Par Aline Lalliard | Photo Gregor Hohenberg

Elle a l’éclat solaire de ses 31 ans, relevé d’un enthousiasme contagieux. En cinq ans, elle a su conquérir le macrocosme lyrique de son timbre brûlant et légèrement corsé. A chacune de ses prestations, c’est le choc : dès la première note, on est submergé par la puissance vertigineuse de cette voix soprano, qui virevolte avec une parfaite justesse sur toutes les hauteurs de la gamme. Au gré d’aigus saillants et de graves divinement charpentés, sa voix résonne comme un souffle absolu, tout en éloquence et en homogénéité. Pretty Yende ne se prédestinait pourtant pas à devenir cantatrice. C’est à 16 ans qu’elle tombe sous le charme de l’opéra, lorsqu’elle découvre le Duo des fleurs dans une publicité pour British Airways. Exit son éventuelle carrière de comptable, elle commence une formation dans l’art du chant. Rapidement propulsé au sein du South African College of Music du Cap, ce « bourgeon » prodige étudie sous l’égide d’un monument incontesté du milieu : Virginia Davis, première femme noire à s’être produite sur une scène d’opéra durant l’apartheid sud-africain. La machine s’emballe alors à toute vitesse. Tandis que s’amorce l’année 2009, la Scala de Milan joue de la prunelle en lui proposant d’intégrer son prestigieux programme destiné aux jeunes artistes. Dans la foulée, Pretty Yende devient la première artiste de l’histoire à décrocher le premier prix dans chaque catégorie aux concours du Belvédère et de l’Operalia. De Berlin à New York en passant par Londres et Paris, la diva sud-africaine brûle les planches des plus grandes scènes lyriques. Son timbre de diamant offre un nouveau souffle de vie aux illustres figures de l’opéra. Parmi ses vibrantes incarnations, on retrouve Juliette de Roméo et Juliette, Rosina du Barbier de Séville, Adina de L’Elixir d’amour ou encore Elvira des Puritains. Dans la peau du rôle-titre de Lucia di Lammermoor de Donizetti, son chant de feu rivalise avec son jeu d’actrice : seul le fil pur de sa voix semble retenir ce corps fébrile, possédé de douleur. Cet automne, la flamboyante cantatrice révèle son opus A Journey. Fruit de sa passion pour l’art lyrique, il se compose d’airs symboliques qui ont jalonné son incroyable destinée. Avec la puissance dramatique qu’elle sait déjà invoquer, Pretty Yende promet d’entrer dans la légende. —

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Aline Lalliard