Carnet de bal

Sous le ciel bas du mois de janvier, son nom a suffi à réchauffer la Fashion Week: à seulement 35 ans, Alexis Mabille fait son entrée dans le cercle de la haute couture parisienne et signe, avec le plus grand naturel, un défilé plein d’audace et de maîtrise. Pour qui connaît le talent du jeune homme, rien d’étonnant. Voilà des années que Dita Von Teese, Keira Knightley, Léa Seydoux, Carla Bruni ou Lady Gaga… raffolent de ses créations serties de frivolité et de fantaisie. Un style reconnaissable entre mille qui enchante désormais ses deux nouvelles boutiques parisiennes.

Texte Manon Provost | Photo Félix & Jean Picon

Trajectoire magazine suisse de luxe Alexi Mabille Fashion Week 2013

Quelques jours seulement après son défilé, Alexis Mabille nous reçoit chez lui, dans le 1er arrondissement parisien. Fatigué mais satisfait. «Je fais ce métier depuis 15 ans! C’est la routine!» nous glisse-t-il dans un sourire. Ne soyons pas dupe, pour Alexis Mabille, la légèreté est un savoir-vivre. Dans ce sourire, il faut savoir mesurer le chemin parcouru. A seulement 35 ans, il vient de faire son entrée officielle dans le cercle très privé des maisons de haute couture. Fin 2012, il a troqué son blazer de simple «invité» de la Fashion Week contre un costume bien ajusté de membre officiel de l’illustre «Académie». Aujourd’hui, le jeune homme défile aux côtés de Jean Paul Gaultier, Frank Sorbier, Karl Lagarfeld (Chanel), Raf Simons (Dior) ou Riccardo Tisci (Givenchy). Un destin cousu de fil blanc ? Peut-être bien. La couture, Alexis Mabille est tombé dedans à l’âge de huit ans. Né à Lyon, berceau de la soie française, il est piqué au vif par une mère qu’il a toujours vue coudre et une tante décoratrice d’intérieur. La culture des beaux intérieurs et la curiosité des matières habillent une enfance où les dimanches en famille sont rythmés par les facéties de personnalités hautes en couleur, teintés de cette frivolité ambiante qui imprègne chacune de ses collections.

LA COUTURE EN HERITAGE
Dans cette atmosphère, l’histoire du jeune Alexis s’écrit avec évidence : une fois l’aiguille et le fil en mains, il ne s’en est plus dessaisi: «Qu’est-ce que j’ai pu embêter mes parents avec la couture. Ça a duré des années ! J’ai commencé par confectionner des costumes. C’est ce qui m’a conduit à faire un premier stage à l’Opéra de Lyon.» Il y travaille régulièrement et aiguise ses talents de couturier tout en révisant son baccalauréat. Mais le fourreau, l’épée et le feutre ont eu raison de sa passion. Les costumes de l’Opéra sont trop étriqués pour cet exalté des couleurs et des matières. Rideau. Puis, premiers stages chez Ungaro et Nina Ricci. Il y cultive son goût pour le motif floral, s’attache aux textures et éduque son art à l’esprit canaille. Diplômé en 1997 de la Chambre syndicale de la couture parisienne – cursus qu’il survole en deux ans au lieu de quatre –, il intègre la garde rapprochée du génial Galliano: «A force de se croiser dans les couloirs de chez Dior, lors de mon stage de fin d’études, il a fini par me parler. Il m’a trouvé rigolo, je l’ai trouvé sympathique et ça s’est fait aussi simplement.» Une anecdote qui permet de saisir tout ce qui fait le charme d’Alexis Mabille, son énergie: «Dès le début, j’ai cultivé une stratégie non calculée, presque instinctive. De toute façon, il y aura toujours des gens qui ne me prendront pas au sérieux et d’autres qui croiront en moi. Alors, autant foncer!» Dix années «intensives» et formatrices où il met toute sa créativité au service du pôle joaillerie chez Dior, pour Galliano et Slimane. Dans l’ombre de ses aînés, il aiguise sa propre vision de la mode : des looks interchangeables, adaptés à toutes les morphologies, aussi bien aux hommes qu’aux femmes.
 
 

Trajectoire magazine suisse de luxe Alexi Mabille

Trajectoire magazine suisse de luxe Alexi Mabille

UN NOUVEAU GENRE
En 2005, Alexis Mabille claque poliment la porte de la maison Dior, abandonnant sa situation confortable pour épingler trois points de suspension à son avenir. Il dessine alors les modèles de sa propre marque, Impasse 13, qui rapidement reprendra son nom, et, pour ne pas s’ennuyer, devient consultant en accessoires pour Saint Laurent. Limitées aux pantalons, aux chemises et aux vestes, ses premières collections ont l’originalité d’être totalement mixtes. Créés pour l’homme puis ajustés sur une silhouette féminine, les modèles sont l’équation parfaite d’un nouveau genre masculin-féminin. Et si, à présent, les collections pour la femme se distinguent de celles pour l’homme, la mixité reste l’une des signatures Mabille: «J’aime l’idée qu’une fille fouille en douce dans le placard de son mec pour lui chiper une fringue. C’est pour ça qu’il y a toujours des chemises et des vestes d’homme volontairement trop grandes dans mes collections de prêt-à-porter. Elles sont faites pour être ceinturées ou resserrées, ce qui permet de souligner avec féminité la taille et de redessiner les courbes.» Jeux de matières, superpositions de textiles, effets de transparence, mini-jupes et couleur rose poudré, l’habit doit sublimer toutes les silhouettes. Sans tomber dans l’excentricité débridée, Alexis Mabille s’amuse avec le vêtement. Son jeu favori ? Faire bouger les lignes: «C’est ma manière de renverser les règles et de ne pas rester dans quelque chose de trop convenu.»

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A propos de l'auteur

Manon Provost
En face à face

«Donne à une fille les bonnes chaussures et elle peut conquérir le monde.» Telle Marylin, Manon Provost parcourt les rues de Paris à la rencontre de personnalités et de stars qui comptent.