Depuis près d’une décennie, le festival Burning Man s’anime sous l’objectif du photographe américain Scott London. Fasciné par cet hymne à la créativité, l’artiste s’approche au plus près de la beauté à l’état pur. A travers des clichés chargés d’émotion, il capture l’essence d’une expérience humaine hors norme. Retour sur un événement incontournable.

Par Aline Lalliard | Photos Scott London

«Décrire le Burning Man à quelqu’un qui n’y est jamais allé, c’est un peu comme de tenter de décrire les couleurs à un aveugle», dixit un anonyme. Entre pèlerinage artistique et folie pure à la Mad Max, le festival le plus déjanté du globe apparaît comme un nuancier sensoriel extraordinaire, enfiévré par le soleil, la poussière, les drogues et les beats épileptiques. Ici, les utopistes du monde entier bénéficient d’un espace de liberté totale pour partager une expérience profondément humaniste.

Un peu d’art dans ce monde de brutes

Spatialement, la Playa se présente comme un immense demi-cercle de plusieurs kilomètres de diamètre, organisé autour du légendaire «Man» et fractionné comme une horloge. Pour circuler au sein de cette surface colossale, il faut emprunter des véhicules mutants érigés sur des squelettes de bus ou de tondeuses à gazon. Le ton est donné. Au sein de ce macrocosme créatif, les « burners » se transforment en œuvres d’art mouvantes et taquinent les pupilles avec des inventions plus barrées les unes que les autres. Armés des emblématiques «goggles» – les lunettes d’aviateur qui protègent du sable et de la poussière –, ils exécutent d’incroyables performances, spectacles ou démonstrations. Il n’existe pas de frontière tangible entre spectateurs et performeurs: chacun participe à l’expérience sur un pied d’égalité, mû par une soif commune de partage. C’est cet ethos particulier que Scott London immortalise chaque année, via ses extravagantes photographies.

Le Burning Man revendique l’affranchissement le plus total. Il n’en est pas moins régi par quelques principes fondamentaux. Fondé sur l’écologie, il promeut la préservation de l’environnement. Exit donc la porcherie habituelle des fins de festivals, l’événement ne doit laisser aucune trace de son passage. Dans cette optique, les œuvres sont majoritairement conçues à l’aide de matériaux recyclables. La manifestation «made in USA» mise également sur le concept d’autosuffisance. Autrement dit, chaque festivalier doit se munir de suffisamment de vivres pour subsister pendant une semaine au cœur d’une atmosphère particulièrement aride. Mais la règle d’or repose sur la proscription de toute forme de commerce au sein de la cité éphémère, afin d’encourager l’altruisme et la générosité. Si le Burning Man résonne comme un culte à la débauche, il est aussi et sans doute l’une des expériences humaines les plus enrichissantes à vivre au cours d’une vie.

Un doux dingue ascendant pyromane
Pour la petite anecdote, le phénomène est parti d’un coup de folie. Août 1986. Menée par Larry Harvey, un jardinier paysagiste aujourd’hui à la tête du Burning Man, une poignée d’hurluberlus se réunissent sur une plage de San Francisco le temps d’une fête improvisée. Ils construisent un mannequin en bois de 2,50 m de hauteur, auquel ils mettent ensuite le feu. Fascinés par le brasier spectaculaire, les badauds accourent et entament des danses autour des flammes. Un phénomène est né. Trente ans plus tard, le «Man» ne mesure plus 2,50 m mais près de 25 m. Et ce n’est plus une vingtaine de givrés qui se réunissent, mais des dizaines de milliers. Chaque année, pendant les sept derniers jours du mois d’août, c’est une société émancipée et sans limites qui prend vie dans le désert de Black Rock, au Nevada. L’éphémère élevé au rang de philosophie, dont l’apothéose est l’incendie du «Man» et du temple lors de la dernière soirée.

Si vous interrogez les participants sur la raison de leur présence au festival, ils vous donneront de nombreuses réponses différentes. Pour certains, il s’agit d’une semaine de festivités salvatrices. Pour d’autres, la Black Rock City représente un espace géant de créativité artistique. D’autres encore vous diront qu’ils profitent d’une expérience sociale singulière, au cœur d’une communauté temporaire où les règles sociétales sont abolies. Le Burning Man incarne peut-être tout cela à la fois. Mais il est d’abord et avant tout l’occasion de se retrouver ensemble, au sein d’une harmonie cosmique absolue.

Mini-bio
Scott London est un photojournaliste originaire de Washington. C’est pourtant à Stockholm qu’il passe sa jeunesse et commence à s’essayer seul à l’art de la photographie. Lorsqu’il atteint la vingtaine, il revient s’établir sur la côte Ouest. Très vite, ses clichés sont publiés dans des livres, magazines et journaux d’une trentaine de pays. Les prestigieux Rolling Stone, Vanity Fair, GQ ou encore National Geographic Traveler comptent parmi ses nombreuses parutions. Ses images sont également exposées dans des musées du monde entier, notamment dans les expositions Living au Musée d’art moderne Louisiana au Danemark ou Art in an Ephemeral Age à l’Institute of Art and Ideas en Angleterre. En outre, il participe au projet «Moving Europe» avec d’autres photographes engagés. Le but? Inviter l’art dans la rue, afin de partager ensemble une parenthèse de beauté. Mais Scott London s’est surtout illustré grâce à ses photographies du festival Burning Man. D’abord désarçonné par l’excentricité de la manifestation, il finit par succomber au charme de sa profonde philanthropie. En 2014, il publie un premier ouvrage photographique en hommage à cet événement d’exception, avant de l’étoffer de nouveaux clichés en août 2016.

http://www.scottlondon.com/photography/

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Aline Lalliard