Entre deux coups d’archet enflammé, le maestro du violon Fabrizio Von Arx s’est accordé une petite pause. De passage à Genève, à l’occasion du concert Vibrations, l’artiste s’est confié à Trajectoire avant une représentation qui promet d’être… vibrante! Rencontre avec l’homme aussi passionnant que passionné.

 

L’histoire d’amour entre vous et le violon commence à Naples alors que vous n’avez que cinq ans. D’où vous est venue cette passion ?

Mon arrière-grand-père était compositeur, musicologue, pianiste et critique musical. Un jour il a dit à ma mère: «Si tu as un fils, il faut absolument que tu lui fasses jouer du violon». Ma mère a suivi ses conseils et c’est donc de cette manière que j’ai commencé la musique. Tout d’abord pour ma culture puis par la suite, la passion ne s’est pas fait attendre. A l’âge de dix ans, j’ai commencé par faire des concours nationaux, des concerts et la machine était lancée. Le violon m’a tout de suite fasciné et passionné. Et cela pour toujours.

 

Comment vit-on un tel succès aussi jeune ?

Selon moi, l’une des choses les plus importantes est d’avoir ses parents à ses côtés pour gérer la situation. J’avais des facilités à l’école et pour la musique, de ce fait, mes parents n’étaient pas inquiets. Je pense que la période la plus difficile est l’adolescence. On voit ses amis faire ce qu’ils veulent, avoir beaucoup de temps libre et surtout avoir beaucoup moins de stress car lorsque l’on fait de la musique, l’entrainement est quotidien. Mais je suis un passionné, je ne regrette absolument rien car ce que j’ai acquis durant cette période, je le garde en moi pour toujours.

 

Qui sont vos principales sources d’inspiration ?

Lorsque j’étais petit, ma mère m’a emmené à l’Opéra de Naples. Nous sommes allés voir une grande violoniste italienne et j’ai tout de suite été passionné par ce genre musical. Je pense que pour bien jouer d’un instrument, il est important de chercher l’inspiration à l’extérieur de soi. On peut s’inspirer de la vie de tous les jours, par exemple, de la nature, des voyages, des différentes cultures, de l’échange avec les gens. C’est fascinant!

 

Vous jouez régulièrement aux quatre coins du monde. Avez-vous une préférence, un feelling particulier avec une ville ou un public ?

Je n’ai pas particulièrement de préférence. J’aime autant jouer dans des belles salles que dans des lieux un peu plus insolites. Le principal pour moi est de me retrouver face à un public passionné avec qui je peux échanger le maximum de vibrations. J’ai vécu une expérience magnifique à Berlin, le public français est incroyablement cultivé, le public italien est passionné. Il y a 5 ans, j’ai joué en Chine, un pays dans lequel la musique classique n’est pas très démocratisée. Le public chinois a été très enthousiaste, énergique et curieux. La musique est un langage universel, de ce fait, on touche directement les sentiments des gens, peu importe leur couleur, leur nationalité ou leur culture. On parle la même langue.

 

Vous avez joué au sein d’une prison genevoise. Pourquoi ce choix? Comment avez-vous vécu cette expérience ?

C’était une expérience étonnante… et positive bien-sûr! Nous avions décidé de jouer dans cette prison pour sortir un peu des grandes salles dans lesquelles nous nous produisons habituellement. L’idée étant de porter un instrument séculaire comme le Stradivarius « the Angel » ex Madrileno, qui date de 1720, vers des gens qui n’ont pas l’opportunité d’écouter ce genre de musique.  Ce fut incroyable car nous avons joué durant une heure, comme si nous étions en représentation dans une grande salle. L’échange avec les prisonniers a été fantastique, ils ont été très réceptifs. Ils nous ont posé beaucoup de questions, et nous ont confié que le concert leur avait ravivé de beaux souvenirs liés à leur vie passée. La musique à ce pouvoir: celui de nous faire voyager et de nous remémorer des moments heureux de notre vie. Nous avons pris un plaisir fou!

 

Vous voulez démocratiser la musique classique. Est-ce important pour vous de partager cette aura musicale, spécialement durant les temps qui courent ?

Absolument! Je trouve qu’il est important de promouvoir la musique classique dans des endroits où on ne la trouve pas. Il y a surement des jeunes qui ne connaissent pas son existence mais qui adorerait. Je veux partager la belle musique classique, celle qui touche les gens de tout âge et de tous milieux. Un peu comme l’a fait Pavarotti lorsqu’il jouait des airs de grands opéras sur la plage de Miami. L’idée est de porter ce magnifique répertoire un peu partout. Peut-être la promouvoir sur des réseaux fréquentés par les jeunes. Cela dit, c’est peut-être un peu de notre faute aussi à nous, les musiciens. Nous nous sommes enfermés dans notre monde. Les jeunes ont une sensibilité qu’il faut développer, c’est donc aussi à nous de prendre les devants et d’aller vers eux.

 

Parlez-moi un peu de votre fameux violon, »The Angel » ex Madrileno 1720.

En quelques mots… Ce fut un véritable coup de foudre. Il a des nuances époustouflantes et une résonnance incroyable. Il y a de très bons violons contemporains, mais ce violon-là a quelque chose de magique. Cela vient peut-être de l’arbre, je ne sais pas. Le son est transformé dans ce violon. D’ailleurs, vous aurez peut-être l’occasion de l’entendre durant le concert Vibrations. Vous savez, le titre n’a pas été choisi au hasard. Nous voulions justement souligner cette vibration incroyable et cette résonnance primaire qui sortent des instruments et qui viennent au contact avec la résonnance de notre corps. Ça va être fabuleux!

 

 

Vibrations
FABRIZIO VON ARX invites Amazing Friends VIBRATIONS : Quand six artistes de renommée internationale (un violoniste, un quatuor à cordes et un pianiste) se retrouvent sur la scène du Victoria Hall, c’est pour un voyage de sons et de sens autour des vibrations que procure la « grande » musique, des incontournables chefs d’œuvres de la musique romantique, impressionniste mais aussi du jazz et de la pop. Un concert qui oscillera ou plutôt vibrera de Bach à Queen!

Victoria Hall
24 janvier 2019 à 20h
Ouverture des portes à 19h.
Durée : environ 2 h

www.fabriziovonarx.com
https://www.ville-ge.ch/culture/victoria_hall/

 

 

 

 

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