De l’allure l’air de rien

Son nom fait le tour de la planète.
De Paris à Madrid en passant par Tokyo, Taïwan ou Los Angeles, la créatrice Vanessa Bruno habille la bohème internationale de ses créations au chic très parisien.
Son interprétation de la french touch a été adoptée depuis des années par Kirsten Dunst, Lou Doillon, Vanessa Paradis… et récemment plébiscitée par les New-Yorkaises. Cette aura internationale vient d’ailleurs d’être soulignée par le magazine Slate, qui la place 70ème dans son classement des 100 Françaises les plus influentes. Une distinction que la styliste découvre avec amusement au moment où elle nous reçoit dans son atelier parisien, cet écrin lumineux où naissent ses collections tissées de dentelle ancienne, de soie et de lin.

Texte Manon Provost

Trajectoire magazine suisse de luxe Vanessa Bruno

Trajectoire magazine suisse de luxe Vanessa Bruno

Trajectoire magazine suisse de luxe Vanessa Bruno

Paris, quartier République. C’est ici, sous ces verrières qui abritaient autrefois une usine de faïence, que Vanessa Bruno a rassemblé sa garde rapprochée et installé son atelier. Un îlot de création baigné par la lumière blanche d’un après-midi ensoleillé. Grande, belle, imposante, vêtue d’une simple chemise en soie blanche qui sublime sa silhouette, elle achève de vérifier les finitions d’un modèle avant de nous tendre une main accueillante. Elle est tout entière dans cette poignée de main, ferme et douce. Un mariage de délicatesse et d’assurance qui fait son héritage: le charme scandinave d’une mère danoise, ancien mannequin chez Nina Ricci, et l’audace d’un père passionné de corrida, co-fondateur de la marque Cacharel au coté de Jean Bousquet. De son enfance, elle aime évoquer l’ambiance décontractée, l’élégance bohème et folk de sa mère, les rires et les fêtes en Camargue avec les amis de son père et ses deux frères, Martin et Clément. Un véritable «bouillon de mode», comme elle aime le dire. Expatriée au Canada pendant ses années de lycée, elle expérimente le mannequinat sans y prendre goût. En coulisses, elle a pris le temps d’observer le fourmillement de ce vaporeux microcosme. Sa décision est prise, elle ne sera pas mannequin mais créatrice: «J’avais une énorme volonté et une grande dose d’inconscience. Quand j’ai démarré, je ne pensais pas que, 10 ans plus tard, j’allais avoir 150 personnes qui allaient travailler à mes côtés et des boutiques à Tokyo ou New York.»

L’ENTRÉE EN MATIÈRE
De retour en France, Vanessa Bruno se lance dans la création d’une première ligne de vêtements. Soutenue par son père, puis associée au groupe Gérard Pasquier, la styliste essuie quelques échecs avant d’être repérée en 1996 par le distributeur japonais Tsuki, qui lui donne sa chance. Dans l’effervescence tokyoïte, Vanessa ouvre une première boutique, qui rencontre un franc succès. Nul n’est prophète en son pays. Jusqu’au jour où ses coupes sobres et la fluidité des matières attisent la convoitise des Français. Séance de rattrapage. En 1998, la styliste entre dans le quotidien des bobos parisiens en intégrant l’étage des créateurs au Bon Marché. Un corner prestigieux où elle expose ses créations et, pour la première fois, son célèbre cabas. En deux ans, le sac devient le must-have des Parisiennes et le premier coup de poing de l’autodidacte au monde plutôt fermé de la mode. Entre les modèles inaccessibles des grandes maisons et les fringues chiffons des enseignes bon marché, les compositions ultra-féminines de Vanessa imposent leur indéniable chic: «J’ai créé un style facile pour des filles difficiles. Quelque chose d’extrêmement féminin et nonchalant, mais contemporain et sophistiqué, qui habille le quotidien de filles actives et dans le coup, ce que sont les Parisiennes.» Une mode de proximité teintée d’une once de romantisme: «Mes collections dévoilent une certaine poésie urbaine. Ma relation au vêtement dépasse le pragmatisme car mes inspirations dépassent la mode. J’aime être reliée à d’autres choses, comme la musique, la photographie, le cinéma. Il faut que le vêtement illustre un univers, c’est ce qui va parler aux filles que j’habille. Pour créer ça, il faut forcément avoir quelque chose à dire, à donner. Comme une empreinte qui va faire la différence.» Une singularité qu’elle aime suggérer plutôt qu’imposer.—

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A propos de l'auteur

Manon Provost
En face à face

«Donne à une fille les bonnes chaussures et elle peut conquérir le monde.» Telle Marylin, Manon Provost parcourt les rues de Paris à la rencontre de personnalités et de stars qui comptent.