A 54 ans, l’écologiste français Denis Baupin, ancien bras droit de Jack Lang, est sous le coup d’une enquête judiciaire pour harcèlement et agression sexuelle. Si l’on en croit les déclarations des victimes, Môssieur n’a pas fait dans la finesse.

Par Julie Masson | Photo Carine Bovey

«Je suis dans un train et j’aimerais te sodomiser en cuissardes», aurait écrit Denis Baupin à Elen Debost, adjointe écologiste au Mans, en 2011. Il nie, elle porte plainte à visage découvert. «Denis Baupin me plaque contre un mur en me prenant par la poitrine et cherche à m’embrasser de force», dénonce Sandrine Rousseau, porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Il nie, elle porte plainte à visage découvert. D’autres femmes, treize au total, ont rompu la loi du silence pour faire éclater au grand jour la nature de l’ancien élu écologiste Denis Baupin.
Le scandale éclate le 9 mai. Mediapart et France Inter se font alors écho de quatre témoignages accusant le «Khmer vert» – le surnom qui lui a été donné alors qu’il travaillait pour Jack Lang à la Mairie de Paris – de harcèlement et d’agression sexuelle. Parmi ces quatre politiciennes, une seule recourt à l’anonymat. Le 30 mai, cinq nouveaux cas, dont deux exposés à visage découvert, viennent assombrir un peu plus un tableau déjà dégoûtant. A mesure que les victimes se dévoilent, les langues se délient à EELV. Tout le monde savait, mais personne n’a rien dit. Tout le monde, sauf son épouse, la ministre du Logement et de l’habitat durable Emmanuelle Cosse qui, préférant se la jouer autruche, dit « avoir confiance en son conjoint ». La présomption d’innocence, même si elle ne doit jamais être oubliée, est tout de même sérieusement mise à mal.
L’ex-vice-président de l’Assemblée nationale (il a démissionné après les accusations) réfute donc en bloc. Evidemment. A peine reconnaît-il des échanges de textos de nature érotique.
«Nous sommes deux adultes consentants qui avons des vies sexuelles et affectives qui permettent qu’on puisse se faire des clins d’œil», estimait-il dans un entretien donné à L’Obs, au sujet de la correspondance SMS entretenue avec la députée Isabelle Attard. Entre un inoffensif petit clin d’œil et une salace envie de fessée vulgairement imposée, il y a tout de même un pas, que Denis Baupin a franchi sans que cela lui pose de problème éthique. Après tout, si l’on en croit ses déclarations, rien de plus normal: «J’ai longtemps été dans le registre de la séduction et dans une forme de libertinage correspondant à la culture des écologistes. (…) Il a pu y avoir des situations de libertinage incompris.»
La majorité des cotisants écolos apprécieront de se savoir polissons par affiliation politique.
Dans les médias, Baupin a écopé du valorisant surnom de «DSK des Verts». C’est que son affaire n’est pas sans rappeler celle de l’ancien directeur du FMI, dont l’autorité a surchauffé des ardeurs sexuelles déviantes. Et l’ex-directeur de Terre des hommes, celui-là même qui a eu le culot de poster sur les réseaux sociaux une photo de sa pauvre mine barbouillée de rouge à lèvres pour dénoncer la violence faite aux femmes, l’a bien cherché. N’est-ce pas lui qui, en 2011, tweetait le délicat message: «On peut dire ce qu’on veut de DSK, mais au moins, avec lui, les bourses n’étaient jamais en berne?» No comment. Et pour en revenir à la puissance qui monte au cerveau, le diplomate et politologue américain Henry Kissinger ne s’était pas trompé en affirmant que «le pouvoir est aphrodisiaque, même pour les moins dotés physiquement». Car il faut bien le dire, ni DSK et son embonpoint trop marqué ni Denis Baupin et son regard huileux ne peuvent se prévaloir d’un corps d’athlète. Par contre, ils s’érigent en porte-drapeau d’un monde politique souillé par les magouilles, les perversions et les arrangements avec la morale.
Mais qu’ont-ils donc, tous ces pauvres gars, à croire qu’ils sont irrésistibles? Comment peuvent-ils être assez naïfs pour voir, quand ils se regardent dans la glace, des apollons séduisants, attirants et respectueux, alors qu’ils ne sont en réalité qu’un amas de gras (au propre comme au figuré), d’attitude repoussante et inadmissible? Pensent-ils que leur statut puisse gommer tous ces répulsifs d’un seul coup? Eh bien non! Qu’ils le comprennent enfin une fois pour toutes : une femme a le droit de refuser des avances. Le droit de mener sa vie professionnelle sans devoir subir des remarques sur sa tenue ou son physique. Elle a même le doit de jouer la séduction puis de se raviser, sans tout de suite se voir gratifiée d’un qualificatif commençant par «s» et finissant par «e».
Lasses de subir des attaques et de constater qu’une Française sur cinq devra faire face au harcèlement sexuel durant sa carrière, un groupe d’anciennes membres du gouvernement – parmi lesquelles Roselyne Bachelot, Aurélie Filippetti, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Lagarde, Fleur Pellerin, Valérie Pécresse ou Rama Yade – a lancé un message on ne peut plus clair: «Nous nous sommes engagées en politique pour des raisons diverses, nous défendons des idées différentes, mais nous partageons la volonté que le sexisme n’ait pas sa place dans notre société. Ce fléau n’est pas propre à notre univers, mais le monde politique a un devoir d’exemplarité.»
Le réveil a été tardif, mais il a enfin eu lieu. Femmes publiques, clamez donc ce message haut et fort. Répétez-le à tous les mâles qui rentrent à la maison la queue entre les jambes, incapables de demander à leur épouse de réaliser un inoffensif petit fantasme, mais qui frétillent de l’attribut sitôt franchi le pas de la porte. Ne reste plus qu’à espérer que cette déclaration ne soit pas que paroles en l’air, afin que les victimes quotidiennes de matous libidineux aient le courage de dénoncer des attaques inadmissibles. Et ce, avant le délai de prescription. Les humains naissent égaux en droit. Ne l’oublions jamais. —

Ce contenu a été rédigé par Publié dans  RENCONTRES par , Mots-clés:

A propos de l'auteur

Communiqué