Du panache, une allure folle, et surtout une extraordinaire connaissance de la mode, des sixties à nos jours! Rencontrer Danielle Luquet de Saint Germain, égérie d’Yves Saint Laurent dans les années 1960, c’est s’offrir une incursion de rêve dans le monde de l’élégance.

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eut-être l’avez-vous un jour, sans le savoir, croisé dans Genève. Ancien mannequin, mais surtout égérie de quelques-uns des plus grands couturiers du monde entre 1960 et 1980, elle vit depuis plusieurs décennies au bord du lac Léman. C’est ici que, voici dix ans, une exposition organisée au Musée d’art et d’histoire présentait son extraordinaire collection de haute couture. Décidant de se séparer de quelque 350 lots à Drouot le 14 octobre dernier, celle dont personne n’a oublié la silhouette simplement parée d’une robe transparente signée Yves Saint Laurent revient sur son étonnant parcours. Rencontre avec une modeuse comme on n’en fait plus.

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Photo © Peter Caine

Cinquième enfant d’une fratrie de huit à Lyon dans les années 1950, la jeune Danielle se passionne pour la couture. Le prêt-à-porter n’existe pas et l’habitude veut, dans les familles bourgeoises, que l’on fasse confiance à une couturière indépendante. Douée, la jeune ado «bricole» elle-même les tenues de ses aînées, dont elle hérite. Jeune mariée, elle suit son époux à Paris et, tout naturellement, écoute les conseils de ses amis, qui la poussent à frapper à la porte du jeune couturier Yves Saint Laurent, qui cherche des mannequins cabine. Commence alors une décennie de créativité et d’intense bonheur. La jeune femme inspire le maître qui, en la regardant porter pantalons, cabans et manteaux masculins, va avoir l’idée du smoking et du caban. Passée de la cabine et des studios au podium, Danielle va créer l’événement en 1968, en apparaissant poitrine nue sous une robe de mousseline noire et plumes d’autruche. Pièce que l’on reverra sur Laetitia Casta à la cérémonie des Césars en 2013 (recréée à la demande de Pierre Bergé, l’originale appartenant à l’ancien mannequin). Une période dont elle se rappelle avec émotion. «Yves Saint Laurent était la beauté même. C’était un homme gai, qui riait beaucoup et était d’une exceptionnelle générosité. Avec Pierre Bergé, ils incarnaient un couple incroyable, qui visiblement s’adorait.» Pourtant, c’est elle qui va décider de quitter la maison – tout l’art de partir au bon moment, quand les relations sont harmonieuses – pour rejoindre Marc Bohan chez Dior. Puis, quelques années plus tard, Claude Montana, qu’elle va aider à monter son premier défilé. Un créateur inspiré dont elle souligne encore aujourd’hui l’incroyable talent. «Même si on ne peut avoir connu mieux qu’Yves Saint Laurent, il était magistral et plus dévergondé (au sens noble du terme, synonyme de grande audace) que son aîné.»

Devenue cliente de la haute couture, elle va acquérir, jusqu’en 2000, une garde-robe à faire pâlir de jalousie toutes les amatrices de cet art qui sert la cause des femmes en les rendant belles. Yves Saint Laurent (dont la fameuse robe Picasso brodée par Lesage), Mugler, Montana, Alaïa, Paco Rabanne, Christian Lacroix… composent un ensemble de 10′000 pièces, accessoires compris. Un vestiaire qui exige un travail incessant pour être conservé dans les meilleures conditions. Elle se décide donc à les céder. «Je connaissais tous mes vêtements, confie-t-elle, mais il est très difficile, à Genève, de trouver des locaux pour les entreposer dans les meilleures conditions, et je n’y arrivais plus. Pour mes deux fils, cela aurait été un cadeau empoisonné. Et puis j’ai changé de vie et trouvais pathétique, à mon âge, de porter encore des vêtements que j’avais adorés à 30 ans.»

Cédées à des clientes privées, mais surtout à des musées et à des fondations, les somptueuses silhouettes de Danielle ont été disséminées dans le monde. Sans (trop de) nostalgie, la très belle dame a tranché dans… la soie, mais ne désespère pas d’être encore, un jour, éblouie par l’un de ces faiseurs de rêve qui mettent leur vie au service de la mode.

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A propos de l'auteur

Marie-France Longerstay

Experte en beauté, Marie-France Rigataux est aux petits soins avec nos lecteurs. Crèmes, soins, parfums, maquillage, tout est testé ainsi avec elle, plus rien n’aura de secrets.