Il y a exactement deux ans,  la galerie Analix Forever présentait la 23ème session de VIDEO FOREVER, dédiée au thème de la mort, au musée de la Chasse et de la Nature.  On pouvait visionner, entre autres, un film de Raphaëlle Paupert-Borne sur la maladie et la mort de sa propre petite fille, décédée de mucoviscidose à l’âge de 4 ou 5 ans. Les spectateurs ont regardé le film jusqu’à la fin de la projection. Dans le déroulé de la séance, était également montré le film du film Slaughterhouse d’Ali Kazma, où on y voyait des animaux mourir dans un abattoir kasher à Istanbul. Au moins vingt personnes avaient quitté la salle.

Suite au succès de cette session, Claude d’Anthenaise a proposé à la galerie d’organiser une séance spécifiquement dédiée au thème de la mort des animaux. Le souvenir de cette projection suscite une interrogation: comment se fait-il que la mort de la petite fille soit regardable, et celle des animaux ne le soit pas? Il y a probablement de multiples raisons à cela. D’abord, la mort de la petite fille est une fatalité, celle des animaux est infligée. Mais la mort infligée ne fait pas systématiquement fuir les spectateurs du cinéma, loin de là. On pourrait répondre à ce contre-argument que dans les films de guerre les hommes ne meurent pas vraiment – mais à la guerre, oui, ils meurent vraiment, comme à l’abattoir.
L’une des hypothèses émises pour expliquer cette sensibilité différentielle serait la question de l’innocence. Nous aurions tous besoin d’une sorte de «protectorat de l’innocence». L’humain ayant depuis le siècle dernier perdu toute innocence – nous savons désormais qu’il est capable du pire, massivement – peut-être que l’enfant, futur adulte, a lui aussi perdu de son innocence à nos yeux. Peut-être que les animaux représentent désormais pour nous une sorte de «réserve naturelle d’innocence» à laquelle nous ne devrions pas toucher. Peu importe que les animaux se tuent entre eux, ils n’en seraient pas moins exemptés de la possibilité du Mal.

La Galerie Analix Forever s’est mise alors à la recherche de la meilleure manière d’aborder ce thème, en évitant dans toute la mesure du possible que les spectateurs ne quittent la salle d’entrée de jeu — et si les vidéos d’art réunies dans la programmation proposée ne vont pas apporter de réponse aux questions fondamentales qu’on se pose à propos de la mort des animaux, elles vont permettre d’approfondir les questions posées, qui sont, entre autres:

*Ce qui fait de nous des êtres «mortels» – la conscience de notre mort en tant qu’individus et en tant qu’espèce (humaine) – est-elle partagée par les animaux? Les animaux ont-ils conscience de leur mort – de la mort – de manière similaire aux hommes?

*Dans les représentations qui visent à nous faire ressentir une telle conscience, quelle est la part de «projection»? (une question particulièrement adéquate quand il s’agit de vidéos…)

*Pourquoi les artistes d’aujourd’hui ne représentent-ils pas la mort naturelle des animaux, quand bien même les animaux meurent de mort naturelle ? Pourquoi ne représentent-ils pas la mort que les animaux se donnent entre eux?

*La volonté parfois forcenée d’annuler la mort des animaux répond-elle du désir d’annuler la mort humaine – et devant l’impossibilité de ce faire – à une sorte de détournement?

*Qu’en est-il des rituels, des ritualisations de la mort?

*Pourquoi les images classiques de chasse qui étaient et sont encore considérées comme «belles» (voir les images du musée) seraient-elles – ou sont-elles – aujourd’hui décriées, dans la mesure où elles sont contemporaines?

*Que nous disent les artistes qui travaillent sur la mort des animaux de notre propre rapport à la mort?

La programmation elle-même a été conçue par thèmes: la mort naturelle ; la question de la conscience; les représentations de l’abattoir, incluant la chorégraphie; la chasse, la pêche, et l’élimination des animaux nuisibles à l’agriculture; les hommages aux animaux en voie de disparition; la possible beauté des représentations la mort.

VIDEO FOREVER 33 *ANIMAL DEATH*, le 3 mai à 19h30.
Musée de la Chasse et de la Nature
62 Rue des Archives
75003 Paris
+33 1 53 01 92 40
www.chassenature.org

Entrée libre. Inscription indispensable à l’adresse suivante reservation@chassenature.org.

Introduction: Claude d’Anthenaise – Conference: Barbara Polla & Paul Ardenne

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