© Lalique Art

Les vraies légendes sont celles qui, malgré le temps, ne perdent jamais de leur éclat. Année 1927: en puisant dans le répertoire mythologique, pour faire danser des Bacchantes autour d’un vase, René Lalique donnait corps à dix d’entre elles.

Quatre-vingts dix ans plus tard, l’artiste américain Terry Rodgers fait renaître les légendaires Bacchantes de LALIQUE, jeunes prêtresses du culte de Bacchus, dieu du vin et des plaisirs. Au coeur des Vosges, dans notre manufacture de Wingen-sur-Moder, elles se sont métamorphosées en Sirènes. Terry Rodgers, peintre de scènes réalistes en très grand format, un véritable maitre de la couleur et du trait, et photographe, irrésistiblement attiré par la lumière, ne pouvait que succomber à l’appel du cristal. Il aura fallu deux ans pour concevoir, avec le savoir-faire LALIQUE, le moule parfait et embrasser à la cire perdue les neuf femmes de Rodgers alanguies sur ce vase.

“J’utilise le réalisme pour montrer la fiction.”

Terry Rodgers

© Lalique Art

© Lalique Art

Le modèle
Ces neuf silhouettes, sculptées en bas-relief, le realiste américain les a voulues aussi insolentes et impassibles que leurs aïeules, les Bacchantes, création emblématique de René Lalique, ronde de jeunes prêtresses de Bacchus élancées sur un vase: «Il y a 90 ans, lorsque le maître verrier a moulé ses Bacchantes dans sa manufacture de Wingen-sur-Moder, il entendait proposer une ode à la féminité. Mes Sirènes, en déconstruisant le mythe, pétrissent une nouvelle image de la femme. J’ai voulu que chaque visage soit différent, qu’aucune coiffure, aucune posture ne soit semblable. Car ce qui m’intéresse, c’est la femme en tant qu’individu.» De Bacchante, dans l’imaginaire de Terry Rodgers, elle devient Sirène. Cette créature marine fantastique incarne dans la mythologie grecque le charme, l’illusion – les sirènes sont celles qui, avec leur chant, détournent les navigateurs de leur voie.

© Lalique Art

La matière
Terry Rodgers a toujours été intrigué par le cristal. Dans ses toiles, il arrive d’ailleurs à l’artiste d’insérer des pièces emblématiques de la Maison LALIQUE – parfois pas n’importe lequel: les Bacchantes… «Cette matière fonctionne comme un miroir dont les reflets déformants révèlent des aspects cachés de la réalité et c’est exactement ce que je cherche à peindre. Regardez à l’intérieur du vase: les expressions changeantes des visages par rapport à l’extérieur. Ce contraste est un sujet central pour moi. Sous couvert de transparence, mes oeuvres explorent l’équilibre entre l’intérieur
et l’extérieur» explique l’artiste.

© Estelle Rodgers

 Le travail préparatoire

Comme lorsqu’il réalise un grand format à la palette, Terry Rodgers est parti de clichés de modèles, qu’il fait poser nues dans son atelier. Les tirages étalés sur sa table de travail, un puzzle commence, suivi d’un modelage durant neuf mois d’un projet en pâte plastiline.

 

Le moule et la cuisson
Au centre d’un important savoir-faire de la Maison – qui les fabrique tous depuis ses origines: la conception de moules. En cristal incolore, pour l’édition illimitée, le vase Sirènes a été mis en forme par pressage dans un moule en fonte. Réalisées en 8 exemplaires de couleur noir, bleu nuit, vert ou violet, les pièces, toutes uniques, ont été conçues à la cire perdue, technique perfectionnée par René Lalique en son temps. Ce procédé nécessite la création d’un moule en plâtre réfractaire. «J’ai passé une semaine entière à l’usine, soignant les détails du plâtre – les yeux, la finesse des jambes, le mouvement des doigts», commente Terry Rodgers. Dans le four, la cuisson, puis le refroidissement du cristal avant déplâtrage, est contrôlé à l’aide de sondes. Fidèles à l’univers de ses tableaux, au décor luxueux, les Sirènes de Rodgers ont été rehaussées de touches de platine, un tamponnage que les artisans appliquent à froid avant recuisson.

© Brad Van Tilburgh

Fin de l’Odyssée: l’atelier verre froid
À chaque pièce, deux journées entières de soin. Pour rester fidèle à l’intention de l’artiste, la taille et la retouche corrigent les minces imperfections laissées par le travail à chaud, le moindre pli, les coutures du moule sont lissées. Puis vient le polissage, qui comme toujours chez LALIQUE, se fait à la main, et la touche finale, les signatures LALIQUE et Terry Rodgers méticuleusement gravées sur chaque pièce.

© Estelle Rodgers

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