Une femme, des aiguilles

A 36 ans, Catia Hofmann est vice-présidente de Parmigiani Fleurier, chargée du marketing et de la communication. Une ascension fulgurante à la hauteur de son coup de cœur pour la marque.

Texte Fabrice Eschmann | Photo François Wavre > Rezo.ch

Trajectoire magazine suisse de luxe Stephen Urquhart Omega

Lorsqu’elle revient à Neuchâtel en 2001 après des études à la Sorbonne à Paris, Catia Hofmann ne souhaite qu’une chose: repartir dans la ville lumière. Son cursus en langues étrangères appliquées aux affaires internationales la promet en effet à une belle carrière diplomatique ou dans le business. Le vaste monde n’est d’ailleurs déjà plus un inconnu pour elle: suivant un père physicien, elle a vécu à l’étranger plus de temps que les quelques années passées en Suisse depuis sa naissance.

Ce qui va la pousser à rester en terres neuchâteloises relève d’une mystérieuse alchimie: la quête d’une identité, d’un terreau où planter des racines, un peu d’amour, des regrets peut-être, la découverte d’une passion assurément… Catia Hofmann décroche son premier poste chez Parmigiani Fleurier.
D’assistante des ventes en 2003, elle passe très vite à responsable du marché suisse. Huit ans durant, elle développe de nombreux marchés internationaux, ainsi que le réseau helvétique, passant de 7 points de vente à 22. En 2011, elle prend en charge la communication de la marque avant, une année plus tard, d’accéder à la vice-présidence et au comité de direction. Entretien avec une femme de talent.

D’où provient cette attirance pour l’horlogerie?
Lorsque je suis revenue en Suisse, j’avais 24 ans, dont 9 seulement passés dans mon pays natal. Je ne connaissais rien ni personne, et ne me sentais pas vraiment d’ici. Alors aborder l’horlogerie, avec son aspect traditionnel et patrimonial, a été une façon pour moi de m’intéresser à quelque chose qui m’avait échappé pendant des années.

Et Parmigiani vous a offert cette opportunité?
Lorsque j’ai intégré cette marque en 2003, nous n’étions que
30 personnes. Nous sommes plus de 100 aujourd’hui! Ça m’a permis, à l’époque, de connaître tout le monde: les designers, la production, la logistique, la communication. Et d’apprendre beaucoup en peu de temps.

Avez-vous eu d’emblée envie de mettre votre patte féminine dans la conception des produits?
Non, ce n’était pas mon rôle. Parmigiani Mesure et Art du Temps venait de se scinder pour devenir, d’une part, Vaucher Manufacture et, d’autre part, Parmigiani Fleurier. La marque a pu dès lors se concentrer sur le développement de sa distribution et de ses produits, en réalisant notamment de nouveaux cadrans et en abordant de nouvelles matières.

Parmigiani n’a pas eu de montres pour femmes avant 2006. Avez-vous joué un rôle dans la naissance de ces lignes?
J’étais responsable du marché suisse cette année-là. Il n’y avait alors que très peu de marques de haute horlogerie à proposer des collections complètes – quartz, automatique, complications, haute joaillerie… – destinées à une clientèle féminine. Beaucoup de détaillants me faisaient part de leur intérêt. Je faisais remonter ces remarques à la direction, qui en était déjà consciente. L’idée de lancer une collection pour dames est donc venue aussi bien du terrain que de la direction. L’accueil a été très positif puisque les ventes féminines représentent aujourd’hui 30% du volume total.

Etes-vous intervenue au niveau esthétique une fois ou l’autre pour des pièces féminines?
Je fais aujourd’hui partie du comité de production, aux côtés notamment du CEO Jean-Marc Jacot et des designers. J’y ai été à la base de la création des montres Atelier, dont je suis restée responsable pendant plus de trois ans. C’est une collection nomade, constituée de pièces uniques et de séries limitées. Lors de son lancement, cette collection avait une majorité de pièces féminines.

Vous n’êtes pas vraiment du genre «fer de lance» à militer pour une féminisation de l’horlogerie, n’est-ce pas?
Vous savez, les femmes ont beaucoup à apporter à l’horlogerie. Chez Parmigiani, elles représentent à peu près la moitié des effectifs: notre plus grande filiale, en Asie, est dirigée par une femme, tout comme celle d’Amérique; et nous venons d’engager une troisième femme comme responsable de marché. Notre département design, également, emploie trois femmes sur un total de quatre personnes. Mais ce qui compte avant tout, ce sont les capacités. Si ces femmes sont là, c’est qu’elles sont compétentes.

Trois femmes sur quatre designers!
C’est un hasard, nous prenons les personnes qui conviennent. Elles ont bien sûr été très utiles à la création d’une vraie collection femme. Mais elles ne sont de loin pas cantonnées à ça! Notre modèle Bugatti, par exemple, extrêmement sportif et racé, est dessiné par une femme.

Pour le lancement de votre collection féminine, justement, Parmigiani a présenté le concept «Femmes d’Exception». Est-ce vous qui en avez eu l’idée?
Non, c’est Jean-Marc Jacot! Et c’est une excellente idée: Parmigiani a élu des femmes aux parcours exceptionnels qui ont marqué leur domaine. Nos clientes ne s’identifient en effet pas forcément aux actrices ou aux mannequins. C’est ainsi que nous avons par exemple dans nos rangs l’escrimeuse française Laura Flessel, la cheffe de cuisine autrichienne Sarah Wiener ou encore l’obstétricienne belge Corinne Hubinont.

Et si demain vous deviez ne plus travailler chez Parmigiani?
Je ne me verrais plus dans l’horlogerie. Il est en effet difficile de passer à une autre marque horlogère après s’être identifié de manière si forte à une marque pendant plus de dix ans. Par contre, je souhaiterais rester dans le luxe, c’est un segment que je trouve magique. —

Un grand merci au Palafitte de Neuchâtel pour le décor.

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A propos de l'auteur

Fabrice Eschmann
Gardien du temps

Journaliste spécialisé dans l’horlogerie, Fabrice Eschmann s’informe, sélectionne et interviewe pour que Trajectoire soit toujours en avance sur son temps.