Birmanie, sublime pépite de l’Asie

Trajectoire magazine suisse de luxe birmanie Myamar

Mingalaba Myanmar! Après le salut de bienvenue, il ne reste plus qu’à se laisser envoûter par l’ancienne Birmanie, la destination touristique à la mode, qui a toutes les peines du monde à faire face à l’afflux de visiteurs. Porté par un nouvel élan démocratique auquel a largement contribué le Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, ce lointain pays d’Asie libère aujourd’hui ses frontières.

Texte Patrick Galan | Photos Michèle Degaudenzi

Cinquante ans de dictature militaire avaient complètement isolé le pays et entraîné un boycott touristique sévère, soutenu par Aung San Suu Kyi, l’icône de la démocratie. Mais deux ans après la dissolution de la junte en mars 2011 et grâce à une série de réformes politiques spectaculaires, les stigmates ont disparu. Le Myanmar est redevenu non seulement fréquentable, mais séduisant, un lieu où le temps s’est arrêté. Dans cette enclave oubliée par l’Histoire, on est immédiatement capté par le monde extraordinaire que l’on découvre. L’ambiance n’est pas comparable à celle des autres pays d’Asie et la seule inquiétude, ce serait de voir évoluer trop vite les choses et les mœurs, à la manière de la Thaïlande voisine. Le Myanmar perdrait alors son âme et son indicible charme.

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DES TONNES D’OR ET DE DIAMANTS
Yangon (anciennement Rangoon) n’est plus la capitale depuis 2005, c’est Naypyidaw, une ville nouvelle établie au centre du pays par le pouvoir militaire, qui a pris le relais. Cependant, elle constitue toujours le point de passage obligé de tout séjour au Myanmar, puisque seul l’accès par les airs est possible, les régions aux frontières étant peu sûres. La ville étale ses quartiers sur les rives du fleuve Yangon et de son riche delta, jusqu’à la mer à 30 km environ, là où se trouve le port le plus important. Mais ici, pas d’embouteillages comme à Bangkok, pas de buildings défiant le ciel comme à Singapour, pas de publicités géantes comme à Shanghai. «Ce pays à nul autre pareil», comme disait déjà Rudyard Kipling au temps de l’Empire des Indes, a les teintes sépia d’une vieille carte postale. Les gens vivent au rythme des ferries sur le fleuve et vous n’y ferez pas un «voyage» au sens habituel du terme, mais plutôt un pèlerinage dans une sorte d’Indochine révolue. Très religieux, les Birmans pratiquent un bouddhisme considéré comme l’un des plus purs d’Asie. Bien que très pauvres, ils édifient de fastueux temples couverts de joyaux, comme autour de la pagode de Shwedagon qui, avec ses tonnes d’or et de diamants sur 110 m de haut, est le plus fascinant monument bouddhique du monde. La légende dit qu’elle abrite huit cheveux de Bouddha et que, grâce à une énorme émeraude, elle lance chaque soir un rayon magique dans le soleil couchant. Du lever au coucher du soleil, les fidèles viennent par milliers faire le tour du grand stupa dans le sens des aiguilles d’une montre, prier sur l’esplanade de marbre et déposer des offrandes devant les petits autels dédiés aux esprits. A chaque don, un coup de gong résonne.
Trajectoire magazine suisse de luxe birmanie Myamnar
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SUR LE LAC INLE, LES JARDINS TANGUENT
De Mandalay à Amarapura, la «Cité immortelle» avec ses magnifiques soieries et son pont de bois U Bein (1’200 m de long) sur le lac Taungthaman, en passant par Mahamuni, où gît un gigantesque bouddha enrobé de millions de feuilles d’or, le Myanmar est d’abord un extraordinaire kaléidoscope d’images insolites et foisonnantes, qui coupent le souffle et font battre le cœur. Parfois, les images ressemblent à des mirages, avec des femmes-girafes ou des montagnards de l’ethnie Pao surgis, non pas du passé, mais de la jungle voisine. En chemin, on croise des paysans vêtus du «longyi», le pagne traditionnel, tandis que les femmes ont enduit leur visage de «thanakha» une pâte jaune pâle faite d’écorce broyée. L’itinéraire idéal n’oublie pas non plus Kyaiktiyo, le célèbre «Rocher d’or», un monolithe recouvert de milliers de feuilles d’or et censé tenir au-dessus du vide simplement grâce à quelques cheveux de Bouddha. Bien que recommandé par tous les guides, c’est plus un lieu de pèlerinage majeur pour les bouddhistes que pour les touristes. L’accès à pied (payant à l’arrivée) se mérite, mais les femmes ne peuvent pas s’approcher du rocher…
Sur le légendaire lac Inle, les bateliers inthas, en équilibre sur leurs frêles embarcations, remorquent des jardins flottants en ramant avec leurs jambes. Ces «fils du lac» ont ainsi les mains libres pour jeter leurs casiers à l’eau. Ici, on est pêcheur le matin et paysan l’après-midi. Les maisons sur pilotis sont reliées par un réseau de canaux tapissés de jacinthes d’eau et, pour naviguer d’un village à l’autre sur cette vaste étendue d’eau douce (22 km de long sur 11 de large), un seul moyen de transport: le bateau. Ywama et son marché flottant, Inpaw Kone et son atelier de tissage de soie, ou le fameux Nga Phe Kyang, le monastère des chats sauteurs (les moines ont appris aux félins à sauter dans des cerceaux !), sont des escales originales.

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DANS LA VILLE FANTÔME
A 650 km au nord de Yangon, sur les rives de l’Irrawaddy, le fleuve majestueux qui constitue la véritable voie d’eau royale du pays, Pagan (ou Bagan) est l’apothéose de la féerie birmane. Même si vous êtes prévenus, vous croirez rêver. Des milliers de pagodes vous entourent. Certaines, en ruines, ne sont pas encore recensées, mais une ferveur particulière règne dans le temple d’Ananda, le mieux conservé du site.
La fondation du royaume de Pagan eut lieu, croit-on, en 849. Un siècle plus tard, Anoratha, son premier grand roi, réalisa l’unité du Myanmar grâce à des techniques militaires nouvelles, dont l’emploi d’éléphants de guerre. Il incorpora à son empire la Thaïlande et le Laos actuels et porta ses frontières jusqu’au Cambodge et à l’Inde. Pagan devint alors l’incomparable site d’architecture sacrée que Marco Polo cita dans ses récits, et dont la réputation s’étendit jusqu’en Chine. Dans cette partie du monde, seule Angkor peut lui être comparée. La ville de Pagan, elle, n’est aujourd’hui qu’une modeste agglomération de maisons de bambou, entourée de stupas à perte de vue. Dans le vieux quartier qui garde l’empreinte du passé, les gens viennent flâner sans but en mâchonnant du bétel (cette chique composée de feuilles de liane, de noix d’arec et de poudre de chaux), qu’ils conservent précieusement dans des boîtes de laque rouge ou noire, ces boîtes qui sont, avec l’art religieux, l’autre spécialité de Pagan. Pour chaque photo, un sourire ou un clin d’œil, on est toujours accueilli avec gentillesse par la population. Puis les femmes retournent au fleuve pour y puiser de l’eau, la lumière rasante rallongeant de plus en plus les ombres. C’est à ce moment-là, au coucher du soleil, qu’il faut s’installer sur la terrasse du temple Thatbyinnyu, l’un des points les mieux situés de ce «périmètre sacré» de 25 kilomètres carrés, bordé au loin par le mont Popa peuplé de Nats, les génies tutélaires du Myanmar. La ville fantôme, tendue vers le ciel, s’embrase alors de mille feux et, dans le dédale infini des pagodes de couleur ocre, on croit entendre psalmodier les bonzes. Mais ce n’est que le vent qui rompt l’incomparable silence que le tourisme ne trouble pas… ou pas encore.

UN MILLON DE VISITEURS EN 2012
«Parce qu’il a été très isolé, le «pays des pagodes dorées» résonne d’une forte authenticité, protégé du tourisme de masse et empreint d’une hospitalité véritable», écrivait le New York Times en 2012, le plaçant à la troisième place des 45 destinations incontournables. Un enthousiasme aussi sincère que brutal constituait, il y a un an, un véritable défi pour l’industrie naissante d’un pays où les distributeurs d’argent et les cartes bancaires sont inconnus, et où il faut fournir des dollars propres, repassés et sans défauts, sous peine de se les voir refuser. Aujourd’hui, le nombre de visiteurs étrangers a dépassé pour la première fois la barre du million, soit une hausse de près de 30%. A Yangon, les attractions les plus populaires ont subi l’assaut des touristes. Ainsi, quelque 350’000 étrangers ont visité la célèbre pagode Shwedagon l’an dernier, contre 225’000 en 2011, selon des chiffres publiés récemment dans le journal New Light of Myanmar. «C’est une année exceptionnelle pour le pays et le ministère prévoit une nouvelle augmentation de 15% pour 2013», a commenté Phyoe Wai Yar Zar, un responsable de l’Office du tourisme birman, assurant que l’industrie était «capable de le gérer». Pourtant, dans l’un des pays les plus pauvres de la planète, il est devenu difficile, pendant le pic touristique, de trouver libre l’une des quelque 30’000 chambres des 800 hôtels du pays. Une pénurie qui a malheureusement fait flamber les prix dans les lieux les plus touristiques.

Où loger

A Yangon: Governor’s Residence
Membre d’Orient-Express Hotels dans le quartier des ambassades. Le chef du restaurant Mandalay, Iain Murray, auparavant chef du luxueux Royal Scotsman Train et du 21 Club à New York, apporte excellence et raffinement à la cuisine.
www.governorsresidence.com

A Pagan : Aureum Palace Hotel & Resort
42 chambres de 60 m2 et 45 villas individuelles, dont certaines en duplex. Une folie des grandeurs cinq étoiles au milieu des temples, un luxe inattendu dans ce pays si accueillant.
www.aureumpalacehotel.com

Sur le lac Inle : Inle Lake View Resort
Le seul boutique hôtel de luxe sur les berges du lac, à
40 min de l’aéroport d’Heho. 38 chambres de 45 à 100 m2. Spa center.
www.inlelakeview.com

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A propos de l'auteur

Patrick Galan
Globe-trotter

Véritable globe-trotter, Patrick Galan sillonne le monde à la recherche de perles rares pour vous donner des envies d’évasion. Quand un avion décolle, il n'est jamais très loin...