Hiver 2010

C’est un Monsieur d’une grande délicatesse qui m’a reçue, dans les bureaux de son éditeur, pour échanger autour de son dernier livre : « C’est une chose étrange à la fin que le monde ».

Avec sa modestie coutumière il nous dévoile ses réflexions sur la vie, la place de Dieu, la progression de la science, les gens et la mort… A travers son livre, il tente de répondre à ces deux questions : Dieu existe-t-il ? Qu’y a-t-il après la mort? On découvre alors que derrière l’historien et le philosophe, il y a Jean D’Ormesson, l’amoureux des mots, qui nous livre avec une sagesse infinie les sentiments qui lui sont les plus doux : admiration, gratitude et gaieté. Alors on est là, comme un enfant qui écoute ces histoires pour la première fois et pourrait les écouter des heures durant. Extraits.

Vous avez parcouru le monde, visité les endroits les plus fameux, pourtant vous donnez l’impression que vous étiez souvent seul. Était-ce un moyen pour vous retrouver en communion avec Dieu ?
J’ai eu, en effet, la chance de pouvoir énormément voyager parce que mon père était diplomate. Je suis souvent parti avec lui et j’ai ainsi visité beaucoup de pays. J’ai adoré ça.
Plus tard encore, arrivé au seuil d’un week-end, je partais à l’improviste, juste pour m’échapper… Je ne cherchais pas à rentrer en communion avec Dieu mais plutôt comprendre ce qu’il a créé. J’ai aimé partir à la recherche de la merveilleuse histoire du monde, des espèces, des vallées fertiles, des civilisations antiques, de l’astronomie, de la science…
Aujourd’hui encore, chaque endroit visité me rappelle des souvenirs que j’aime à garder en me disant que j’ai eu de la chance de voir autant de belles choses et que toutes ces choses sont des créations.

Vous êtes un personnage éminent parmi les 40 membres de l’Académie française cependant vous ne vous référez pas souvent à eux, pourquoi ?
(Silence…) Soyons francs ! L’Académie française n’est pas un haut lieu de la littérature française, ce serait une erreur de le croire ! C’est un grand « club » où notables, avocats, chirurgiens, cinéastes et bien d’autres encore se côtoient, mais peu d’écrivains. L’Académie sert à maintenir des traditions. J’ai beaucoup d’admiration pour mon club, et plus encore pour des grands comme Erik Orsonna ou Claude Lévi Strauss mais moins pour ceux qui ne défendent pas la langue française.

Jean Dutourd, académicien, écrit dans son roman « Journal intime d’un mort » : « Il en est de la mort comme de tout, tant qu’on n’y a pas tâté, on s’en fait un monde ». Ce qu’il décrit, est forcément de l’autre côté du mur de Planck. Ne pensez-vous pas qu’il ait soulevé un coin du voile qui nous sépare de l’au-delà ?
Je ne sais pas si quelqu’un peut savoir ce qui est derrière le mur de Planck, si j’irais rencontrer Dieu… Mais je l’espère !
Pour ma part, j’ai remplacé la foi par l’espérance et j’espère que je trouverai « le troisième ciel – le Paradis – où s’entend des choses qu’il n’est pas permis à un homme d’exprimer » comme l’écrit Saint Paul dans la Bible. Cela pourrait être d’ailleurs l’explication de mes rêves.

Vous citez Kant : « Dieu n’est pas savoir, il est une croyance » (p.214)… Et vous « espérez avec force qu’il existe » (p.216). Cela ressemble étrangement au verset d’Hébreu « La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités que l’on ne voit pas ». Avez-vous maintenant cette foi (ou certitude) qu’il existe ou continue-t-il à vous agiter ?
OUI, je crois que Dieu existe…
Si ce n’était pas le cas, ce monde serait tellement absurde… Mais je ne le sais pas… (Riant sous cape) Dieu seul le sait ! Ce que je sais, par contre, c’est que Dieu règne depuis seulement quelques millénaires et que depuis ces deux derniers siècles il passe un très mauvais quart d’heure !
Peggy, Claudel, Chateaubriand furent persuadés qu’il existe, Marx, Nietzsche, Sartre, non… Même la science ne prouve pas Dieu et ne le prouvera jamais. Nous savons juste que si Dieu existait, il serait caché… Et heureusement ! Imaginez-vous un instant la preuve de son existence, ce serait une catastrophe pour les croyants, car les hommes ont besoin de croire.
Ma foi est la forme de mon espérance donc, oui, Dieu continue à m’agiter et ce d’autant plus que je n’ai jamais été très pieu ! Finalement, ce qui me permet encore de douter de Dieu, c’est Dieu lui-même !

René Girard dit dans « Des choses cachées depuis la fondation du monde » avoir trouvé à travers ses découvertes que la Bible dit vrai et qu’il est ainsi devenu croyant. Parce qu’il compare ses analyses avec des versets bibliques il est combattu par les non-croyants et parce qu’il n’est pas aveuglément croyant ni religieusement correct, il s’attire la réprobation du clergé. Avez-vous la même analyse puisque ce que vous citez est souvent biblique ?
Je n’oserais pas me comparer à René Girard (académicien, lui aussi, ndlr) ! C’est pour cela que j’ai appelé ce livre un roman. C’est une espèce de rêverie sur le monde, partial pour Dieu, moins pour les hommes… On m’a même demandé si je n’étais pas devenu athée, c’est tout dire !
Voyez-vous, tous les chrétiens, juifs et musulmans sont persuadés qu’un jour les Bons seront récompensés et se trouveront en haut lieu.
Moi, je pense que Dieu trouvera une place pour chacun, pour les croyants fidèles mais aussi pour, appelons-les « Les Saints Athées ». Je m’explique : les Saints-Athées sont pour moi des personnes non-croyantes qui subtilement et souvent dans l’anonymat le plus total aident les pauvres, font des dons, secourent et guérissent des malades et j’en passe… Ces personnes auront elles aussi une récompense, j’en suis sûr et Dieu leur trouvera aussi une place.

Dieu vous lit-il ? Vous protège–t-il ? Vous préparez-vous à le rencontrer ?
(Rires…) Oui, je vais le rencontrer…
Dans ce dernier roman, j’ai eu quelquefois l’impression que Dieu écrivait à travers moi, que ce n’était pas moi qui tenais le stylo. Tout ce livre n’est finalement qu’une longue prière et je voudrais que Dieu me dise : « Je te pardonne », notamment de parler autant de lui.
Je n’ai pas peur de mourir, j’ai aimé la vie à la folie et elle a été très douce avec moi.

Votre saison préférée ?
Le printemps… Car c’est la renaissance, le présage de nouvelles saisons, de l’avenir.

Votre indignation ?
Le mépris sous toutes ses formes, surtout celui dans lequel les gens bien-pensants tiennent les hommes et les femmes.

Un objet ?
J’aime un objet tout simple : le crayon de papier… J’en ai besoin de 4 pour écrire un livre… Et parfois je les vole même !

Un livre de chevet ?
J’ai longtemps lu Chateaubriand. Depuis une année, je relis les Essais de Montaigne et… Evidemment la Bible, seul ouvrage que j’emporterais sur une île.

Avec humour vous écrivez « les Suisses sont heureux dans leurs montagnes où ils passent leurs temps à élever des vaches et des comptes en banque », que représente vraiment ce pays pour vous ?
(Rires…) J’ai aussi oublié le chocolat !

Voyez-vous j’ai rédigé une partie de ce roman… En Suisse où j’ai une maison de famille entre Fribourg et Berne. J’aime la Suisse pour son calme, tout y est moins agité qu’à Paris.
Enfin, j’aime venir dans votre pays pour m’y ressourcer, pour la beauté des paysages et peut-être avec ces montagnes… Je me sens plus près de Dieu ? —

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A propos de l'auteur

Siphra Moine-Woerlen