Assister aux 24 Heures du Mans n’est en soi pas banal; mais quand l’opportunité devient une invitation à suivre l’épreuve avec Jacky Ickx, ambassadeur de la marque Chopard pour un team de pointe, l’expérience fait place à l’exception. Voyage au cœur du mythe manceau.

Interview Stéphane Lechine

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Il doit autant à la course du Mans qu’il a contribué à en forger la légende. De lui, on se souvient qu’il a pris le départ en dernière position après s’être installé et sanglé convenablement dans sa voiture, à l’époque où les pilotes y sautaient au pas de course et s’attachaient pendant les premiers tours. Franchissant la ligne d’arrivée en tête, cette victoire-là eut d’autant plus de retentissement qu’elle reste l’arrivée la plus serrée jusqu’à ce jour. Vainqueur dans la Sarthe à six reprises, ce qui lui vaut le surnom de Monsieur Le Mans, il a fasciné le public par sa carrière éclectique : vainqueur en Formule 1, vainqueur au Paris-Dakar de l’époque des pionniers, on lui reconnaît un talent incomparable autant qu’un caractère déterminé et respectueux de ses adversaires.

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Une part importante de votre carrière est liée aux 24 Heures du Mans. Quels sont les souvenirs que vous retenez aujourd’hui?
Plus qu’un moment ou une course en particulier, ce qui me reste surtout, ce sont les victoires et le fait d’avoir remporté  les
24 Heures à six reprises.

Vous avez souvent dit que plus qu’une passion pour le sport automobile, c’est la rage de vaincre qui est à l’origine de votre carrière.
La victoire, c’est l’objectif, ce qui légitime l’investissement personnel. L’engagement que l’on peut mettre dans ce métier se justifie uniquement par le fait de terminer premier de la course!

Oui, mais il n’y a qu’un seul vainqueur!
En effet, c’est dommage pour les autres… Mais il est vrai qu’il faut une part de réussite et de réalisme pour atteindre ses objectifs.

Quelles qualités faut-il pour gagner?
Il faut être capable de se mettre au service de l’équipe. On voit beaucoup le pilote, mais il y a toujours une équipe pour faire avancer la voiture. Ces gens sont les vrais passionnés, car leur fierté est intérieure, ils n’ont pas la reconnaissance médiatique; en un sens, ils sont plus purs.

Jacky_Ickx_wearing_his_Superfast_Chrono_Porsche Superfast Chrono Porsche 919 JackyIckx EditionVous avez piloté de nombreuses voitures durant votre carrière, dont certaines sont devenues mythiques, comme la Ford GT40 et Ferrari en Formule 1 ou les Porsche 956 et 962 en endurance. Lesquelles vous ont le plus marqué?
Vous savez, les voitures que l’on retient, ce sont celles qui n’ont pas marché!

Vraiment?!
Oui, quand on a une bonne voiture, tout est plus naturel, il y a une dynamique positive qui s’installe et tout devient plus facile, presque normal. En revanche, quand une voiture ne marche pas, ou casse souvent, on finit par perdre la confiance et cette difficulté nous marque plus profondément. Mes deux dernières années en F1 avaient été particulièrement compliquées pour ces raisons.

Quels sont les changements les plus importants que vous voyez dans la course aujourd’hui?
Nos voitures étaient très physiques à l’époque, mais sur une épreuve d’endurance, on roulait à un rythme élevé avec une marge de sécurité que l’on pouvait dépasser de temps à autre. Aujourd’hui, même sur une épreuve de vingt-quatre heures, c’est un sprint du départ jusqu’à l’arrivée!

Est-ce la notion de rythme qui a imposé aux pilotes de devenir des athlètes?
Cela demande une extrême concentration et génère une tension nerveuse très importante. Pour être capable de supporter ces contraintes, il faut une excellente préparation physique.

En marge de votre immense carrière, que représente pour vous un partenariat avec un horloger comme Chopard, qui a sorti plusieurs montres en série limitée à votre nom?
J’y suis très sensible et cela me permet de m’intéresser à d’autres domaines. Je suis heureux de pouvoir donner mon avis dans le choix des couleurs ou sur la forme d’un bracelet; je transfère un peu de ma personnalité dans le caractère d’un objet de valeur.
Je suis d’ailleurs toujours un peu inquiet, puis surpris, de l’enthousiasme du public par rapport à mon nom.

Il y a un vrai lien entre l’horlogerie et la course automobile…
Ce sont des domaines où la passion est primordiale et où le
niveau de technologie est prépondérant.

Vous êtes ambassadeur de la marque, comment cela a-t-il démarré?
Je dois dire qu’il s’agit avant tout d’une histoire d’amitié qui s’est construite sur vingt-cinq ans. Je ne crois pas beaucoup aux coups de foudre, mais plus aux rencontres et au feeling que l’on peut avoir entre personnes. Pour moi, une relation se vit sur
la durée.

Comment avez-vous réussi à transformer cette rage de vaincre qui vous habitait pendant votre carrière en empathie?
C’est lors du Paris-Dakar, que j’ai gagné d’ailleurs (Rires), que j’ai eu une vraie révélation. Plus que les paysages somptueux et la beauté de l’Afrique, c’est le fait d’avoir eu la capacité de passer avec un égal bonheur des hôtels des circuits aux nuits à la belle étoile qui a été un déclic. Me rendre compte que l’on peut avoir la capacité de sortir du cadre restreint du sport automobile pour
se tourner vers d’autres domaines fut un vrai révélateur.

Comme une transition pour la fin de votre carrière?
Cela m’a permis d’accepter que le sport n’est qu’une période de la vie et que de pouvoir évoluer dans d’autres domaines est une chance de vivre une existence supplémentaire!

Quel regard portez-vous sur ce chemin parcouru?
Il y a une phrase de Pascal qui dit «Toute notre vie on aspire au calme, mais le tumulte nous manque»!

Et le tumulte vous manque-t-il?
Non, le tumulte ne me manque pas, car je l’ai toujours dans le foisonnement des idées et des projets. —

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