C’est à un savant dosage entre tubes interplanétaires impeccablement ficelés et provocations bien orchestrées que la Material Girl doit son succès. Mais, en 2015, les excentricités de la star sont-elles toujours au goût du jour? Le débat fait rage.

La queen de la pop a sorti ce printemps Rebel Heart, son treizième album, trois ans après MDNA. Un rythme de métronome qu’elle respecte scrupuleusement et qui lui permet de squatter le devant de la scène depuis maintenant plus de trois décennies. Plutôt positives, les critiques saluent un opus qui ne dépare pas la discographie de la Ciccone. Il faut dire que la diva des dancefloors a su s’entourer, faisant appel aux lumières de Diplo, Avicii, Nicki Minaj, Kanye West ou Chance the Rapper, VIP guests dans l’air du temps. De toute évidence, à 56 ans bien sonnés, Grand-Mère sait toujours faire de la bonne musique. La question qui nous taraude: si elle maîtrise le beat, pourquoi la blonde platine s’ingénie-t-elle encore à défrayer la chronique à tout prix? En dépit des années, l’interprète de Like a Virgin défendMadonna, mamie trash son trône bec et ongles et se refuse à passer le relais. La provoc, c’est son fonds de commerce attitré, et il est impensable de laisser le champ libre à la première venue. N’est d’ailleurs pas Madonna qui veut: en regard du baiser saphique langoureux qu’elle a échangé en 2003 avec Britney Spears et Christina Aguilera lors des MTV Awards, le smack de Noémie Lenoir et Shy’m sur Twitter fait doucement rire, voire carrément pleurer. Quant aux Miley Cyrus, Lady Gaga ou Rihanna, elles ont beau donner de leur personne à coups de photos sulfureuses, de twerks plus que suggestifs, d’accoutrements à la lisière du grotesque, de promotion de substances pas totalement licites et autres dérapages adolescents, la recette sous le prisme de ses pâles copies paraît éculée. Difficile en effet de régater avec la reine mère, pour qui toute sortie d’album digne de ce nom s’entend avec son lot d’esclandres, et ce, depuis son premier disque en 1983. Iconographie chrétienne revisitée à la sauce YouPorn – un blasphème choquant à souhait pour l’Amérique puritaine des eighties –, biopic exhibo, lancer de petite culotte dans la foule, poses érotiques, voire simulation de coït sur scène, elle a émaillé sa carrière de faits d’armes qui lui ont garanti le buzz avant Internet et les réseaux sociaux.

En avance sur la tendance, la Madone? Indéniablement. Sauf qu’en 2015, les prouesses cathodiques de la superstar sont entachées de déjà-vu. Invitation à boire un verre adressée à Marine Le Pen en direct du Grand Journal, masturbation face caméra, strip-tease public, tenues aux relents BDSM, l’experte ès scandales est à court d’imagination. Et on ne mentionne pas son Instagram, où elle se plaît à publier un best of de ses selfies: Madonna déguisée en Khaleesi, Madonna exhibant ses aisselles velues, Madonna sous une burqa, Madonna affublée d’un élégant chapelet anal ou, must des musts, Madonna dialoguant avec une chaussette noire. Mémé serait-elle en passe de devenir gâteuse? La station Radio 1 de la BBC, destinée aux 15-29 ans, a tranché et a carrément éradiqué la chanteuse de sa playlist, l’artiste étant désormais considérée comme «à côté de la plaque et vieille».
Madonna, mamie trash

Il semblerait que l’icône de l’ère Reagan ait atteint sa date de péremption… à moins que les débordements de la quinqua ne tiennent de la provocation ultime. Avec son visage sans âge et ses toyboys en mal de notoriété, la cougar à la rebelle attitude est peut-être finalement en train de faire sauter les derniers tabous d’une société que plus rien ne saurait choquer, excepté l’image d’une femme qui, passée la fleur de l’âge, ose jouer de son corps et assume une libido décomplexée. Rendre la géronto sexy, le dernier trait de génie de la hit mamie?

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A propos de l'auteur

Gaëlle Sinnassamy
En introspection / Psy Arty

Gaëlle Sinnassamy prend le temps de découvrir l’autre, de lever un coin du voile en posant son regard avisé sur nos rubriques psychologie et art.