En 1947, naissaient la maison Dior et, simultanément, sa première fragrance, Miss Dior. Pour fêter ce double anniversaire, la maison de couture française présente une rétrospective exceptionnelle au Musée des arts décoratifs de Paris et une nouvelle version de ce parfum mythique. Retour sur cette fabuleuse inauguration.

Par Diane Ziegler | Photos Adrien Dirand

 

12 février 1947. Un petit hôtel particulier, avenue Montaigne, Rive droite, Paris. Christian Dior signe l’abolition d’un style austère et masculin, auquel il substitue le retour à une féminité triomphante. C’est la révolution du New Look dans l’histoire de la mode. 3 juillet 2017. Cour Vauban, Hôtel des Invalides, Rive gauche, Paris. Maria Grazia Chiuri présente sa collection haute couture automne-hiver 2017-2018 et convoque les souvenirs d’un grand homme qui imposa une nouvelle esthétique résolument tournée vers l’avenir. La « matrix » (terme latin qu’aimait utiliser Christian Dior pour parler de l’empreinte créative de sa maison de mode dès ses débuts) n’a pas changé, seuls les modèles ont évolué vers encore plus de technicité dans le travail des coupes. Si, il y a 70 ans, brillait l’ensemble Bar, la pièce manifeste de la maison Dior est remise au goût du jour du XXIe siècle et interprétée par Maria Grazia Chiuri de manière à la fois très personnelle et fidèle aux détails et à la structure intérieure chère au créateur-fondateur. Florence Müller, commissaire de l’exposition Christian Dior, couturier du rêve, qui se tient au Musée des arts décoratifs de Paris, explique d’emblée : « Quand on voit la version que propose Maria Grazia Chiuri du tailleur Bar, on reconnaît les lignes franches, mais tout est fluide, aérien, légèrement décollé. Pour chaque robe, les fleurs étaient faites en plumes. Des milliers de plumes. Elles paraissent légères, mais il y a un travail de superposition extraordinaire. » Le résultat est touchant, émouvant, magique.

Le clan Dior
Maria Grazia Chiuri n’est pas la première à rendre hommage à l’homme Christian Dior à travers le tailleur Bar : toutes les générations qui succéderont au génie ont illustré à leur tour cette quête de perfection, recomposant, avec leur propre sensibilité, la grammaire stylistique et l’exigence d’excellence de la maison Dior. A commencer par Saint Laurent en 1957. Petit miracle de la mode, le jeune esthète à l’allure fragile a senti les vibrations de la rue et de la jeunesse prête à s’exprimer en signant son premier manifeste féminin-masculin à travers ses collections Trapèze, Rebelle et Jazz, et surtout en 1960, quand il présenta son blouson Chicago. On retiendra aussi l’opulence généreuse, le luxe extravagant et l’âme baroque de l’Italien Gianfranco Ferré. Impossible non plus d’oublier John Galliano, véritable « coup de Trafalgar » au cœur de la maison Dior et de la mode en général. En 1997, le couturier punk fait éclore dans les salons de l’avenue Montaigne un bouquet de femmes massaïs et d’élégantes sorties d’une œuvre de Watteau. La commissaire Florence Müller confie d’ailleurs que Galliano fut sans doute au plus proche du désir de Christian Dior de « mettre en forme du rêve ». Cependant, l’arrivée de Raf Simons en 2012 souffle comme un vent de fraîcheur sur la maison. La délicate femme corolle de Christian Dior revient en force : « Les premières robes aux imprimés reproduits d’un tableau de Sterling Ruby signées Raf Simons pour Dior sont folles et hyper élaborées. Le tissu est somptueux et la trame très compliquée. Ce fut une vraie prouesse et le départ vers une nouvelle approche de la haute couture », raconte Florence Müller.

Le glamour absolu
Voici donc l’histoire que raconte l’exposition Christian Dior, couturier du rêve, actuellement au Musée des arts décoratifs de Paris. Une sélection exceptionnelle de créations de haute couture allant de 1947 à 2017, de photographies, de documents, de souvenirs du New Look, de manuscrits, de dessins originaux, de miniatures, de patrons et de toiles « tailleur » permet d’établir, dans les espaces dédiés à la mode ainsi que dans ceux de la nef, soit près de 3’000 m2, une véritable généalogie du style Dior, issu de l’élan fondateur du New Look. La qualité de cette rétrospective muséale repose notamment sur la scénographie de l’une des pièces les plus vertigineuses de l’exposition : la reconstitution de l’atelier Dior. Véritable ambassadeur d’un savoir-faire, cette pièce exprime à elle seule la définition même de la « main Dior » : 9’000 mètres de tissu, 35 kilomètres de toile à patron pour chaque collection, soit 100’000 heures de travail ! Dior peut s’enorgueillir d’avoir sublimé les plus belles femmes du monde au fil des décennies : de Jackie Kennedy à Rihanna en passant par Marilyn Monroe, la princesse Margaret, Marlene Dietrich et Lady Di. Aujourd’hui, Dior accompagne lors de ses visites officielles à l’étranger la First Lady américaine, Melania Trump (qui a fait sensation lors de sa visite à Paris en tailleur Bar rouge éclatant), ou encore s’invite au mariage de la très médiatique Miranda Kerr avec Evan Spiegel, le fondateur de l’appli Snapchat. Décidément, le mythe Dior n’a pas fini de faire couler de l’encre et, surtout, de (nous) faire rêver.

La femme fleur
Si 2017 est l’année des 70 ans du New Look, cette date anniversaire est aussi celle de l’origine des parfums Dior. En effet, en 1947, le couturier lança : « Faites-moi un parfum qui sente l’amour ! » Miss Dior était né, le premier d’une longue lignée de créations olfactives toutes plus célèbres les unes que les autres, qui ont traversé le XXe siècle et demeurent aujourd’hui encore comme le flambeau d’une féminité affirmée, à la fois fragile et délicate, qui puise sa force dans sa beauté et sa sensualité… La fleur fait partie intégrante de l’univers Dior, qui la conjuguait aussi bien en robes qu’en fragrances. Ce lien très fort, Florence Müller l’évoque d’ailleurs à propos de la collection de Maria Grazia Chiuri, où les fleurs étaient omniprésentes, « figées dans les enchevêtrements des dentelles, entre les strates de tulle ou sur les ourlets des jupes, comme pour rendre hommage à la passion, voire à l’obsession, de Monsieur Dior ».

C’est donc tout naturellement que l’exposition Christian Dior, couturier du rêve consacre une large part à l’autre visage de Christian Dior. Car, que serait Dior sans Miss Dior ? En effet, l’homme qui disait qu’il dessinait « des femmes-fleurs, épaules douces, bustes épanouis, tailles fines comme lianes, et jupes larges comme corolles » est aussi un génie dans l’univers du parfum. A l’instar du vaisseau amiral du 30, avenue Montaigne, inondé en permanence d’un délicat effluve de rose et de jasmin, le parcours de cette exposition se complète d’une évocation du parfum mythique Miss Dior. Cette fragrance et son flacon iconique se fondent ainsi dans le paysage de ces 300 robes qui forment un tableau envoûtant.

Une destinée légendaire
Dior, le Roi-Soleil de la haute couture ? Cela se pourrait bien, si l’on s’en réfère aux écrits de Jean Cocteau, le fidèle ami et complice du couturier, qu’il qualifiait de « génie léger propre à notre temps et dont le nom magique comporte Dieu et or ». D’ailleurs, Christian Dior nommait les broderies or qui ornaient ses robes « broderies Versailles ». Car l’or est bien le symbole du luxe et du style décoratif à la française qu’au cours des décennies suivantes, ses successeurs distillèrent en nuances délicates dans leurs collections de haute couture. Clin d’œil également à ce précieux métal à travers le parfum J’adore, créé en 1999 et incarné par Charlize Theron, qui défile sous les boiseries dorées de la galerie des Glaces à Versailles.

Une mise en scène que les commissaires de l’exposition ont souhaité ressusciter sous la nef, dans la fameuse salle de bal : féerie des jeux de lumière, robes couvertes d’une pluie de gouttes d’or, éclat des lustres, robes coupe sirène… tout concourt à évoquer la silhouette éternelle et universelle du New Look.

Christian Dior voyait dans tout un signe, pensait que tout faisait sens, croyait en son fabuleux destin et en sa bonne étoile, celle qui le porta au firmament de la haute couture et du luxe, celle du Berger, qui lui indiqua le chemin à suivre. Aurait-il osé imaginer un jour que sa renommée le rendrait immortel ? Tout porte à le croire aujourd’hui. Longue vie à Dior ! —

Ce contenu a été rédigé par Publié dans  A LA UNE, MODE par , Mots-clés: ,

A propos de l'auteur

Diane Ziegler
La mode décryptée

« Je ne fais pas la mode. Je suis la mode. » Quelques mots de Coco Chanel qui pourrait décrire la plume de notre nouvelle correspondante mode. Parisienne et invitée des défilés, Diane Ziegler passe au crible les tendances d’aujourd’hui et de demain. Rédactrice « Style » et « Art de vivre » au Figaro, elle pose son regard pour Trajectoire sur les créateurs en vogue et en devenir, décrypte les codes et dévoile les coulisses de la haute couture, si bien gardées.