des sujets ludiques à la gestuelle directe. Ces images sont dépourvues d’un véritable sens et explorent les enjeux mêmes de l’art créatif, bien qu’elles nous paraissent vaguement familières en rappelant des dessins d’enfant, des croquis de bandes dessinées, des peintures rupestres ou des idéogrammes.

Joe Bradley. Untitled, 2018.© Joe Bradley, Courtesy Gagosian and the artist. Photo by David Lindsay

Par sa pratique du dessin, qu’il a développée dans des travaux dynamiques sur des petits bouts de carton, des feuilles volantes et même des post-it, ses nombreuses influences et inspirations semblent à la fois émerger et se dissoudre en faisant allusion aux précédents artistiques sans jamais vraiment se reposer sur des certitudes. Les silhouettes nues abstraites nous ramènent à Willem de Kooning; les épais gribouillis en mine de plomb évoquent Cy Twombly; des visages tordus et des animaux émergent en des motifs géométriques et organiques et créent d’étranges êtres hybrides qui nous rappellent Pablo Picasso, Jasper Johns et Jean Dubuffet. Chaque dessin possède une énergie sans précédents: une liberté saisissante dans la gestuelle qui est clairement celle de Joe Bradley.

Joe Bradley est né à Kittery, Maine, en 1975. Il vit et travaille à New York.
Ses œuvres figurent dans les collections de Saatchi Gallery, Londres ; Whitney Museum of American Art, New York ;    Museum of Modern Art, New York ; Hall Art Foundation, Reading, VT ; et De la Cruz Collection, Miami. Ses expositions individuelles récentes comprennent MoMA PS1, Long Island City, NY     (2006); 2008 Whitney Biennial, New York ; Portugal Arte 10, Lisbonne (2010) ; Le Consortium,  Dijon, France (2014) ; BOZAR, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles (2016–17) ; Château de Boisgeloup, Gisors, France (2017) ; et Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, NY (2017, déplacée au Rose Art  Museum, Brandeis University, Waltham, MA, jusqu’en 2018).
Drawings
Gagosian Gallery
19 Place de Longemalle
1204 Genève
+41 22 319 36 19
https://www.gagosian.com/
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