Islande, terre qui gronde

Trajectoire magazine suisse de luxe Islande

En ouvrant son «Voyage au centre de la Terre» Jules Verne ne s’y est pas trompé. Les sols bouleversés, craquelés, de cette île à la limite du cercle polaire, laissent entrevoir les entrailles de la planète. Amateurs de sages cartes postales s’abstenir, c’est une terre de passions sauvages et volcaniques!

Texte Patrick Galan | Photos Claire Ackermann, Karin Beate Nøsterud et Niklas Sjöblom

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Ici, la nature vibre, bouillonne, jaillit et communique au voyageur sa force vive. C’est l’île des chocs et des fractures entre l’Europe et l’Amérique, mais aussi celle des mariages grandioses: celui de la mer et du vent, celui du feu et de la glace. Solfatares, geysers, cratères sculptés par l’activité volcanique forment des paysages lunaires. L’eau se fait tour à tour mer puissante et nourricière, sources chaudes, fjords et lagons où flottent des glaciers d’un bleu presque surnaturel.

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ÉRUPTION IMMINENTE?
Les macareux moines viennent d’arriver à Vik, tout au sud de l’île et les premiers agneaux sont nés cette nuit, à quelques kilomètres de là, dans la bergerie de Jonas et Ragna. L’herbe, brûlée par le froid, commence à reverdir et bientôt la côte se couvrira de vastes prairies, de champs de lupins et d’angéliques. L’intérieur du pays et ses hautes terres désertiques sont encore inaccessibles. Les pistes qui permettent d’y pénétrer n’ouvriront qu’en juillet. Mais près de la mer, la nature s’éveille enfin après un long hiver. Comme chaque année, les Islandais sont à l’écoute des premiers signes annonciateurs de la belle saison. Les nuits sont désormais beaucoup plus courtes que les jours qui seront sans fin au mois de juin. Sur cette terre égarée dans l’Atlantique Nord, les descendants des Vikings vivent en parfaite osmose avec une nature qu’ils préservent jalousement. Leur vie est rythmée par le temps – les tempêtes peuvent bloquer tout déplacement – et par les battements de cœur de leur île. La terre a encore ici le visage de la jeunesse: des traits abrupts et un tempérament fougueux qui se manifestent par des éruptions volcaniques, des séismes et des coulées de boue, signes les plus violents de l’intense activité régnant sous l’écorce terrestre. Personne n’a oublié les six jours de cauchemar d’avril 2010, lorsque le nuage de cendres de l’Eyjafjallajökull a provoqué l’annulation de centaines de vols des deux côtés de l’Atlantique. Et, d’après les scientifiques, il se pourrait bien que le ciel se noircisse à nouveau au-dessus de l’Islande puisque le Katla, l’un des volcans les plus actifs et les plus destructeurs, donne actuellement des signes alarmants d’activité intense. Fait inquiétant, les éruptions de l’Eyjafjallajökull en 1612 et 1821-1823 ont été suivies par des éruptions du Katla…

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ODEURS DE SOUFRE ET BRENNÍVIN
Le premier contact avec les entrailles de la planète se fait par le hublot de l’avion, où l’on distingue déjà de grands panaches de fumée blanche au cœur d’une immense coulée de lave. Au sud de la capitale Reykjavik, le Blue Lagoon, sorte de rite initiatique, vous attend pour barboter en famille dans ses eaux chaudes et sulfureuses, d’un bleu laiteux et quasi phosphorescent. Les Islandais cultivent une véritable passion pour ces bains collectifs quotidiens dans les piscines alimentées en sources chaudes. On y trempe, on y échange les dernières nouvelles du quartier, comme on prend, chez nous, son ristretto au comptoir. Ces séjours prolongés dans des eaux chargées en sels minéraux constitueraient même le secret de la longévité exceptionnelle des Islandais. La communion avec la vie souterraine se poursuit jusque dans les maisons où la douche dégage une forte odeur de soufre. Ici, les habitations sont entièrement chauffées et alimentées en eau chaude par des captages géothermiques, ce qui fait de Reykjavik la capitale européenne la moins polluée. Dans cette ville, nichée au fond d’une baie magnifique et dominée par des sommets enneigés, vivent les deux tiers de la population islandaise. Il y a quelques années, on savait à peine la situer sur une carte. Puis est arrivée la chanteuse Björk qui est devenue, sous les sunlights, le meilleur ambassadeur de sa ville. On a alors découvert ce nouvel eldorado des branchés, cette cité qui fait la fête tous les week-ends jusqu’à six heures du matin, et où coule à flots la boisson typique du pays, le brennivín (littéralement «vin brûlé»), un alcool de pomme de terre parfumé à l’angélique: un régal qui réchauffe!

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HISTOIRE D’OISILLONS
L’histoire géologique de l’Islande se lit à l’œil nu: aucun arbre, à part de maigres saules, ne pousse naturellement sur cette terre inhospitalière. La couleur des roches, le tranchant de la lave et le bleu des glaciers s’étalent à perte de vue. Dans ces immensités, aucune trace humaine ne vient entacher des paysages qui bouleversent et perturbent. A 50 kilomètres de Reykjavik, un lieu résume l’histoire du pays: Thingvellir. C’est une faille profonde, ancienne, dans laquelle on marche entre l’Europe et l’Amérique, un lieu où se tenait en plein air, dès l’an 930, le parlement viking. Autour de Thingvellir, fumerolles et solfatares attirent le regard. En s’approchant, on respire la chaude haleine d’un monstre assoupi, dont l’odeur de soufre fait friser le nez. Mais l’envie est forte d’aller voir de près ces bouillonnements de chaudron de sorcière, ces cloaques gris anthracite. Le sol râle et glougloute, il peut se réveiller… Non loin de là, à Geysir (qui donna son nom aux geysers), la nature se manifeste plus violemment encore, en lançant vers le ciel une grande colonne d’eau. Cap au sud vers la large plaine côtière dominée par le volcan Hekla. Les cygnes et les oies sauvages sont arrivés eux aussi. Ils passeront la belle saison en Islande, véritable sanctuaire pour la reproduction des oiseaux. Au loin, on distingue le relief tourmenté des îles Vestmann. Les macareux, qui forment la plus grande colonie du monde, viennent tous les ans par millions nicher sur cet archipel volcanique, dont les falaises vertigineuses surplombent l’océan de plus de 500 mètres. En août, on assiste là à un étrange spectacle: la nuit, les enfants se promènent dans les rues avec une torche et un petit carton à la main. Ces écolos en herbe sont chargés de récupérer les oisillons perdus. Quand ces derniers sortent du terrier pour rejoindre leurs parents en mer, ils sont attirés par les lumières des maisons et s’égarent en ville. Sans l’action des apprentis sauveteurs qui les relâchent sur le rivage au lever du jour, ils seraient condamnés. Cette sensibilisation aux choses de la nature est essentielle quand on vit sur une terre aussi rude. Inutile de lutter contre elle, autant être à son écoute.

Trajectoire magazine suisse de luxe Islande Suðurnámur Landmannalaugar

ENTRE TROLLS ET JAMES BOND
En Islande, les légendes sont très vivaces. Les elfes et les trolls habitent encore les montagnes et de nombreux sites naturels attestent de leur existence. Les voilà pétrifiés au large des fantastiques falaises de basalte de Vik, avec quatre aiguilles rocheuses pour le père, la mère et les deux enfants. Ici, une grotte à la forme harmonieuse a été consacrée «église des elfes», et parmi les croyances persistantes, on note l’existence sur l’île de la «Porte de l’Enfer». C’est dans ce chaos minéral, où les pierres noires à l’infini et les paysages font penser à la surface de la Lune, que les astronautes américains se sont entraînés dans le plus grand secret avant de tenter leur premier voyage vers notre satellite naturel. En poursuivant vers l’est, après la vallée de Thorsmörk entourée par les glaces et un inattendu bois de bouleaux, on retrouve les sables noirs descendus du Vatnajökull. Aussi grand que la Corse, ce glacier renferme la troisième réserve d’eau douce de la planète. Au contact de l’eau salée, des icebergs se détachent, formant des lagons glaciaires. Jökulsárlón, entre Skaftafell et Höfn, est le plus fascinant d’entre eux, avec ses sculptures bleutées qui se déplacent au gré des vents et des marées. Il a même été utilisé comme décor de film, notamment dans les James Bond Dangereusement vôtre et Meurs un autre jour, mais aussi pour une des scènes sibériennes de Lara Croft, Tomb Raider. L’Islande, c’est la rencontre des trolls et des légendes vikings, c’est un pays décharné et accueillant, mais c’est aussi une découverte secrète aux confins du monde, là où une vie intense participe de l’effervescence d’une terre encore inachevée. —

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Comment y aller?

On regrette les vols estivaux directs de Crossair! Swiss, KLM Finnair, Icelandair ou SAS proposent tous des vols avec une ou deux escales (Londres, Amsterdam, Stockholm, Copenhague, etc.). On peut aussi trouver des vols sur easyJet via Londres-Luton. Attention, selon les escales, le voyage peut être très long… L’aéroport de Reykjavik est à 48 km du centre ville.

Où loger?

L’hôtellerie islandaise offre de bonnes prestations mais est assez chère. Pour les budgets plus modestes, l’auberge de jeunesse est une bonne solution (dortoir ou chambre double, triple ou familiale avec cuisine commune). Les guesthouses sont une autre formule d’hébergement, pas forcément bon marché. Il est également possible de loger dans les hôtels Edda (résidences universitaires ouvrant aux touristes durant l’été). Ne pas hésiter à consulter les forums sur Internet.

Nous remercions: Kontiki Voyages
Rue du Valentin 61
CH-1004 Lausanne
T +41 22 389 70 80
www.kontiki.ch
Sans qui ce reportage n’aurait pas pu se faire 

A propos de l'auteur

Patrick Galan
Globe-trotter

Véritable globe-trotter, Patrick Galan sillonne le monde à la recherche de perles rares pour vous donner des envies d’évasion. Quand un avion décolle, il n'est jamais très loin...