Son nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, mais vous avez sûrement entendu parler de ses créations ou admiré son travail à votre insu. Rooftop°42, le restaurant-boîte branché niché au 8e étage d’un immeuble de la prestigieuse rue du Rhône à Genève, c’est lui. L’installation lumineuse éphémère qui a illuminé la Passerelle du Grand-Pont à Lausanne fin 2012, encore lui. Le travail d’Albert Schrurs se caractérise également par des œuvres fonctionnelles, comme la dernière série An-Archi, présentée cette année au Salon du meuble de Milan. Rencontre avec un jeune talent.

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vant de lancer le bureau d’architectes Allegory Studio à Genève, Albert Schrurs grandit entre New York, la Belgique et Genève. A 16 ans, il part pour Lausanne, où il intègre l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne). Bachelor en poche, il voyage aux quatre coins du monde pour se former auprès d’architectes et de designers de renom, comme Jacques Lucan, Shigeru Ban ou Kengo Kuma. Fraîchement diplômé, il est engagé chez Louis Vuitton, où il travaille à la conception de nouveaux stands et boutiques de la maison de haute couture française. Intrigué par le design, il décide de reprendre le chemin de l’école en suivant un master en design du luxe à l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne), qui le séduit par son approche créative. Aujourd’hui, Albert a posé ses valises à Genève, pour le moment en tout cas. Il nous a donné rendez-vous au Rooftop°42, où il se sent un peu comme à la maison.

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L’architecture, une passion de longue date?
Enfant, j’aimais beaucoup dessiner. Je reproduisais les personnages de mes BD préférées, Mickey par exemple. A 16 ans, je suis entré à l’EPFL; c’était la seule voie qui m’intéressait. Les deux premières années ont été très dures, beaucoup de rigueur et peu de place à l’imagination. J’ai douté… Puis en 3e, j’ai rencontré des profs extraordinaires, comme Mathias Müller et Daniel Niggli, les fondateurs du bureau EM2N à Zurich, qui m’ont donné le goût de ce que je faisais. Ils m’ont laissé la liberté nécessaire pour créer.

Un artiste…
Je me considère comme un architecte et designer qui cherche la créativité et la fonctionnalité, mais je ne pense pas être un artiste.

Vous vous êtes formé auprès de grands noms de l’architecture…
J’ai énormément appris avec eux. Après mon bachelor, j’ai obtenu un stage à Paris chez Jacques Lucan. Je m’y sentais tellement bien que je me promenais dans le bureau en chaussettes!

Où puisez-vous l’inspiration?
Je m’inspire beaucoup des gens qui m’entourent, des gestes quotidiens. La dernière création d’Allegory, présentée cette année au Salon du meuble de Milan, résulte de ce questionnement. La série An-Archi est composée de trois pièces qui remettent en question notre conception de l’espace et son utilisation. Si vous coupez le chemin à une file de fourmis, celles-ci contournent l’obstacle, elles s’adaptent. On a essayé de reproduire ce mouvement avec Roundabath, une salle de bain circulaire où l’utilisateur déambule autour des différents éléments.

12_Pebble©Allegory-2014 04_Eve©Allegory-201402_Roundabath©Allegory-2014

Votre signature?
En tant qu’architecte-designer, le mot qui me parle le plus est l’espace. C’est mon point de départ. Qu’il soit petit ou grand, il a toute son importance dans la création, tout comme le contexte et le terrain. Je ne peux créer un objet sans l’imaginer dans l’espace qui lui est destiné. Un thème qui m’inspire particulièrement est la ville. Elle est riche en mouvements et en espaces. Elle vit.

Un modèle absolu?
J’admire le travail de l’architecte japonais Shigeru Ban, avec lequel j’ai eu la chance de travailler sur le projet du Centre Pompidou-Metz et pour lequel il a remporté le Prix Pritzker 2014, la plus haute distinction en architecture. Il a une approche des matériaux et du volume unique et une fascination pour le savoir-faire ancestral précieuse. J’aime également le travail de Tokujin Yoshioka et d’Olafur Eliasson.

Un envie folle?
Vous allez rire, mais j’aimerais beaucoup aller au Groenland! M’envoler vers l’espace ou faire quelque chose dont je suis incapable, comme traverser un océan sur un voilier alors que j’ai le mal de mer.

Le projet rêvé?
J’aimerais réaliser un hôtel et travailler davantage avec les marques horlogères, notamment dans le cadre de Baselworld. La conception d’un stand me fascine: tout est imaginé autour d’une montre qui n’est pas plus grande que la paume d’une main!

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Vos projets du moment?
En ce moment, on travaille sur l’aménagement de la terrasse du Rooftop°42, qui devrait ouvrir mi-juillet. On a également plusieurs petits mandats indépendants. On bosse sur la boutique d’une marque horlogère à Paris. On a également un projet pour Allegory Studio qui prévoit de s’étendre à Dubaï prochainement…

Qu’aimeriez-vous léguer à la postérité?
J’aimerais qu’on se souvienne davantage des créations d’Allegory que de moi, qu’elles deviennent intemporelles, qu’elles améliorent le quotidien des gens et qu’elles provoquent l’émotion. Mais vous me reposerez cette question dans quelques années!

Pour plus d’information sur les prodictions d’Allegory Studio, retrouvez-le sur: www.allegory.ch

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A propos de l'auteur

Andrea Machalova
Grande chineuse

Andrea déniche les bons plans dans le dédale de ruelles genevoises comme d’ailleurs et distille les news culture, mode et design pour partager le meilleur sur le web.