Tiffany, figure emblématique de la joaillerie outre-Atlantique, dont le nom a été chanté et loué par les plus belles stars, parcourt les siècles, sans une ride.

Par Nathalie Koelsch

Diamant jaune, 128,54 carats.

Diamant jaune de 128,54 carats.

Tiffany, le joaillier dont la renommée a traversé les mers, appartient au mythe des success-stories à l’américaine où, parti de rien, on atteint des sommets! Charles Lewis Tiffany est né à New York au XIXe siècle, à l’époque où le centre du monde se situe en Europe, et à Paris en particulier. Son aventure commence en 1837, quand il se lance dans les affaires accompagné de son ami d’enfance John B. Young avec 1’000 dollars en poche, et qu’ils ouvrent ensemble une boutique au 259, Broadway. Leur échoppe, cachée derrière le City Hall, où les financiers font fortune, attire les épouses des Astor, Morgan, Rockefeller et Gould, qui adorent leurs bijoux précieux et leurs bibelots. Tiffany, Young & Ellis devient la boutique à la mode où se pressent les grands noms de l’industrie. Mais le luxe à la française est une référence, et Charles Lewis rêve de diamants et de Paris.

«Tiffany le roi du diamant», titre le New York Times
A cette période, la France, qui vit une période très créative malgré les soubresauts de l’histoire, donne le ton à l’Europe et attire les voyageurs, les intellectuels, les industriels et les personnalités. Dès 1841, John B. Young traverse régulièrement l’Atlantique pour y trouver des idées nouvelles et faire des achats. Quand, en 1848, la France est secouée par une nouvelle révolution et que les nobles sont disposés à vendre leurs diamants pour fuir Paris, il acquiert au meilleur prix des pierres exceptionnelles qui forgeront sa réputation.

Tiffany le roi des diamants est né et son attirance pour Paris se confirme.  Tiffany & Co. ouvre un premier écrin à Paris, une minuscule boutique au 79, rue de Richelieu, non loin du Palais Royal, et achète des bijoux européens pour les revendre aux Etats-Unis, aux riches clientes américaines. A cette époque, Boucheron, Chaumet et Mellerio sont les joailliers parisiens à la mode. La notoriété de Tiffany explose quand il acquiert un diamant jaune de presque 300 carats à la Compagnie française de diamants du cap de Bonne-Espérance. Après retaille et un nouveau poids de 128,54 carats, ce diamant jaune, immortalisé par Audrey Hepburn à la sortie du film Breakfast at Tiffany’s, lui portera chance et restera
la pierre fétiche de la maison.

Choker Blue Book, création de Paloma Picasso, 1980.

Choker Blue Book, création de Paloma Picasso, 1980.

Le succès est au rendez-vous
Désormais très parisien, Tiffany & Co. expose ses créations lors de l’Exposition universelle de 1878 qui se déroule au Champ-de-Mars, et sera récompensé par une médaille de bronze. Ses services à thé et à café sont remarqués par 15 millions de visiteurs et Tiffany est la première maison de conception américaine à être honorée par un jury français.

Fleur de Mer, création de Jean Schlumberger.

Fleur de Mer, création de Jean Schlumberger.

Le succès est au rendez-vous et Charles Lewis Tiffany est décoré de la légion d’honneur. Lors de l’Exposition universelle suivante, en 1889, Tiffany & Co. expose une série de broches orchidées en émail, or vert et pierres précieuses, achetées par la famille d’Anna Gould, et remporte la médaille d’or dans la catégorie bijoux.

Collier Art déco en platine composé de diamants baguettes, coussin, marquise et brillants.

Collier Art déco en platine composé de diamants baguettes, coussin, marquise et brillants.

Lorsque la nouvelle République décide de disperser les joyaux de la couronne de France, une vente aux enchères est organisée, dispersant les diadèmes, parures et autres couronnes de diamants. La perte historique est encore aujourd’hui inestimable, même si les musées tentent désespérément de racheter à prix d’or les pièces éparpillées dans le monde. En 1887, Tiffany s’est porté acquéreur d’un tiers des bijoux de la couronne, qu’il revend très rapidement à de riches Américaines passionnées d’histoire de France. En effet, l’engouement pour la France est tel que les bals déguisés façon Versailles ne manquent pas, et que les riches héritières américaines cultivent un goût pour l’art de vivre à la française et rêve de posséder des bijoux de ce pays de l’autre côté de l’Atlantique.

Au XXe siècle, la maison a poursuivi son ascension, s’installant dans le monde entier. Sa renommée, immortalisée par les plus grandes stars, parmi lesquelles Marilyn et Audrey Hepburn, n’est plus à faire, et permet même à deux créateurs de signer des collections pour Tiffany. Jean Schlumberger et Paloma Picasso lancent de belles lignes à la forte personnalité, qui restent dans les annales de la marque.

A Paris, Tiffany & Co. possède une adresse sur les Champs-Elysées, dans un hôtel classé bâti en 1850, à l’époque où Charles Lewis Tiffany commençait son aventure. Ses créations, portées par les plus belles femmes du monde, sont dirigées depuis 2014 par Francesca Amfitheatroff, dont la ligne T est un succès.

L’héritage Charles Lewis Tiffany, outre un incroyable savoir-faire et une petite boîte bleue entourée d’un ruban blanc identifiable entre toutes, s’appuie sur un concept entré dans la légende, le Tiffany Setting.

La mythique Tiffany Setting, platine et diamant.

La mythique Tiffany Setting, platine et diamant.

Les 130 ans du légendaire «Tiffany Setting»
En cette année 2016, Tiffany & Co. a célébré les 130 ans de son incomparable « Tiffany Setting », une signature qui a illuminé tant de bagues de fiançailles et laissé une empreinte sans précédent dans l’univers du diamant.

Mis au point en 1886, ce concept propose une façon inédite de sertir le diamant, selon un design original et iconique composé d’un diamant taille brillant surélevé, serti de six griffes en or ou en platine. A cette époque, les pierres étaient montées en serti clos et posées sur un anneau. Véritable visionnaire et amoureux des pierres, Charles Lewis Tiffany décide de rehausser le diamant taille brillant, afin de mieux révéler son éclat et d’amplifier la lumière réfléchie par la taille parfaite de la pierre.

Il imagine la bague de fiançailles telle qu’elle est toujours reconnue aujourd’hui, renforçant la réputation de la maison pour sa sélection des plus beaux diamants au monde. En 1886, leb Tiffany Setting a été imaginé en or jaune et en platine. Véritable travail d’orfèvre, les griffes sont toutes méticuleusement taillées et montées pour révéler la beauté naturelle du diamant. En 2016, la collection anniversaire est également lancée en or rose.

Le style intemporel du Tiffany Setting, devenu iconique au fil du temps, a définitivement imposé Tiffany comme le joaillier de l’amour éternel et du diamant. Pour Melvyn Kirtley, responsable du département de gemmologie chez Tiffany & Co., «de plus en plus de couples considèrent le Tiffany Setting comme le symbole d’un engagement pour la vie. A ce jour, le solitaire Tiffany est la bague de fiançailles la plus recherchée au monde; célébrée au cinéma, dans l’art et la littérature, elle a traversé les modes et les époques.»

Diane Kruger portant une pièce de la collection Blue Book, 2016.

Diane Kruger portant une pièce de la collection Blue Book, 2016.

Tiffany et la couleur
Les pierres de couleur ont joué un rôle majeur dans la renommée de Tiffany. Avant 1850, les pierres de couleur n’étaient pas appréciées, mais les mentalités ont changé en 1876, lorsqu’un jeune gemmologue, le Dr George Frederick Kunz, a vendu une tourmaline exceptionnelle à Charles Lewis Tiffany. Très vite,
il a rejoint Tiffany & Co. et s’est lancé dans une quête de pierres précieuses extraordinaires pour la clientèle fortunée de Tiffany. En 1902, une pierre rose lilas, jusqu’alors non répertoriée, est trouvée en Californie, puis baptisée kunzite.

Passionné de gemmologie, Tiffany a participé à la reconnaissance de nouvelles pierres précieuses au XXe siècle, telles que la tanzanite, découverte dans les années 1960 sur les contreforts du mont Kilimandjaro, en Tanzanie. Etonnante, sa couleur oscille entre le bleu de l’océan et la teinte violette d’un ciel nocturne.

En 1970, une pierre précieuse verte a été trouvée dans le Parc national de Tsavo, près de la frontière du Kenya et de la Tanzanie. Séduit par sa pétillante couleur verte, Tiffany l’a nommée tsavorite. Elle est aujourd’hui adulée et très utilisée.

Véritable aventurier des temps modernes, Tiffany a laissé une empreinte indélébile dans de nombreux domaines liés
à la joaillerie. —

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A propos de l'auteur

Nathalie Koelsch
Un précieux joyau

Tout ce qui brille, c’est le domaine de Nathalie Koelsch. Experte en joaillerie et haute joaillerie, elle rencontre pour Trajectoire créateurs et designers.