Trajectoire part à la découverte du Yucatán, vieux pays maya et musée vivant des traditions indiennes. Ses joyaux cachés tels Tulum, Chichen Itza, Coba et Uxmal, la jungle et ses dolines remplies d’eau transparente ou ses plages de sable blanc encore peu fréquentées font le bonheur des voyageurs les plus exigeants.

Reportage et photos Michèle Lasseur


Qui étaient donc ces Indiens, cultivateurs de maïs et de haricots, soumis à un clergé et à un roi représentant leurs dieux sur terre? Antonio parle espagnol et… maya. Profession: chiclero. Il habite le pueblito de Muyil, dans la région de Sian Ka’an (en maya, «là où le ciel est né»), qui abrite plus de 4’500 km2 de jungle et de marais. Une réserve au bord de la mer des Caraïbes protégée par l’Unesco. Son profil de bronze évoque les têtes sculptées dans les pierres des temples mayas. Il travaille dans la forêt pendant la saison des pluies d’août à décembre pour recueillir la sève de l’arbre, le latex du chicozapote (sapotillier), utilisé dans la fabrication du chewing-gum. Palmiers, cèdres, acajous et ceibas (kapokiers) s’élèvent dans un inextricable fouillis de lianes et d’arbustes. Dans les cimes, toucans, oiseaux de paradis et perroquets tiennent de longues conversations. «Nous récoltons 350 tonnes de résine de copal par an.» Celle-ci est ensuite revendue aux Japonais pour en faire du chewing-gum. «Nos ancêtres l’utilisaient comme remède contre les maux d’estomac. Ils la mastiquaient aussi en marchant pour se désaltérer et s’en servaient comme mastic pour joindre les pierres des pyramides.»

Ici, on obéit encore à des traditions que l’on trouve dans le Popol Vuh, le livre sacré des Mayas. Sur le parvis des églises, on fait brûler la résine de copal, l’encens local. Ça sent bon la muscade. Les fumées odorantes mêlent le culte des saints à celui des anciens dieux. Le copal mais aussi le cacautl, la graine de cacao, qui fait partie du patrimoine génétique du Yucatán. Les seuls endroits où le cacaoyer avait assez d’eau pour pousser, c’était près des cenotes, des puits naturels remplis d’eau douce. «Des lieux de culte et d’offrande», raconte Antonio. La cuvette s’abaisse en gradins jusqu’à la nappe d’eau. Et les touristes viennent y nager. C’est là que les femmes mayas puisaient leur eau à l’aide de jarres qu’elles remontaient sur l’épaule gauche, silhouettes de danseuses que l’on peut admirer sur les pierres autour des fontaines.

Le chocolat, boisson sacrée offerte aux dieux, était fabriqué à base d’eau, d’achiote (un piment rouge) et de cacao. Cortez l’introduira à la cour d’Espagne, Puis on la retrouvera dans toutes les cours européennes.

A Valladolid, fondée sur une ancienne ville maya, un musée du cacao raconte l’histoire du breuvage sacré et montre comment les indigènes délaissaient les fèves au goût amer au profit de la pulpe blanchâtre et sucrée à l’intérieur de la cabosse. Le samedi, jour de marché, les Indiens viennent vendre leurs produits artisanaux sur le zócalo, la place centrale. Ils proposent leurs créations : des colliers, des pendants d’oreilles, des huipiles (tuniques) tissés à la main, des chemises en lin brodées (guayaberas), des jouets en céramique. Mais aussi des paniers en saule, en paille. Et surtout des hamacs traditionnels en fibre de sisal, une variété d’agave. Les Mayas la désignaient sous le terme de « henequén ». Ils maîtrisaient la technique pour obtenir de longues fibres, qu’ils faisaient sécher à des fins vestimentaires. L’incroyable résistance du henequén attira l’attention des colons espagnols. C’était le temps de la marine à voile et le besoin de cordages était immense. Le sisal fut à l’origine du boom des haciendas entourées de champs d’agaves. La puissance des hacendados, grands propriétaires, dura jusqu’à la révolution au Mexique, en 1910. Le luxe de ces maisons de maître implantées sur les terres mayas n’avait rien à envier aux plantations de Louisiane ou aux habitations sucrières des Antilles.

L’ÉNIGME MAYA
Des rêves de pierre. Voilà ce qu’il reste de l’empire maya qui s’étendait sur un vaste territoire couvrant le Honduras, le Guatemala, le Belize, les Etats du Chiapas et du Yucatán au Mexique. Cités tellement bien cachées dans la forêt que, parfois, les conquistadores, avides de richesses, ignorèrent leur existence. Sur 40’000 sites archéologiques au Mexique, seulement 200 sont ouverts au public. Architectes et sculpteurs, les Mayas édifièrent des villes de pierre à Coba, Chichen Itza, le site le mieux préservé du Yucatán, ou Tulum, érigé sur une falaise surplombant la mer des Caraïbes, le cœur de l’énigme maya avec ses stèles monumentales, ses gradins sculptés et ses pyramides. Du haut de la pyramide de Chichen Itza, El Castillo, que vous gravissez courbé («L’architecture vous fait plier l’échine pour honorer les dieux», précise notre guide), vous verrez des palais de pierre noyés dans un océan végétal. Pour descendre, une corde vous fait oublier la peur du vide. Les Mayas tissaient des liens secrets avec les dieux. Nous en avons la preuve en pénétrant dans le jeu de «balle». Les bas-reliefs font frissonner: la balle caoutchouteuse, en résine de copal, de la taille d’une tête d’homme, devait pénétrer dans un anneau au mur. On ne pouvait la toucher qu’avec les hanches, les coudes ou les genoux. Le capitaine de l’équipe gagnante, envoyé spécial auprès des dieux, était décapité, selon l’interprétation des archéologues. Aux équinoxes du printemps et de l’automne, le soleil tire sa révérence: il dessine sur les marches d’El Castillo les ondulations d’un serpent.

UXMAL
A Mérida, la capitale du Yucatán, les marchands ont dressé leur stand tôt le matin et les ballots de marchandises laissent échapper épices, gerbes de glaïeuls, pétales, herbes médicinales, masques en bois, vêtements tissés, bananes ou gâteaux de maïs… Des femmes font cuire des tortillas sur des braseros, les petits cireurs de chaussures proposent leurs services. A quelques encablures de là se dresse un autre rêve de pierre rose: Uxmal. On y arrive par un sacbe, un de ces chemins blancs recouverts de stuc de calcaire qui font partie de la palette des terres mayas. L’eau manquait tellement que les masques de Chac, la divinité de la pluie, avec son nez crochu, sont partout présents sur les frises en mosaïque. Des ouvriers essaient de reconstituer ce que le temps a grignoté.

Pourquoi ces cités déjà en ruine avant la conquête espagnole ont-elles été abandonnées? Tremblements de terre, épidémies… ? Les archéologues parlent d’une longue sécheresse, mais penchent pour une rébellion. Certaines scènes ont été gravées puis effacées, des stèles ont été abattues. L’or, les fleurs, les coiffes de plumes, les cerfs-volants de papier, les rituels, l’ivresse du copal, le ruissellement du sang des victimes, toute cette architecture des mythes construite à travers les âges s’écroula devant la certitude du néant. La soumission à la magie des dieux avait fait place au doute et à l’angoisse. Si les bâtisseurs mayas ont disparu, leurs cités sont toujours là. «La lenteur rituelle des nations indiennes les a sauvées», explique notre guide, Don Beto. Rien ne semble les atteindre. Ils ont une beauté immobile. Cinq siècles après que les Européens ont foulé le continent américain, la civilisation maya continue de fasciner.

Où SÉJOURNER, SE DIVERTIR?
Le ciel est uniformément bleu, la mer turquoise. Fermer les yeux afin de reposer les pieds sur terre. Mais non, ce n’est pas un rêve. Sur la Riviera maya, plages de sable blanc, végétation exotique, avec une architecture coloniale espagnole: voici l’Occidental Royal Hideaway Playacar Hotel, membre des Leading Hotels of the World. Une touche toscane pour le fun en jouant avec des marbres vrais et pour le plaisir de vivre, un zeste de Mexique. L’établissement compte onze villas disposant chacune d’un service de conciergerie pour veiller au bien-être des hôtes. Tout fait penser à une belle et riche maison d’été avec un côté chic et décontracté qui charme d’emblée. Laissez les alizés tropicaux emporter vos soucis et filez au Spa Royal Hideaway. Quitte à vous faire plaisir, soyez fous, offrez-vous l’enveloppement chocolat, «Chocotherapy». Le luxe réserve aussi des surprises… 450 employés travaillent dans ce resort de 200 chambres en bordure de mer. Pour un château magique, c’est presque normal. www.royalhideaway.com

Xcaret était jusqu’en 1990 une petite crique rocheuse au sud de Playa del Carmen, sur la côte des Caraïbes. C’est maintenant un grand parc aquatique griffé d’un label écologique, qui combine ruines mayas, attractions et zoo. Des plaisantins l’ont qualifié de «Disney World mexicain mâtiné de National Geographic». Xcaret propose de parcourir (à la lumière naturelle) deux rivières «souterraines» à la nage avec masque et tuba, de faire de la plongée dans les récifs, de jouer avec les dauphins dans le delphinarium, de voir des tortues marines, des papillons, des jaguars, des pumas (sur deux îles des félins). www.xcaret.com

Comment y aller?
Environ 3’300 CHF pour un séjour de douze jours à partir de Genève. Voyageurs du monde:
Rue de la Rôtisserie 19 – 1204 Genève
T. +41 (0)22 518 04 94 – www.voyageursdumonde.fr

QUAND Y ALLER ?
La côte du Yucatán est ensoleillée, avec une température comprise entre 25 et 28°C toute l’année durant la journée. La période de novembre à avril, qui correspond à la saison sèche, est la meilleure pour visiter la région. On évitera par contre la saison humide et chaude comprise entre mai et octobre. 

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A propos de l'auteur

Michèle Lasseur
Le tour du monde en quelques pages!

Son diplôme en langues orientales en poche, Michèle part faire ses armes… à Tokyo! Cette journaliste indépendante férue de voyages et auteure d’ouvrages sur la Floride, l’Egypte, le Japon et la Polynésie ne tient pas en place.