Richard Mille« J’aime tout faire à l’inverse des autres »

En 2001 lorsque sort sa première montre, Richard Mille ébranle le landerneau par son audace. La vision nouvelle de la haute horlogerie qu’il amène lui vaut rapidement succès et notoriété auprès des amateurs de belles montres. La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance.

Il le dit en plaisantant, mais la comparaison est succulente : « Je suis un peu comme le Parti révolutionnaire institutionnel mexicain. » Institutionnel, car reconnu et admiré – voire envié – dans le monde de la haute horlogerie ; révolutionnaire, car il ne fait rien comme les autres. « Certains disent même qu’il y a un avant et un après Richard Mille, mais ça me fait rougir. » Humble, il est le premier étonné de son succès fulgurant. Non pas qu’il doutait de l’idée qu’il se faisait de l’horlogerie, mais celle-ci représentait une telle rupture avec les codes établis, qu’il ne pouvait prévoir l’accueil qu’on allait lui réserver. Il n’a pas attendu longtemps pour le savoir. A peine son premier modèle présenté en 2001, il reçoit des centaines de promesses d’achat, alors même qu’il ne produit qu’au compte-goutte. Il remet la forme tonneau au goût du jour, plus moderne que jamais sous son crayon. Mais son concept va bien plus loin : il est le premier à concevoir une platine de mouvement en fibres de carbone ; le premier à réaliser des tourbillons supportant des accélérations de 800G ; le premier à faire des boîtiers en titane ; à remplacer certains ponts par des tubes en Phynox ou à se passer de platine. Son inspiration : l’industrie aéronautique et automobile. Ce qui fera dire à d’aucuns que ses montres sont les F1 de l’horlogerie.

Né à Draguignan dans le Var, Richard Mille s’en va, son baccalauréat en poche, suivre une école de marketing à Besançon. C’est là, dans la capitale française de l’horlogerie, qu’il fera ses premières armes. D’abord comme chef de zone export, puis comme directeur commercial dans une société qui deviendra la propriété de Matra Horlogerie. En 1994, il rejoint le groupe de luxe Mauboussin à Paris, où il devient président de la société horlogère, directeur général de la joaillerie et CEO de la holding familiale. Mais bientôt l’ennui s’empare de lui, ou plutôt la création le tenaille. « Lorsqu’on est dans les chiffres, on est frustré de ne pas créer. » Alors en 1999, après une courte période durant laquelle il prodigue ses conseils à d’autres, il décide de faire le grand saut.

D’où vous vient cette passion pour la mécanique : de votre père ?
Non, mon père était expert comptable !

Adolescent, vous démontiez des mobylettes ?
J’étais interdit de mobylette, mon père trouvait ça dangereux. Par contre, la montre que j’ai reçue à ma première communion, je l’ai démontée dans les 10 minutes qui ont suivi.

C’est à ce moment-là que vous avez décidé de révolutionner la haute horlogerie ?
J’ai toujours été un fou de technique, mais j’aurais très bien pu faire carrière dans l’aéronautique ou l’industrie automobile.

Pourquoi la montre alors ?
Les volumes sont extrêmement réduits dans une montre, et cela me captive. Les difficultés en sont accrues, mais j’adore ce genre de défis.

Et des défis, vous en avez relevés beaucoup…
C’est-à-dire qu’il y a 10 ans, à mon sens, les montres de haute horlogerie étaient des pièces du XIXe siècle réalisées avec les moyens technologiques du XXe. Un peu comme des répliques. Pour faire une comparaison avec l’automobile, c’est comme si on faisait aujourd’hui des Delage ou des Delahaye…

… retrouvez le reste de notre article dans notre édition « Stars du sport – Eté 2011 »

Par Fabrice Eschmann/BIPH
Photos prises à l’hôtel des Bergues par Fred Merz/Rezo

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A propos de l'auteur

Fabrice Eschmann
Gardien du temps

Journaliste spécialisé dans l’horlogerie, Fabrice Eschmann s’informe, sélectionne et interviewe pour que Trajectoire soit toujours en avance sur son temps.