Canapé Step, édité par Viccarbe en 2013.

Canapé Step, édité par Viccarbe en 2013.

Par Manon Provost et Paul-Henry Bizon

Des cubes, des lignes, du ciment… L’architecture de Vincent Van Duysen est brutaliste sans être brutale. Une subtilité de langage visible dans ses constructions et ses intérieurs minimalistes. L’ensemble est rigoureux mais il s’adoucit par un travail de formes primaires, des lignes de fuite sensuelles, des symétries majestueuses et des associations de matières d’où jaillit une sensibilité primitive échappant à toute austérité.
En 1985, lorsque Vincent Van Duysen obtient son diplôme d’architecte, l’époque est aux lignes alambiquées, aux entrelacs, aux asymétries, comme en témoignent les façades penchées du déconstructivisme, tendance de l’architecture portée par Zaha Hadid et Daniel Libeskind. Mais le jeune Belge ne se reconnaît pas dans cette manière de faire. A ces démarches individuelles, extravagantes et radicales, il préfère l’architecture moderne, l’intemporalité des villas blanches de Le Corbusier, l’efficacité des pans de verre et des murs de béton qui caractérisent les créations minimalistes de Mies van der Rohe. Et c’est à Anvers, au sein de sa propre agence fondée en 1990, qu’il va décider de développer ce vocabulaire élémentaire tenu par des formes primaires et des matières brutes. Le ciment, le bois, le lin sont autant de matériaux traditionnels utilisés pour donner vie à des espaces sereins et à des objets aux silhouettes apaisées. Sans en démordre, Vincent Van Duysen revendique son pragmatisme exsangue de tout artifice: «Je ne conçois pas l’architecture comme un spectacle pour les yeux. Pour moi, la vérité et la sincérité de l’objet sont beaucoup plus importantes. C’est la raison pour laquelle j’essaie de créer des objets fonctionnels et non des gadgets.» De ce rationalisme aigu, il tire des créations conçues pour être «au plus près de l’essentiel de la vie quotidienne».

Vincent Van Duysen © Mark Segal

Vincent Van Duysen © Mark Segal

Quelle est votre définition de l’espace?
L’espace, c’est l’univers. L’endroit où l’on vit. C’est l’herbe autour de nous, c’est une boîte, une chambre, une place avec ou sans parois… On peut avoir besoin d’un espace très ouvert dans lequel on se sent libre ou on peut aimer un espace plus introverti. Tout cela est très subjectif. Pour moi, c’est l’une des choses les plus importantes dans la vie d’un être humain.

On parle alors à l’échelle de l’humain, du design…
Le design, c’est encore plus pragmatique que l’architecture, parce qu’on est limité par de petites dimensions. J’ai toujours conscience de produire un design « archétypal », avec des matières et des formes très primaires. J’aime partir d’un objet de tradition, typique, et l’actualiser en utilisant d’autres dimensions, d’autres matériaux, d’autres coloris. Le mot design est devenu très commercial, très négatif et très à la mode.

Qu’est-ce qui vous semble le plus important dans votre travail?
Après mes études, je suis allé à Milan travailler avec Ettore Sottsass. J’étais contraint d’utiliser un langage très formel, celui du groupe Memphis. Ces créateurs étaient inspirés par la vie des pays asiatiques et par leurs langages domestiques, dont ils transposaient les formes archaïques avec des coloris et des matériaux de leur époque, qui était celle de l’industrie du design. De mon côté, en voyageant dans les pays méditerranéens, j’ai rapidement été très touché par la simplicité des modes de vie. J’ai donc créé mon langage, en utilisant dès les années 1980 la brutalité du bois et des tissus comme le lin, les sols en ciment, très rudimentaires, l’effet d’une source de lumière…  —

DC2 Residence

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Etagères Totem, éditées par Pastoe en 2010

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Fauteuil Theo, édité par B&B Italia en 2012

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VM Residence

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A propos de l'auteur

Paul-Henry Bizon
Fin limier

Fin limier à l’écriture mordante, Paul-Henry Bizon distille les tendances au fil des numéros et épingle les célébrités et politiques qui divisent.