Jessica Chastain est une beauté pure. Sa grâce et son charme maquillent la nature d’une femme audacieuse. Révélée au monde en 2011 dans The Tree of Life, elle s’avance à présent comme le visage céleste de la nouvelle vague du cinéma américain. Lors de la 40ème édition du Festival de Deauville, qui s’est achevée le 14 septembre dernier, l’actrice a reçu un prix d’honneur pour sa carrière. Trajectoire a eu le plaisir de lui poser quelques questions.

Par Manon Provost et Siphra Moine | Photos Ellen von Unwerth

JessicaChastainTRU888970Le mois de septembre est vivifiant en Normandie. La force du vent me pousse à parcourir la côte et ses merveilles. Honfleur et son petit port fleuri, Trouville et ses maisons à colombages, Deauville et ses célèbres «planches». C’est d’ailleurs lors d’une balade sur cette illustre promenade de bois couverte de grains de sable déposés par le souffle normand que je croise une beauté rousse. Ce visage d’une délicate blancheur, encadré de boucles rondes et généreuses, il me semble le reconnaître. Je voyage dans mes souvenirs. Une succession d’images se dessine. Les rayons du soleil transperçant les feuilles d’un arbre planté dans un modeste jardin texan. Un enfant lové dans les bras d’une femme. Un baiser sur le petit front. Elle et lui tourbillonnent. Elle le serre. Elle, c’est Jessica Chastain. Inoubliable Mrs. O’Brien dans The Tree of Life, du discret Terrence Malick. Le cinéaste a su saisir la grâce de l’actrice. Une grâce qui semble ne plus l’avoir quittée, maintenant que je peux l’admirer arpentant les «planches». Elle n’est pas sur la Côte fleurie par hasard. Nous sommes le 5 septembre, premier jour du Festival du film américain de Deauville. Jessica fait partie des dizaines de stars invitées. Sous le regard d’un jury francophone composé de Pierre Lescure – nouveau président du Festival de Cannes –, de l’acteur Vincent Lindon, du réalisateur Claude Lelouch et du cinéaste Costa-Gavras, président de cette 40ème édition, les stars et les films «made in USA» vont défiler. Le soir, le rose poudré envahit le ciel. La couleur jurerait presque avec le red carpet. Mais le charme opère. Je reconnais Woody Allen, venu présenter son nouveau film, Magic in the Moonlight. Il se chuchote que James Cameron, invité d’honneur, pourrait briller par son absence. Des absents, il y en a toujours. Les regrettés sont honorés. Tels la légendaire Lauren Bacall et l’auguste Robin Williams, tous deux disparus en août dernier.

Hommage à Robin Williams
D’ailleurs, sans le savoir, l’inoubliable interprète du professeur John Keating dans Le Cercle des poètes disparus aura été le premier à aider Jessica dans sa carrière. Après le succès du film Hook, Robin Williams, ancien élève de la Juilliard School, crée une bourse d’études permettant tous les deux ans à un étudiant d’entrer dans cette prestigieuse école d’art dramatique new-yorkaise. Jessica fait partie de ceux qui ont eu l’honneur d’en bénéficier. Elle se souvient: «Nous n’avions pas beaucoup d’argent et la Juilliard School est une école assez onéreuse. Ancien élève, Robin Williams a généreusement mis en place une bourse. Et je l’ai obtenue.» Depuis, la belle a fait ses armes.

La course aux étoiles
Elle est entrée dans la cour des grands. On se souvient encore de sa première apparition sur un tapis rouge. C’était dans un autre festival. Un autre tourbillon. Cannes, sa Croisette, ses palmiers, son faste, ses flashes. Dans sa robe jaune, Jessica Chastain a la timidité qui accompagne les premières fois. Mais personne ne remarque son émoi. Sa beauté fait diversion. Seul son sourire, généreux et entier, trahit l’excitation d’une première montée des marches cannoises. Sean Penn à sa droite et Brad Pitt à sa gauche, elle ne pouvait espérer plus belle entrée dans le 7ème art. «Ce tapis rouge, c’était mon introduction au monde! (…) C’était très spécial, très émouvant. C’est l’un des plus beaux moments de ma vie. C’était mes débuts en tant qu’actrice internationale. Et, à chaque fois que je reviens à Cannes, cela me rappelle la force émotive de ce moment et je sens mon cœur qui s’emballe», confie-t-elle. Avec The Tree of Life, Palme d’or en 2011, Jessica a réussi son intronisation.

Jessica ChastainPrendre des risques
La nouvelle bien-aimée du 7ème art peut alors choisir ses rôles. D’abord Take Shelter, puis Zero Dark Thirty en 2012, dans lequel elle campe un agent de la CIA parti traquer Oussama ben Laden. Son rôle lui vaut une première nomination aux Oscars, avant d’être de nouveau sélectionnée pour le Prix de la meilleure actrice dans un second rôle pour La Couleur des sentiments. En 2013, elle change de registre et tend vers le film d’horreur avec Mamá. On ne l’y attend pas et c’est justement pour cette raison qu’elle se lance dans l’aventure: «J’aime que tous mes projets soient des projets risqués. Je ne veux jamais me sentir en sécurité quand je joue. Je ne veux jamais me dire que c’est facile. Je veux toujours me sentir en danger, c’est comme ça que j’apprends.» C’est ainsi qu’elle compose une carrière marquée par une diversité de rôles. C’est d’ailleurs cet éclectisme qu’a voulu saluer le Festival de Deauville en lui remettant un prix d’honneur pour sa jeune mais non moins flamboyante carrière. Comme l’explique Bruno Barde, directeur du festival: «Lorsque nous découvrions Jessica Chastain, nous avions à l’évidence le sentiment que quelque chose se passait à l’écran. Puis elle confirma, à travers ses rôles, la capacité émotionnelle de saisir la lumière comme personne.» Une image lumineuse sur laquelle la réalisatrice Liv Ullmann – ancienne muse d’Ingmar Bergman – a jeté son dévolu pour son adaptation cinématographique de la pièce du Suédois August Strindberg. En septembre, Jessica Chastain est donc Mademoiselle Julie. Une femme belle, dévorante et fiévreusement désirable, avant de retrouver Christopher Nolan pour Interstellar, une odyssée dans l’espace qui s’annonce grandiose. Qu’on se le dise, une étoile brille et ne devrait pas cesser de le faire.  —

Jessica ChastainLe saviez-vous ?

  • Son vrai nom est Jessica M. Howard. C’est en débutant ses études de théâtre à la Juilliard School qu’elle décide de prendre le nom de jeune fille de sa mère, Chastain.
  • Avant ses premiers pas au cinéma, la jeune femme fait de brèves apparitions dans des séries télévisées comme Urgences, Veronica Mars ou encore Dark Shadows.
  • Sa carrière au cinéma commence avec Wilde Salomé, un film réalisé par Al Pacino en 2009. Dans cette adaptation cinématographique de l’œuvre d’Oscar Wilde, elle incarne la belle et ensorcelante Salome.

Jessica Chastain en 5 dates

  • 1977 Naissance en Californie, le 24 mars.
  • 2011 Elle est à l’affiche de The Tree of Life  de Terrence Malick, Palme d’or à Cannes la même année.
  • 2012 Elle campe le rôle d’un agent de la CIA lancé à la poursuite d’Oussama ben Laden dans Zero Dark Thirty. Le long métrage est réalisé par Kathryn Bigelow, qui n’est autre que  la femme de James Cameron, l’auteur de Titanic et d’Avatar.
  • 2013 Elle tourne dans Mamá, un film d’horreur et la première réalisation de l’Argentin Andrés Muschietti.
  • 2014 On la retrouve à l’affiche de Mademoiselle Julie de Liv Ullmann, en attendant la sortie en novembre prochain du très attendu Interstellar de Christopher Nolan, dans lequel elle incarnera Murph aux côtés de Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine et Casey Affleck.
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A propos de l'auteur

Manon Provost
En face à face

«Donne à une fille les bonnes chaussures et elle peut conquérir le monde.» Telle Marylin, Manon Provost parcourt les rues de Paris à la rencontre de personnalités et de stars qui comptent.