Après les cartons d’Intouchables, X-Men, Samba et Jurassic World, Omar Sy revient avec le très touchant Demain tout commence, le nouveau film d’Hugo Gélin. L’inoubliable Driss joue le rôle de Samuel, un jeune homme libre qui fuit ses responsabilités, jusqu’au jour où une de ses anciennes conquêtes lui laisse sur les bras Gloria, sa fille. Le temps d’un entretien, Omar revient sur sa carrière, sa vision de l’Amérique, son rôle d’ambassadeur pour les montres Audemars Piguet et son attachement à la France. Comme partenaire, nous avons convié François-Henry Bennahmias, CEO d’Audemars Piguet. Entre le franc-parler de ce dernier et le sourire XXL d’Omar, l’interview est sortie de la routine.

Par Siphra Moine-Woerlen | Photos François Berthier

Cher Omar, comment va l’ambassadeur de France à Los Angeles ?
OS : Il va bien ! Il est heu-reux ! (Rires) Oui, je vais bien et j’ai décidé de le dire haut et fort, même si je dois passer pour un imbécile… heureux !

Voyez-vous, quand l’idée nous est venue de faire un portrait de vous, je me suis dit : « Mais que vais-je raconter à nos lecteurs, tout le monde connaît Omar par cœur… » (lire notre précédent article, si besoin). Alors, Omar, dites-nous quelque chose que vous n’avez encore jamais dévoilé aux médias…
(Le visage se ferme un instant. Omar se tourne vers François-Henry Bennahmias et le regarde, inquiet. Silence.)

OS : Je peux lui dire ? Tu es certain ? Vraiment ? (Les questions cabriolent entre les deux hommes, ils sont graves, on s’attend au pire…) Alors, OK, je vais vous répondre. Mais vous me promettez de ne le dire à personne ?

Foi de journaliste, je le jure !
OS : Je chausse du 45.

Tout est dit.

Vous n’avez pas perdu votre place de «personnage préféré des Français» depuis 2011… Cela vous met-il la pression ?
OS : Vous savez, le podium, je ne le décide pas. Mais j’endosse ce rôle avec plaisir et je me sens d’ailleurs aujourd’hui plus que jamais investi de ce rôle.

Pourquoi ?
OS : Parce que j’en ai marre. On me prend pour un grand guignol ! Mais aujourd’hui, il est temps pour moi d’ouvrir ma gueule pour dire stop. Arrêtez avec vos paroles haineuses, vos écrits débiles, et apprenez à aimer et à écouter votre prochain.

Saint Omar est redescendu sur terre ?
OS : Oui, quitte à passer pour un béni-oui-oui ou un bien-pensant. Et j’assume.

François-Henry Bennahmias, est-ce pour cette raison que vous avez choisi Omar comme ambassadeur ?
FHB : Oui, bien sûr ! La marque avait besoin d’un berger !

Mais, n’est-ce pas un peu facile ? Vous êtes tout de même devenu le « représentant des banlieues », une publicité vivante pour l’ascension sociale…
OS : Représentant des banlieues! Mais stop ! Arrêtez ! Je suis juste un « jeune » Français qui a tracé sa route ! Non, je refuse d’être, au nom d’une couleur et d’une banlieue, le représentant de qui que ce soit. Je n’ai pas les épaules pour ce genre de responsabilités. Par contre, comme on me prête de plus en plus
une oreille attentive, j’ai un peu plus envie d’ouvrir ma gueule tout en me tournant vers les jeunes !

Mais vous avez quitté la France…
OS : Oui, en effet, mais la France ne m’a pas quitté. Ce n’est pas parce que je n’y suis plus beaucoup que je n’ai pas envie qu’elle
se porte bien et que je ne m’y investis plus !
Et les States, pays de tous les possibles ?
OS : Habitant Los Angeles, on va plutôt dire pays du soleil et de la curiosité.

Une façon de vous sentir plus libre ?
OS : Peut-être. Je dirais plutôt une façon de passer plus incognito.

Maintenant que Donald en est devenu le patron, allez-vous l’inviter à dîner ?
OS : Je ne peux pas ! Il dîne avec son oncle Picsou tous les soirs !

Pour revenir à nos moutons, parlons plutôt de la maison Audemars Piguet. Pourquoi avoir accepté d’être l’ambassadeur de cette marque ?
OS : Parce que c’est une marque sérieuse qui ne se prend pas au sérieux. Elle est aussi libre que moi et, surtout, elle a un peu moins d’ego que les autres copains horlogers.
FHB : Omar a tout dit. Nous avions envie de véhiculer une vraie image d’émotion et Omar nous semblait le partenaire idéal dans ce rôle. Sa sensibilité et sa franchise parlent d’elles-mêmes.

Parlez-nous un peu plus de votre première fois…
OS : Ce fut lors d’une soirée parisienne. Bon, d’accord, mettons tout de suite les choses au clair : il y avait une soirée à laquelle je n’avais pas vraiment envie d’aller – je n’aime pas les soirées prout-prout. Et puis, voilà, je me suis retrouvé entre deux petits-fours chauds (détail important, car on mange toujours froid dans les soirées mondaines), avec des gens cool et sympas et, surtout, François-Henry. Ce fut le coup de foudre !
FHB : Oui… notre sensibilité commune nous a fait faire notre
coming out ! On s’est rencontrés, on a parlé. Cette façon qu’a Omar de voir la vie et de briser les codes… Ce fut le coup de foudre.

Mais, Omar, saviez-vous à qui vous aviez affaire ?
OS : Grave… Je ne préfère pas vous en parler.

On se doutait bien que vous réussiriez à devenir un ambassadeur à Los Angeles, mais pas forcément pour une maison de luxe… Qui allez-vous inviter à vos soirées privées, Monsieur l’Ambassadeur ?
OS : Mes potes, vous, François-Henry et Michael, et je peux vous garantir qu’il y aura de jolis chocolats emballés dans du papier doré, le tout dans une pyramide.

Michael Jackson ?! Mais, il est mort !
OS : Oui, mais non ! Vous ne savez pas que c’est moi qui le cache ?

Parfait, mais avant, il faudra venir au Brassus pour visiter la manufacture !
FHB : En effet, il faut absolument qu’Omar rencontre nos horlogers et découvre leur travail. Nous attendons juste le moment adéquat dans l’emploi du temps d’Omar. Sa sensibilité ne pourra qu’être exacerbée.

L’occasion de voir comment on fabrique une Royal Oak, votre modèle fétiche ? (Omar portait une Royal Oak bien avant d’être l’ambassadeur de la marque.)
OS : Oui, en effet, comme j’en ai quelques-unes, il est temps que je prenne le temps de voir comment on fabrique le temps.

En parlant de temps qui passe, revenons à votre carrière : Samba, Chocolat, des blockbusters américains comme X-Men et Jurassic World, puis Inferno en passant par le touchant Demain tout commence… Les clowneries d’Omar et Fred sont-elles définitivement terminées ?
OS : Peut-être, peut-être pas… On verra.

J’aime et nous aimons tous votre sourire éclatant… Que cache vraiment ce rire ?
OS : L’hygiène ! Je me brosse les dents trois fois par jour…

Le coquelicot est trop beau. Et vous, François-Henry Bennahmias, vous êtes tout sourire en cette fin d’année, on ne peut pas dire que ce soit le cas pour tous vos confrères…
FHB : En effet, je ne vais pas me plaindre. Je remercie d’ailleurs toutes mes équipes.

Comment avez-vous fait pour aller à contre-courant de vos collègues ?
FHB : D’abord, grâce à notre stratégie commerciale et au fait que nous n’avons jamais lâché le marché américain, puis en se recentrant sur notre produit phare qu’est la Royal Oak (produit qui représente aujourd’hui 75% de nos ventes) et, enfin, en resserrant notre réseau de distribution.

Un modèle pour l’industrie ?
FHB : Je n’ai aucune leçon à donner, je dirai juste qu’il faut arrêter de se tirer sur les bretelles ou tout simplement un peu moins penser à son ego. J’adore cette industrie, mais elle est conservatrice et c’est son pire défaut… Il est grand temps de faire évoluer les mentalités !

Vous ne pensez donc pas que la crise horlogère est économique ?
FHB : Non, pas que. Les gens n’ont pas moins d’argent, ils font juste plus attention. Il faut donc recréer du désir, séduire les clients, bref, tout simplement faire du luxe émotionnel en redonnant aux clients l’envie d’acheter. Vous verrez, ça repartira.

Entre business et sourire XXL, cet entretien de fin d’année aura laissé une empreinte pleine d’optimisme.
Omar avec sa gaieté contagieuse, François-Henry avec ce franc-parler qui manque tellement dans la profession.
Gageons qu’il s’agit là de sésames précieux pour passer chaque porte jusqu’à la gloire !
Amen. —

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Siphra Moine-Woerlen