Embourbé dans un déluge d’accusations de viol, Bill Cosby, le plus célèbre gynécologue de la télévision américaine, alias le docteur Heathcliff Huxtable, risque le trou. Cosby, le show, serait-il enfin fini?

bill-cosby-protestRègle numéro un pour tout acteur qui se respecte: savoir se glisser dans la peau de son personnage. Par excès de zèle, certains jouent les prolongations en dehors des plateaux. C’est le cas de Bill Cosby, qui se plaît à dégainer son speculum à tout ce qu’Hollywood compte de wannabe starlettes. Mais où le bât blesse-t-il? Dans sa fougue, le gynécologue du petit écran ne se contenterait pas d’ausculter des demoiselles consentantes. Son modus operandi: assommer ses «patientes» à coups de sédatifs pour mieux les abuser. Une anesthésie générale pas tout à fait raccord avec la déontologie de la profession. Stakhanoviste de l’exploration vaginale sans accord préalable, le comique septuagénaire à la bonhomie affable ne serait donc rien de moins qu’un violeur en série. Et quand on aime, on ne compte pas: à son palmarès, plus d’une cinquantaine de femmes.

bill-cosby-colorado_exchTrente-cinq d’entre elles ont même posé pour la une du New York Magazine en juillet dernier pour dénoncer les faits. Judith Huth, Sharon Van Ert, Pamela Abeyta, Lisa Christie, Donna Barrett, le tableau de chasse du pervers pépère n’en finit pas de s’allonger… sans qu’il s’en inquiète outre mesure. Marié depuis un demi-siècle à Camille, mère de ses cinq enfants, l’époux modèle garde le silence. Seule une déposition de 2005 rendue récemment publique fait état d’une déclaration où il admet avoir administré des narcotiques à une jeune fille avant un rapport sexuel. Pas de quoi fouetter un chat selon lui, mais largement assez pour semer le doute, si doute il y avait encore. Moche. Surtout pour une superstar érigée en symbole du rêve yankee. Premier Noir à avoir créé une sitcom à son nom composée d’un casting exclusivement afro-américain, William Henry Cosby Jr. a mis en scène, huit saisons durant, le quotidien d’une famille aisée vivant à Brooklyn. Il y interprétait le fameux Dr. Heathcliff Huxtable, un gynécologue qui coulait des jours heureux avec Claire, sa femme avocate, et leurs cinq rejetons. On se souvient encore – il faut dire que les rediffusions n’ont pas manqué – des mimiques forcées, des cabrioles incessantes, des pulls improbables et de l’humour lourdingue du papa gâteau de Sondra, Denise, Theo, Vanessa et Rudy. Pendant des décennies, le Cosby Show caracole en tête des séries les plus populaires des Etats-Unis, tandis qu’au sommet de sa carrière, le monstre sacré de la télévision empoche jusqu’à 4 millions de dollars par mois.

bill_2Une success-story qui sent désormais le soufre à plein nez. Car si les procédures contre celui que tout désigne comme un prédateur sexuel peinent à aboutir, manque de preuves et prescription des actes obligent, la sanction médiatique, elle, est sans appel. Exit projets télévisuels et one-man-show, le docteur est invité à fermer son cabinet. Et pourtant… Aujourd’hui encore, l’idole déchue se classe au top des humoristes américains les mieux payés. Selon le magazine People with Money, le businessman aurait empoché l’an dernier 108 millions de dollars, soit une hausse de près de 70 millions par rapport à l’année précédente. Fort de placements boursiers juteux, d’un patrimoine immobilier XXL, de contrats publicitaires lucratifs, il possèderait en outre une chaîne de restaurants à Washington, «Chez l’Gros Bill», et un club de football dans sa ville natale à Philadelphie, et prêterait son nom à une ligne de vêtements, «Cosby Seduction», ainsi qu’à un parfum, baptisé « L’Eau de Bill ». Une manne colossale qui n’empêche pas Bill d’avoir les boules. Une plainte pour agression datant de 2008 vient juste d’être déposée. Des faits qui peuvent donc encore donner lieu à des poursuites. Une première. Bien que défendu par une armada d’avocats, le Doc Gynéco chéri de l’Amérique pourrait bien enfin avoir à jouer de son spéculum en solo… et derrière les barreaux. —

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A propos de l'auteur

Gaëlle Sinnassamy
En introspection / Psy Arty

Gaëlle Sinnassamy prend le temps de découvrir l’autre, de lever un coin du voile en posant son regard avisé sur nos rubriques psychologie et art.