On a beau n’avoir rien bu lorsque l’on tombe sur l’émission d’Annick Jeanmairet, on ne tarde pas à être saoul. Entre un accent forcé et des tics de langage plus que lourds, la Genevoise nous les brise menu.

Par Julie Masson

Quand y’en a marre, y’a Malabar! Quelle tristesse d’avoir vu disparaître le super-héros de chewing-gum et ses super-pouvoirs. Serait-il encore là qu’on l’appellerait, qu’on l’implorerait, qu’on le supplierait de venir à notre rescousse: «Oh, beau Malabar, viens, enlève Annick Jeanmairet et emmène-la, elle et sa cuisine genevoise sur une autre planète. Loin, très loin de la Terre, afin que, même si elle crie très fort, on ne l’entende plus. » On pourrait alors chanter à tue-tête et le cœur léger, en chœur avec les jeunes fans de La Reine des neiges: «Libérés! Délivrés!»
On peut rêver autant qu’on veut, ça ne coûte rien. Mais Monsieur Malabar ne viendra pas – et nous, on reste avec nos lilas, comme dirait Jacques Brel –, pas plus qu’Annick Jeanmairet ne s’apprête à s’engager dans un vol de la NASA. Elle est même bien accrochée à l’antenne de la RTS, où elle revient chaque année, depuis onze ans, nous casser les bonbons dans son émission Pique-assiette, passant de huit minutes d’antenne à ses débuts à une vingtaine maintenant. An 2004, année maudite!
Jeanmairet_3_480Pour les drogués dépendants à la Jeanmairet, des doses de secours sont disponibles en format papier: ils peuvent s’octroyer leur dose quotidienne en fourrant le nez dans un des douze livres de recettes qu’elle a publiés. Bon, reconnaissons que ces ouvrages ont un avantage: ils épargnent au lecteur l’accent plus qu’irritable, pour ne pas dire inaudible, semblant forcé, de l’animatrice de Plainpalais. Pour les images, pas de miracle : les photos sont prises dans sa célèbre cuisinette désuète qu’on n’accepterait pas même pour un week-end à la mer. Non mais, a-t-on idée d’imposer aux téléspectateurs un si vilain décor, sous prétexte que ce laboratoire est celui utilisé au quotidien pour préparer jadis les purées d’Anselme, son fils né en septembre 2011?
Autre point positif: par écrit, Madame Jeanmairet ne peut pas surgir d’une page pour lancer l’une de ses blagues potaches favorites (elle se rattrape sur certaines couvertures, où lui sont ajoutées de vilaines lunettes rouges). «Ce sont des jeux de mots un peu bêtes, mais j’adore ça», a-t-elle déclaré en fin d’année passée à L’Hebdo. C’est elle qui le dit. Car si on peut n’être que d’accord avec la première moitié de sa sortie, on se permettra de corriger la seconde pour dire que ces plaisanteries de niveau –1 hérissent le poil. Son «Et hop, au compost» nous sort par les trous de nez et ses expressions vieillottes du type «la ménagère» font exploser les féministes qui sommeillent en nous. Exemple: «Les grands chefs ne doivent pas être dans la démonstration, mais se mettre au niveau de la ménagère.» Sympa pour toutes celles qui regardent son émission depuis une dizaine d’années et qui passent, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, pour des potiches de premier rang acceptant d’être reléguées au rang de femmes d’intérieur avec jupe à carreaux. Quant à vous, les hommes, même si la cuisine vous détend, passez votre chemin et dirigez-vous vers un autre de ces programmes culinaires indigestes: chez Jeanmairet, on conserve le cliché des années 1960, les femmes aux fourneaux, les hommes au bureau.
Bon, soyons honnête pour conclure: la seule chose qu’on peut lui laisser, c’est sa mise en valeur et sa défense des produits de proximité et de saison, qui en ont bien besoin en notre ère de surglobalisation et de tendance excessive au tourisme d’achat. Un «Et hop au compost» a failli nous échapper. Mais son engagement pour le terroir la sauve d’une fin de carrière aux déchets verts. —

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