Après avoir parcouru le monde, déménagé une vingtaine de fois et changé de job comme on change de chemise, à 32 ans, Fanny Arnaudo pose ses valises à Genève. Elle y ouvre début février Foound, un espace pluridisciplinaire, réunissant sous le même toit une buvette, un coiffeur, un tatoueur, un shop de créateurs et des ateliers d’artistes.

Lorsqu’elle ne sert pas au bar, Fanny Arnaudo tapote sur le clavier de son ordinateur portable pour répondre au flux constant de mails, une oreille pendue au téléphone à régler les derniers détails. Gérer un espace de 500 m2 n’est pas une mince affaire, mais la jeune femme semble avoir les épaules assez solides. La preuve : quelques mois après l’ouverture officielle, les choses tournent plutôt bien. « L’hémorragie s’est arrêtée. Je me fais des semaines de quatre-vingt heures mais je rentre enfin dans mes frais. Je peux même me verser un petit salaire », s’enthousiasme la jeune femme qui semble avoir de la peine à y croire. « Lorsque j’ai dit à mes parents que je voulais me lancer en indépendant, ils ont essayé de me dissuader. Etre salarié est tellement plus simple à leurs yeux ! », explique-t-elle. Mais lorsqu’il a fallu réunir les fonds pour signer le bail de trois ans, ils n’ont pas hésité à mettre la main à la poche pour financer une partie de la caution.
FooundUn lieu d’échange
FooundEn ouvrant Foound début février, Fanny voulait créer un lieu public, où artistes et créateurs en tout genre pourraient coexister et collaborer. Une sorte d’espace de coworking, la buvette en plus. On trouve ainsi au premier étage un coiffeur, un pop-up store, un réparateur de vélos, un espace d’exposition ainsi qu’une épicerie fine, et au 2è, des ateliers où un tatoueur, une prof de yoga, une astrologue, une nutritionniste ainsi que divers artistes ont posé leur bureau. « L’idée était de créer un espace de rencontre où les gens aient la possibilité d’échanger, de confronter leurs idées et d’obtenir une première critique quant à leur travail », explique Fanny. Et c’est réussi. Tina Schwizgebel, une artiste louant un atelier au 2è, vient demander notre avis quant aux boites d’emballage qu’elle vient d’acquérir pour empaqueter ses sculptures. Elle les trouve trop grandes, et pense à les rendre. Chacun y va de sa proposition et une solution sera trouvée. Pour faire vivre l’espace au quotidien, Fanny y organise en plus des événements en tout genre: brunch-crèpe party le samedi, vente de burritos par Pachuco les mercredis midis, afterwork techno les vendredis, et ventes privées, conférences et colloques les plus variés. « Fanny et une fille super sympa, positive et ouverte à tout type de proposition», commente Gabriel Carmona, qui restaure de vieux meubles dans son atelier au 2è étage de Foound.

FooundFoound
A fleur de peau

Ouverte, spontanée et drôle, Fanny l’est. Ses frères (34 et 23 ans) diront aussi têtue et obstinée. Quant à ses amis, qui l’ont surnommé Fanny la Frange, pensent surtout qu’elle est désorganisée. « C’est sûrement pour ça qu’ils sont toujours là pour me donner un coup de main. Ils doivent se dire que sinon j’irais droit dans le mur », plaisante-t-elle. C’est d’ailleurs en évoquant ses amis, véritable deuxième famille, que la sensibilité de Fanny transparaît. « Je ne sais pas ce que je ferais sans eux. Ils ont bossé comme des fous, jour et nuit pendant un mois, pour me permettre d’ouvrir Foound. Mon frère est même venu exprès de Belgique. J’ai énormément de chance de les avoir ! », s’exclame-t-elle alors que ses yeux noirs se font fuyants et que ses joues tannées, héritage de sa grand-mère vietnamienne, se couvrent de rouge. On sent la jeune entrepreneuse touchée et extrêmement reconnaissante.

Foound, The Vintage Shop

Belle rebelle
Se lancer à son compte, rien ne l’y a pourtant prédestinée. Surtout pas ses parents, médecin et infirmière. « Enfant, je voulais être sœur », confie-elle avant de faire résonner son rire joyeux. Mais ça c’était avant l’adolescence et sa période rebelle, l’école buissonnière et l’envoi en internat religieux qui aura au moins le mérite de remettre les pendules à l’heure. « A 17 ans je suis partie avec mon copain à Venise en bus. Mes parents l’ignorent toujours », confie-t-elle d’un air faussement repenti. Car Fanny n’est pas du genre à regretter les erreurs du passé. Mis à part-être d’avoir doublé en fac de droit, ce qui ne l’empêchera pas d’obtenir son Bachelor et son Master de droit et HEC.

« Je suis une vraie kamikaze »Fanny Arnaudo devant l'entrée de Foound
Avant d’avoir eu l’idée de Foound il y a huit mois, Fanny en a fait du chemin et enchainé les jobs les plus variés. Jeune fille au pair à Londres, chargée de projet pour une banque à Paris, responsable marketing pour une grande marque de prêt-à-porter à Montreux, responsable du site internet d’une E-boutique à Lausanne, le tout ponctué de nombreux voyages aux quatre coins de la planète. C’est finalement l’amour, trouvé il y a trois ans et demi à Genève, qui aura raison de sa nature aventurière. Quant à l’avenir, Fanny reste évasive. Dans ses rêves les plus fous elle se voit Dj à Berlin ou couturière mode, mais pour le moment, elle se dit heureuse où elle est. « Je ne sais déjà par ce que je vais faire ce week-end, alors dans dix ans… je pourrais très bien tout claquer un jour et me tirer. Je suis une vraie kamikaze », conclut-elle.

 

Foound
Rue Jean Gutenberg 16
Genève
www.foound.ch

La buvette de Foound

 

Evénements à venir: 
– Jusqu’au 27 juin: Exposition “L’école de Damas” organisée par l’association WAHA dans la salle d’exposition de Foound
– Ce soir dès 18h: Midsommarfest qui célèbre la Suède
– Vendredi 26 juin : Afterwork techno
– Samedi 27 juin : Brunch musical et crèpe party avec djs 5ens
– Vendredi 3 juillet dès 21h: concert du  groupe genevois LIPKA

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A propos de l'auteur

Andrea Machalova
Grande chineuse

Andrea déniche les bons plans dans le dédale de ruelles genevoises comme d’ailleurs et distille les news culture, mode et design pour partager le meilleur sur le web.