Paolo et Nicola Bulgari, 1986 © C.Ghergo

Paolo et Nicola Bulgari, 1986

Raconter 130 années d’une histoire fastueuse dans un seul ouvrage, c’est le défi titanesque que s’est lancé le spécialiste joaillier et écrivain français Vincent Meylan. A partir d’entretiens avec Paolo et Nicola Bulgari, respectivement président et vice-président de la maison, l’auteur raconte dans Rome, passion de la joaillerie la saga d’une famille visionnaire, livrant ses anecdotes et ses secrets, le tout ponctué de splendides images inédites.

Par Siphra Moine-Woerlen

Paolo Bulgari

Paolo Bulgari

C’est autour de Jean-Christophe Babin, CEO de Bulgari, et des deux frères Paolo et Nicola Bulgari que se sont réunis en mars dernier une poignée de journalistes venus du monde entier, afin de célébrer la sortie du livre Rome, passion de la joaillerie de Vincent Meylan. L’occasion également de découvrir la « Domus », la nouvelle galerie qui accueille la collection Heritage du joaillier italien, située sur la Via Condotti à Rome. Elizabeth Taylor, Sophia Loren, Anna Magnani, Ingrid Bergman, Anita Eckberg, Gina Lollobrigida, elles ont été nombreuses à pousser la porte de cette maison historique et à contribuer à la faire rayonner dans le monde entier.

 

«Tout peut être une source d’inspiration, il n’y a pas de règle en matière de créativité. Jamais!» (Paolo)

Il était une fois
Tout commence en 1884, lorsque Sotirios Bulgari, descendant d’une famille grecque fuyant l’Epire, se réfugie en Italie et ouvre à Rome une boutique d’orfèvrerie et d’antiquité. Le savoir se transmettant de père en fils, c’est finalement Georgio, le père de Paolo et Nicola, qui crée ce que l’on définit aujourd’hui comme le «style Bulgari». S’inspirant des créations réalisées par les écoles parisienne et américaine, il voit la beauté dans les volumes et les combinaisons de couleurs, ce qu’il reproduit dans ses crétions. Mais c’est finalement à l’époque du film La Dolce Vita, lorsque Rome devient le théâtre favori de nombreuses productions hollywoodiennes – et la Via Condotti la passeggiata favorite des stars – que la boutique Bulgari entre à jamais dans l’histoire, et dans celle du cinéma. « Un des plus grands avantages dans le fait de tourner à Rome est la jolie boutique Bulgari. Je rends régulièrement visite à Paolo Bulgari et nous échangeons des histoires», avait confié à l’époque Elizabeth Taylor, qui avait l’habitude de porter les joyaux de la maison dans ses films, comme dans Cléopâtre en 1862. Les bijoux Bulgari semblaient d’ailleurs avoir de véritables effets thérapeutiques sur la diva, et ce ne sont pas ses nombreux époux qui diraient le contraire. «J’ai initié Liz à la bière, elle m’a initié à Bulgari. C’est d’ailleurs le seul mot qu’elle connaisse en italien!» avait l’habitude de dire Richard Burton, son cinquième mari. Le livre de Vincent Meylan dépeint un monde et un mode de vie qui ont fait de Bulgari, au fil des années, un acteur et un témoin des arts de son époque, allant de la musique à l’architecture.Liz Taylor dans le film Cleopatre en 1962 Serpenti

Un regret? «Oui, j’ai fait la bêtise de ne pas accepter l’échange d’un bijou contre un Warhol!» (Nicola)

Veruschka, 1969

Veruschka, 1969

Aujourd’hui, le troisième bijoutier mondial, qui compte des boutiques à New York, Paris, Genève et Monte Carlo, c’est bien plus que des parures. Parfums, montres, lunettes, sacs et cravates, la marque
italienne se diversifie et s’internationalise, jusqu’à ouvrir des boutiques uniquement dédiées à ses accessoires. Dans la même optique, Bulgari se lance en 2001 dans l’hôtellerie en passant un accord avec le Luxury Group et crée la co-entreprise Bulgari Hotels & Resorts, dont le premier hôtel a été inauguré à Milan en 2004, suivi par un deuxième à Bali en 2006 et un troisième à Londres en 2012. En 1995, l’empire du luxe, qui a acquis au fil des ans quelque six entreprises spécialisées dans la bijouterie et surtout dans l’horlogerie haut de gamme, débarque à la bourse de Milan, avant d’être racheté en 2011 par le groupe LVMH. Comme le soulignent avec fierté les deux frères, appuyés par le CEO Jean-Christophe Babin: «Aujourd’hui, la force de l’enseigne Bulgari, en plus d’être l’une des marques les plus connues dans le monde, est d’avoir la chance de compter encore des membres de la famille fondatrice dans son conseil d’administration.» Mais la véritable clé du succès du joaillier italien est d’avoir parié sur l’intuition et le travail artisanal, notamment concernant le mélange des couleurs et des pierres, sans se préoccuper des modes et des stéréotypes. Et à Paolo Bulgari, collectionneur d’art passionné, d’ajouter : « Tout peut être une source d’inspiration, il n’y a pas de règle en matière de créativité. Jamais ! » —

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Siphra Moine-Woerlen