«Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler», ainsi commençait la critique assassine dans Les Cahiers du Cinéma suite à la sortie du premier Lelouch en 1960. Plus de cinquante ans plus tard, le nom du cinéaste français est loin d’être tombé aux oubliettes. Il revient avec son 44è film, intitulé  Salaud on t’aime, un huit-clos clos familial qui vire au drame. Celui que la mère cachait dans les salles de cinéma pour échapper à la Gestapo, réalisateur d’Un homme et une femme qui lui a valu une Palme d’or et un Oscar, nous parle de son amour du cinéma, des femmes et de la vie.

Votre dernier film « Salaud on t’aime » est en partie autobiographique pourquoi l’avoir fait à ce moment-là de votre carrière ?
Il y a des films que l’on peut faire qu’à certains moments de notre vie. Il a fallu que je vive assez pour avoir des choses à raconter, que le tems passe. Salaud on t’aime parle de la vie, de la mort, de l’amour, de l’amitié, c’est un film crépusculaire. On n’aime pas de la même manière une femme, ses enfants, ses amis ou son métier et c’est cette différence que je souhaitais montrer.

Vouliez-vous passer un message à vos enfants ?
Je voulais leur dire pardon, m’excuser d’avoir été absent et de m’être peut-être plus occupé de ma caméra que d’eux. Mais attention, j’ai toujours été là. J’étais un bon père, mais un père absent de la vie quotidienne.

Vous semblez pourtant proches aujourd’hui.
Maintenant qu’ils sont grands, nous sommes devenus copains. On rigole beaucoup ensemble et on se voit souvent. Le fait qu’ils travaillent presque tous dans le milieu du théâtre ou du cinéma nous rapproche forcément.

Pourquoi les 4 saisons comme prénom des 4 filles du héros de votre film ?
Les quatre filles font partie de la même famille même si les mères sont différentes. Chacune correspond à une saison particulière de la vie de cet homme. C’est une jolie métaphore de ce que devrait être une famille.

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Les prénoms de vos enfants commencent tous par un S, pourquoi ?
Tout simplement parce que mon père s’appelait Simon et que je voulais lui rendre hommage. Je ne pouvais pas appeler tous mes enfants Simon donc j’ai opté pour la lettre S.

Vous êtes un cinéaste de l’immédiateté, comment dirige-t-on un non professionnel tel que Johnny Hallyday ?
Johnny est un professionnel à mon sens. Bien sûr, il est chanteur avant d’être acteur… mais  il est excellent ! Il est très sérieux dans son travail, nous avons une relation d’amitié et il aime qu’on lui dise la vérité.

Pourquoi le choix d’Eddy Mitchell dans le rôle du meilleur ami confident?
L’amitié est une chose complexe. Si on peut filmer de vrais amis on gagne du temps. Deux amis ont leur manière de se regarder et de se parler, de se dire les choses sans parler. En choisissant Eddy je suis allé à la facilité.

Vous avez l’habitude d’être assez critique avec vos films, êtes-vous satisfait du dernier ?
C’est peut-être mon plus beau !

Après l’Oscar en 67 pour Un homme et une femme, pourquoi ne pas avoir cédé aux sirènes d’Hollywood ?
Je voulais faire un cinéma libre et indépendant. Je n’ai jamais eu envie de faire des films de commande, ce qui est le cas à Hollywood. Je ne le regrette absolument pas aujourd’hui. Je n’ai pas de règle, pas de limite, je suis capable de tourner avec des stars comme des gens moins connus. Le scénario est patron.

Pourquoi après l’immense succès de L’Aventure, c’est l’aventure de La bonne anné ne pas avoir continué à creuser le sillon Ventura ?
Quand on fait deux, trois films avec un acteur on en a vite fait le tour. Je n’avais pas envie d’avoir le sentiment de me répéter et de faire toujours le même film. C’est important de changer d’acteur et d’équipe. Il faut changer plein de choses dans la vie pour éviter de tomber dans les habitudes.

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La rencontre Delon / Lelouch ne s’est jamais faite… une question d’égo ?
Les hasards de la vie n’ont pas voulu que ça se fasse…

Vous auriez voulu ?
Non. C’est une question de hasard et de circonstances qui n’ont pas eu lieu.

Un acteur ou une actrice avec qui vous auriez voulu tourner ?
Gabin et de Funès sont deux acteurs que j’ai vraiment raté… J’aurais également adoré tourner avec Rita Hayworth ou Marylin Monroe. Je ne sais pas si ça aurait donné de bons films mais on se serait bien amusés.

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Ca aurait pu vous valoir des ennuis, vous qui aimez tant les femmes…
La vie est faite pour avoir des problèmes. Une vie sans problème est très ennuyeuse. Je préfère avoir des ennuis que m’ennuyer. A chaque fois que j’ai tourné un film, j’ai été inconsciemment ou consciemment amoureux des femmes avec qui je tournais. On ne filme bien les choses que dont on est amoureux. La direction d’acteur passe par de l’amour, qui est souvent réciproque et reste heureusement platonique.

Vous avez connu des succès comme des échecs, les cahiers du cinéma vous avaient prédit une fin rapide, est-ce que vous n’avez jamais douté ?
J’ai douté, mais à chaque fois que j’ai voulu faire autre chose, je me suis aperçu que je ne savais faire rien d’autre. Les films sont la seule chose que je sache faire et j’en ferai jusqu’à mon dernier film, avec ou sans public. Le cinéma a donné un sens à ma vie et j’ai toujours autant envie de me lever très tôt le matin.

Même si la critique vous assassine ?
Si la critique devait m’arrêter, je n’aurais plus fait de film après le premier en 1960. Si elle avait eu raison je n’aurais pas fait 44 films.

Selon vous, votre film le plus réussi et celui que vous aimez le moins ?
Ce sont des questions auxquelles il m’est impossible de répondre, c’est comme si vous me demandiez quel est mon enfant préféré. La vie est plus compliquée que ça. Je les aime tous parce qu’ils m’ont tous donné des satisfactions ou des tristesses. La vie c’est comme la météo, un changement permanent. Il y a des jours ou je préfère tel film, telle femme, tel enfant. Il faut aller voir les gens quand leur météo est bonne.

Vous avez déjà plusieurs projets en tête, notamment un film en Inde avec Jean Dujardin, quelle en sera l’intrigue ?
Ce sera une comédie, dans le même esprit qu’Un homme qui me plaît ou L’aventure c’est l’aventure, sur un homme portrait-lelouchqui se fout de tout sauf de lui-même. On va tous au même endroit autant y aller dans la bonne humeur. On va beaucoup rire je pense…

Vous êtes dans le cinéma depuis plus de 50 ans, qu’est-ce qui a fondamentalement changé ? Est-ce plus difficile aujourd’hui ?
Tout est plus facile aujourd’hui. Le monde a énormément changé et tout a été fait pour que les choses soient plus faciles. Voyager, parler, rencontrer les gens, faire des films… Nous avons des outils qui nous permettent d’aller plus vite.  On peut faire un film avec son portable ! Les gens qui disent que c’est plus compliqué aujourd’hui, n’ont pas connu le passé. Nous sommes devenus des enfants gâtés qui ne sont jamais contents, trop de cadeaux tue le cadeau. Le monde va de mieux en mieux, il n’y a que les imbéciles qui se plaignent.

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A propos de l'auteur

Andrea Machalova
Grande chineuse

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