Frédérique Constant célèbre cette année les dix ans de son mouvement manufacture, Heart Beat Manufacture. Fruit de la PASSION et de l’acharnement d’un couple originaire des Pays-Bas, Peter et Aletta Stas, la marque connaît aujourd’hui un succès impressionnant.

Peter StasL e nom de la marque reprend les prénoms de leurs grands-parents: «Frédérique » pour Frédérique Schreiner (1881-1969) et «Constant» pour Constant Stas (1880-1967). Peter et Aletta Stas, originaires des Pays-Bas, sont entrés en horlogerie comme on entre en religion: en respectant des valeurs et avec une mission. Vingt-six ans plus tard, Frédérique Constant vend quelque 135’000 montres par an, dont 25’000 équipées de mouvements mécaniques maison, à des prix défiants toute concurrence. Cœur du succès: un soin du détail tout particulier apporté aux cadrans, dont certains arborent depuis 1994 une ouverture sur l’organe oscillant ; mais aussi l’amour de la belle mécanique, avec un premier mouvement manufacturé qui fête ses 10 ans cette année. Retour sur une success-story avec Peter Stas.

D’où vous vient cette passion pour l’horlogerie?
C’est une combinaison de plusieurs choses: pendant mes études déjà, j’avais pour objectif de faire carrière avec un produit de consommation tangible. Ensuite, Aletta et moi avons toujours aimé les beaux objets: à chaque fois que nous venions en Suisse pour les vacances de ski, nous dévorions les vitrines.

Quelles sont les circonstances qui vous ont amenés à ce domaine?
Dans les années 1990, à Hong Kong, et dans toute l’Asie de manière générale, il y avait énormément de publicités pour les montres.
A cette époque-là, les horlogers suisses avaient presque tous succombés à la crise du quartz. Les montres japonaises qui inondaient alors le monde avaient cependant un défaut : elles étaient certes étanches et résistantes mais leur design était discutable ! Nous nous sommes donc dit que nous pourrions utiliser les mêmes méthodes de fabrication mais avec un design plus classique. L’idée est partie de là.

Et de l’idée à la concrétisation?
Au début des années 1990, alors que nous étions, mon épouse et moi, encore salariés par nos employeurs respectifs, nous passions nos week-ends à dessiner des modèles. Les ordinateurs de l’époque commençaient à offrir des logiciels de design intéressants, nous aidant énormément. Avec un projet clair, nous avons alors commencé à investiguer auprès des sous-traitants, autant en Asie qu’en Suisse. En 1991, nous sortions six prototypes, dont un chrono hybride, tous équipés de mouvements à quartz ETA.

Le début de l’aventure?
Oui. Quelque temps plus tard, je prenais une semaine de vacances pour louer un petit stand au Luxury Watch Fair de Hong Kong. Et la première commande est tombée: 300 pièces demandées par un distributeur de Tokyo, Naoki Miyagami. En quelques mois, il avait tout vendu et nous commandait 800 nouvelles unités. Il reste aujourd’hui encore notre plus fidèle client.

Comment vous êtes-vous ensuite organisés?
Aletta a immédiatement démissionné pour travailler à plein temps pour Frédérique Constant. Nous avions acheté 30% des parts d’un partenaire genevois qui emboîtait les mouvements. Mais les premières pièces ont été très difficiles à sortir : les quantités n’étaient pas suffisamment importantes pour les sous-traitants.

Peter StasVotre positionnement était-il déjà le même qu’aujourd’hui?
Oui, nous avons voulu dès le départ créer une belle montre classique à un prix accessible. Ce choix était à l’image de notre situation à l’époque : nous étions de jeunes consommateurs amoureux des belles choses mais nous n’avions pas un budget important.

Le succès a-t-il été immédiat?
J’ai beaucoup voyagé pour implanter la marque! Nous voulions diversifier nos marchés le plus rapidement possible, car le danger avec l’Asie était la monnaie instable. Néanmoins, nous avons amélioré la production chaque année et, en 1995, nous participions pour la première fois à Baselworld.

De quand date votre premier mouvement mécanique?
De 1994. J’ai eu la chance de rencontrer Miguel Garcia à Hong Kong. Celui qui est aujourd’hui patron de Sellita était à l’époque directeur des ventes. Nous nous sommes mis à parler mécanique et je lui ai demandé pourquoi un client paierait plus cher une montre plus lourde et en tout point semblable à une montre à quartz. C’est comme ça qu’est née l’idée du Heart Beat : faire une ouverture dans le cadran pour montrer le moteur!

Une idée de génie…
Que nous n’avons malheureusement jamais protégée ! Cela a certainement été la plus grande erreur de notre histoire, beaucoup de marques nous ont copiés depuis…

Puis il y a eu le Heart Beat Manufacture en 2004, le premier mouvement maison…
Nous avons progressivement introduit les mouvements mécaniques jusqu’en 2001, en y ajoutant à chaque fois des complications. Puis, cette année-là, nous avons décidé de développer nous-mêmes un nouveau mouvement, avec cette fois l’ouverture non plus à 12h mais à 6h. Pour ce faire, nous nous sommes associés à l’Ecole d’horlogerie d’Amsterdam, à celle de Genève ainsi qu’au département de micro-ingénierie de l’Université de Genève. En 2004, nous lancions notre propre calibre et, en 2006, nous inaugurions la manufacture à Genève.

Comment voyez-vous l’avenir?
Nous allons continuer à travailler sur nos  mouvements in-house en y ajoutant de nouvelles complications. Nous allons également augmenter notre capacité de production en agrandissant la manufacture. Nous venons de recevoir le permis de construire et le chantier devrait démarrer à la fin de 2015. Quant aux chiffres, nous aimerions doubler nos ventes d’ici à quatre ou cinq ans, à raison de 20% de croissance par année. C’est la moyenne depuis vingt ans, c’est donc tout à fait réaliste. Une chose est sûre : nous voulons absolument rester dans le même segment de prix.

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A propos de l'auteur

Fabrice Eschmann
Gardien du temps

Journaliste spécialisé dans l’horlogerie, Fabrice Eschmann s’informe, sélectionne et interviewe pour que Trajectoire soit toujours en avance sur son temps.