«T’as voulu voir Weinstein et on a vu Weinstein, t’as voulu voir Spacey et on a vu Spacey, j’ai voulu voir Polanski et on a vu Ramadan, comme toujours. T’as plus aimé Weinstein et on a quitté Spacey, t’as plus aimé Polanski et on a quitté Ramadan…»

Par Manon Voland

Depuis quelque temps, une vanne de révélations s’est ouverte sur Hollywood, inondant les médias de scandales sexuels désavoués et bien souvent muselés par le politiquement correct, sous couvert de contrats juteux. Première victime ? Le producteur désormais « très en vue »
Harvey Weinstein, dont la notoriété n’a jamais atteint de pareilles stratosphères, puisqu’il est dorénavant connu de tous les mortels. Qu’il se rassure, ses compagnons de cachot se comptent par nouvelle dizaine chaque semaine et l’inauguration d’un Alcatraz en or plaqué pour prédateurs ne saurait tarder. Qu’il se console aussi, la vague des confessions a de loin dépassé le cercle des nantis en tout genre, grâce à une profusion de hashtags, du
#MeToo au #QuellaVoltaChe (#LaFoisOù) en passant par le fameux #BalanceTonPorc.

En tant que femme, vous m’imaginez sans doute exaltée et galvanisée par ce mouvement de dénonciation d’un harcèlement trop quotidien et trop répandu, pointant son nez à peine le moindre centimètre de jambe ou de bras dévoilé (et encore, ce n’est parfois même pas nécessaire). Eh bien non. Non, je ne suis pas pour ce grand déballage de confidences, non pas sur l’oreiller, mais sur ces géants bleus que sont Twitter et Facebook, à grands coups de hashtags porcins. Serais-je passée du côté obscur de la force en rejoignant cette guérilla ?
Toujours pas, et sans doute jamais. Mais je désapprouve cette vendetta publique et subjective qui s’étale sur la Toile. Si l’hypocrisie des agresseurs est grande, celle des femmes qui les dénoncent à l’abri d’un anonymat discutable aussi. On occulte le véritable problème – à savoir la dénonciation et la condamnation véritable et juste du harcèlement sexuel – sous une masse de témoignages qui, de loin, font penser à des ragots. Et c’est justement là que ça coince.

En voulant se faire justice lui-même, le mouvement se décrédibilise également, car tout un chacun s’autorise à dénoncer sans prouver. Quitte à bafouer le droit à la présomption d’innocence. Imaginez un instant les potentielles conséquences d’un faux balançage sur les réseaux sociaux, identité incluse, comme le requiert le hashtag francophone. Imaginez que ce soit votre père, votre frère, votre petit ami. Si l’âme humaine est prête au pire pour se venger – les actualités nous le prouvent chaque jour –, ce n’est pas la considération de milliers de dénonciations bien réelles qui fera changer d’avis un justicier solitaire. Sommes-nous prêts à prendre ce risque ? Pour ma part, non. Si #BalanceTonPorc et #MeToo ont permis de prendre conscience de l’étendue de la bataille qu’il reste à mener, pas sûr qu’ils font se remettre en question les harceleurs les plus téméraires, dont les « eh toi, t’es bonne » continuent de rythmer nos pas. Pas plus qu’ils ne mettent suffisamment en lumière les travers de l’industrie de la mode, où les victimes et les bourreaux ont pourtant tout de ceux d’Hollywood. Eduquons donc la future génération à se respecter, arrêtons d’élire des Trump et simplifions les démarches pour porter plainte et agir. Sinon, la prochaine fois, ce sera #BalanceTaSalope. —

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Manon Voland