Lors de la Fashion Week de Paris printemps-été 2017, l’une des invités d’honneur fut Ying Xiong, la styliste de la jeune marque Heaven Gaia, venue présenter à la France la mode à la façon chinoise. Une première pour celle qui vénère depuis sa jeunesse Paco Rabanne. Décryptage d’une vision de la mode venue de loin.

Texte et photos Diane Ziegler

Heaven Gaia lors de la semaine de la mode parisienne, ce fut l’éveil des sens, mais aussi celui du sens de la mode asiatique. L’éveil des sens à travers la maîtrise très particulière des matières et des tissus, que la styliste chinoise associe avec toujours autant de justesse. L’éveil du sens de la mode asiatique puisque, depuis six saisons déjà, Heaven Gaia a su conquérir le cœur des fashionistas chinoises. Sa signature ? Une esthétique inspirée de l’art contemporain et une technique raffinée des costumes traditionnels.

La mode chinoise s’invite en France
Invitée pour la première fois à Paris, Ying Xiong a voulu mettre toutes les chances de son côté pour convaincre un nouveau public. Pour ce faire, la créatrice a choisi de raconter l’histoire de son pays en vêtements. En effet, la collection évolue selon ce fil conducteur tendu vers le patrimoine et les heures de gloire d’une Chine impériale. Cela s’est traduit tout naturellement par des robes sculptées, de lourds habits de soie aux teintes colorées et dégradées. Mais aussi par des robes amples et légères en broderies traditionnelles de Suzhou. Imaginée comme un tableau, la marque Heaven Gaia représente la richesse des savoir-faire chinois, que Ying Xiong a particulièrement cherché à mettre en valeur cette saison. Les détails ne trompent pas. Les voiles qui couvrent les silhouettes se transforment en toile tapissée à motifs peints à la main. Les plumes donnent vie aux robes, les colliers dits « mandarin » et les boutons très spéciaux venaient couronner chacune des tenues. Et si le lieu n’a pas été choisi au hasard – le foyer du Palais Garnier, avec ses dorures, ses colonnes dorées, ses fresques murales et ses lustres, n’est pas sans rappeler le faste de l’ancien palais d’été de Pékin (Yuanmingyuan) –, Ying Xiong a créé des pièces excessivement chargées en bijoux élaborés et complexes, des bagues, des boucles d’oreilles, suivant l’idée d’une Cité interdite inédite.

Le langage des couleurs
Les couleurs ont toujours eu une grande importance en Chine. D’un côté, Ying Xiong a interprété le blanc en lui associant des nuances de vert d’eau ou de rose pâle. Car si le blanc est la tendance officielle de l’été 2017, il est avant tout, pour la styliste chinoise, une manière d’exhaler la féminité – le blanc est la partie féminine (yin) dans le concept du yin et du yang. De l’autre, la jeune styliste a imaginé des teintes plus riches dont les couleurs froides – noir, violet et rouge – venaient masquer le travail précieux et méticuleux propre à l’artisanat chinois. Et comme un écho au héros chinois célébré qui porte une étole de couleur rouge sur les épaules, une partie du défilé était consacrée à des pièces de couleur pourpre aux mille nuances. Une interprétation très personnelle.

En franchissant les frontières de son pays, Ying Xiong a semblé vouloir s’affranchir de tous les obstacles, repousser les limites et s’accorder tous les possibles. A l’instar de cette « robe-corset » où la maille aurait été remplacée par des morceaux de porcelaine, de jade et de broderie. Trop kitsch ? Pas forcément. Le graphisme façon « encre de Chine » et les accessoires démesurés sont d’un autre ordre. Celui de la symbolique. En effet, Ying Xiong lance un message de paix en voulant « déstructurer » et recombiner le modèle de l’armure, en le réinterprétant de manière plus féminine et même romantique.

Bien que magnifiquement ciselée et conventionnelle, la sophistication à l’extrême de la collection Heaven Gaia est peut-être un peu trop traditionnelle pour les yeux du public européen.
Pourtant, de ce défilé « hors frontières », on retiendra cette pointe furtive de philosophie taoïste, qui rappelle que le vêtement est aussi un choix, une manière de s’accorder avec le temps, l’environnement et surtout la nature. —

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