Genève, future capitale mondiale?

Il y a peu, la finance durable était encore considérée comme un gadget par le secteur bancaire. Mal lui en a pris, car de plus en plus de gérants de fortune et d’institutionnels l’intègrent aujourd’hui dans leurs stratégies de placement. Genève pourrait d’ailleurs devenir un pôle d’excellence en finance durable.

Texte Didier Planche

Les chiffres les plus récents d’Eurosif (Forum européen de l’investissement responsable) sur la finance durable, ou ISR, pour investissement socialement responsable, sont éloquents, puisque, avec une progression d’environ 70% entre 2010 et 2011, la masse gérée en Europe dépasse désormais les
11’000 milliards d’euros. Une tendance moins perceptible en Suisse, avec «seulement»
42 milliards de francs d’actifs gérés (fin 2010), un montant en augmentation constante.

Dans les faits, un nombre croissant de banques suisses, sociétés financières et gérants de fortune, ainsi que d’institutionnels, considèrent aujourd’hui l’ISR comme un axe de développement pour les cinq à dix prochaines années. Cette approche les séduit d’autant plus que sa performance globale profite de la crise financière, laquelle a fait ressortir les qualités intrinsèques de la finance durable, à savoir un processus d’analyse basé sur les fondamentaux, une exigence de transparence et de traçabilité, un horizon d’investissement à long terme, et une évaluation plus large des défis influençant le développement des entreprises. D’ailleurs, certains gérants actions ou obligataires pratiquant l’ISR attestent avoir amélioré le profil rendement/risque de leur portefeuille, grâce à la prise en compte des facteurs économiques, de gouvernance et de durabilité des entreprises, leur permettant d’appréhender largement leurs risques et opportunités. «En Suisse, les caisses publiques sont les leaders de la finance durable, comme ailleurs en Europe. L’intérêt des caisses privées est plus dilué, même si des réflexions sont en cours au sein de sociétés dans l’adoption d’une stratégie de développement durable. Certains family offices sont également intéressés par cette approche, avec un accent particulier sur la finance d’impact. Quant aux fondations, longtemps très en retrait, elles s’éveillent aussi sur le sujet», commente Angela de Wolff, associée de la société genevoise de conseil en ISR, Conser Invest, et cofondatrice de l’association Sustainable Finance Geneva (SFG), qui précise que la SFG a récemment élaboré trois principes d’action à l’intention des professionnels de l’ISR – prise de conscience, mise en œuvre et partage des expériences –, ayant pour objectifs la conception et la diffusion de bonnes pratiques dans le cadre d’investissements et autres prestations financières. «En mettant en place un cadre d’analyse et de réflexion, ces principes permettent aux professionnels du secteur d’initier des actions en adéquation avec les exigences d’une finance responsable, au service d’une économie durable», souligne-t-elle. De leur côté, les investisseurs considèrent l’ISR comme une opportunité de concilier leurs exigences financières avec leurs préoccupations d’ordre environnemental, social et/ou éthique.

DÉJÀ CHEF DE FILE
Aujourd’hui, Angela de Wolff et ses pairs ambitionnent de positionner, dans un premier temps, la place financière de Genève comme un pôle d’excellence international en matière d’ISR, afin qu’elle s’impose dans cette industrie en croissance rapide, caractérisée par une vraie capacité d’innovation et une forte valeur ajoutée économique, sociale et environnementale.
«Les grandes institutions financières suisses ont une longue tradition de responsabilité sociale des entreprises, comme en témoigne, entre autres, l’histoire de Genève et les nombreuses contributions du secteur bancaire à la création et au développement des organisations internationales, travaillant à l’amélioration des conditions de vie dans le monde. Les banques helvétiques ont ainsi été parmi les pionniers dans le domaine de l’ISR, le développement de solutions innovantes pour leurs clients en matière de recherche et d’analyse, de gestion de portefeuilles, ainsi que de reporting. La plupart des principales institutions financières en Suisse sont encore signataires des principes pour l’investissement responsable des Nations Unies», explique Angela de Wolff. De plus, Genève a ouvert la voie à la création et au développement d’un marché de la microfinance sophistiqué. Près de 30% de tous les investissements internationaux en microfinance sont ainsi gérés, ou conseillés, en Suisse, ce qui en fait un chef de file mondial dans ce domaine. «Plus récemment, les acteurs financiers helvétiques se sont diversifiés dans le domaine de la finance d’impact, en démontrant qu’il est possible d’obtenir à la fois un rendement financier et un impact social. Dès lors, la Suisse, et Genève en particulier, sont aujourd’hui devenues le foyer de nombreuses institutions actives dans la finance durable», se réjouit Angela de Wolff. —

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A propos de l'auteur

Didier Planche
Fin trésorier

La finance n’a pas de secret pour lui. Dans les pages économie de TRAJECTOIRE, il analyse les fluctuations du marché et veille sur le bien-être de notre porte-monnaie.