Valentino Garavani et Natalia Vodianova © Cathleen Naundorf

© Cathleen Naundorf

Valentino Garavani est à la haute couture ce que la mode est à la France. On ne peut évoquer le nom du créateur italien sans parler du rouge Valentino, de sa collection blanche dédiée à Jackie Kennedy, de ses robes de mariée fabuleuses portées par les plus grandes stars, de la dolce vita, de son accent à couper au couteau comme de sa classe éternelle. Valentino est le dernier créateur d’une époque où la haute couture avait encore toutes ses lettres de noblesse.

Valentino n’aime pas les interviews, trop abstraites à son goût. Il ne répond pas aux questions, il semble même ne pas les entendre, préférant parler de sujets qui l’animent. «Je suis parti au bon moment. Avec la récession, j’aurais été profondément attristé de voir toutes ces robes invendues. Et puis, les années 80 reviennent à la mode et, lorsque je vois mes créations de cette période, j’ai envie de vomir», tranche-t-il. Bien qu’il se soit retiré du monde intrépide de la haute couture depuis maintenant six ans, on sent encore brûler dans son regard l’instinct créatif, une passion qui ne s’éteindra jamais. Ce n’est cependant pas dans les coulisses d’un défilé qu’on a pu le croiser, mais par hasard au détour d’un verre au Gstaad Palace, où Valentino aime passer les débuts de soirées enneigées. Comment lui en vouloir d’être absent ? Ses créations portent l’empreinte d’une magie onirique, d’une légèreté bohème, d’une élégance divine. Dès son plus jeune âge, Valentino désirait habiller les plus belles femmes du monde. « Enfant, j’étais dans la lune. Ma mère me disais « tu es un rêveur », j’étais attiré par les magazines, les films, les belles robes », confie-t-il. Un rêve qu’il décide de réaliser à 17 ans en partant s’installer à Paris.

«Je sais ce que veulent les femmes, elles veulent être belles. J’aime la beauté, ce n’est pas de ma faute. »

La dolce vita
Année 1960, le temps est à la fête. Edith Piaf chante Non, je ne regrette rien, Fellini tourne La Dolce Vita à Rome. Le film deviendra le symbole d’une époque et d’une société désirant croquer la vie à pleines dents pour oublier les horreurs de la guerre. Rapidement, la Via Veneto de la capitale romaine se convertit en centre névralgique de la vie mondaine, où acteurs italiens et starlettes hollywoodiennes gravitent autour des cafés à la mode, des hôtels de luxe et des kiosques à journaux proposant toute la presse internationale. C’est dans ce cadre-là, après s’être formé à la prestigieuse Ecole de la Chambre syndicale de la couture parisienne, qui a notamment vu défiler André Courrèges et Yves Saint Laurent, que Valentino fonde en 1959 sa maison de couture. Elizabeth Taylor, Brigitte Bardot ou Audrey Hepburn y font la connaissance du jeune créateur. C’est sur la terrasse d’un café que Valentino rencontre Giancarlo Giammetti, son bras droit depuis lors et amant secret pendant douze ans. En 1962, le créateur présente sa première collection à Florence. Le succès est immédiat. Hollywood tombe à ses pieds.
Avec l’aide de Giancarlo, Valentino révolutionne peu à peu les codes de la mode. Les deux Italiens font des défilés de véritables spectacles, développent une stratégie de marketing, alors inexistante dans le monde de la mode, fabriquent des produits dérivés et lancent dès 1975 les premiers défilés de prêt-à-porter. « Avant, il n’y avait pas de publicité en mode, les magasins servaient simplement à acheter; aujourd’hui, ce sont de véritables vitrines de la marque. Il a fallu tout changer », raconte Giancarlo Giammetti.

«Il n’y a que le rouge  qui puisse concurrencer le blanc et le noir. Lorsqu’une femme porte du rouge, on ne voit qu’elle.»

Un style intemporel
Créateur de génie, Valentino fait ce qui lui plaît. Il ne suit pas les tendances, il ne les lance pas non plus. Peu importe s’il nage à contre-courant, comme en 1968 avec sa Collection Blanche, dédiée spécialement à Jackie Kennedy, alors que la tendance était à la couleur. Ce qu’il veut, c’est rendre les femmes belles. Sur les tapis rouges, Julia Roberts, Gwyneth Paltrow, Anne Hathaway, Sienna Miller, Cate Blanchett ou Nicole Kidman s’arrachent ses robes haute couture. Dès sa première collection, le rouge devient l’un de ses piliers, le rouge Valentino, passionnel et sanguin, sa signature. « Il n’y a que le rouge qui puisse concurrencer le blanc et le noir. Lorsqu’une femme porte du rouge, on ne voit qu’elle », assure-t-il. Il fait de la taille son point d’ancrage, développant les volumes autour d’elle et travaillant les tissus et les broderies au détail près. Les matières sont légères, elles flottent sur le corps, épousant les formes avec une élégance suggestive, sans jamais trop dévoiler. Une robe Valentino se reconnaît de loin. Maria Grazia Chiuri et Pierpaolo Piccioli, directeurs artistiques de la maison depuis 2009, ont compris ce précieux héritage et tentent de l’entretenir tout en innovant à chaque saison. Valentino est peut-être le seul créateur à avoir gardé son style durant toute sa carrière, rendant ses créations intemporelles. « Si tu es passionné par la mode, tu dois aimer Valentino », nous a confié Pierpaolo. « Il fait partie de nous. Nous sommes Romains, nous sommes Italiens, Valentino est à nos yeux ce qu’Yves Saint Laurent est aux Français », ajoutait Maria Grazia. Complètement différents et incroyablement complémentaires, Valentino a vu en ce couple de créateurs, plus rock’n’roll que glamour, le seul duo capable de lui succéder et il a vu juste. Entre 2009 et 2012, les nouveaux directeurs artistiques font progresser le chiffre d’affaires de la maison de 60%, dans une période peu propice au faste de la haute couture. Le pire est évité, la gloire préservée, Valentino peut souffler.—

Valentino en 5 dates

1932    Naissance de Valentino le 11 mai à Voghera, dans le nord de l’Italie.
1960    Il crée sa maison de couture en partenariat avec Giancarlo Giammetti.
1969    Jackie Kennedy commande six pièces de la Collection Blanche qui lui est dédiée, faisant connaître Valentino au niveau international.
2002    La maison Valentino est rachetée par le groupe Marzotto SpA.
2008    Le créateur se retire après un dernier défilé organisé en janvier au Musée Rodin.

Improbable mais vrai

  • Son nom complet est Valentino Clemente Ludovico Garavani.
  • Sa première entreprise a fait faillite à cause d’une mauvaise gestion financière.
  • Valentino a pris des cours de ballet avec le maître russe Violimin et Vera Krilova.
  • Il possède un chalet à Gstaad et un château à Paris en plus de ses résidences à Londres, Rome et New York et de son luxueux yacht amarré à Venise.
  • Il ne se déplace jamais sans ses cinq bulldogs.

Les robes cultes

    • Natalia Vodianova, sa muse depuis toujours, portant du rouge Valentino.
    • Robe en dentelle portée par Jackie Kennedy à son mariage avec Aristote Onassis.
    • Julia Roberts en robe Valentino de la collection vintage, lors de la cérémonie des Oscars 2002.
    • Collection360,automne-hiver 1965.
    • Audrey Hepburn, en couverture
      du Vogue en 1969.

Valentino, 2007, © Lorenzo Agius

© Lorenzo Agius

Audrey Hepburn, Vogue Italia, 1969 Vogue

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Siphra Moine-Woerlen