La célèbre soprano roumaine Angela Gheorghiu, fidèle à sa réputation de prima donna imprévisible et flamboyante, s’est permise de modifier certains airs du programme lors de son récent récital avec l’OSR au Grand Théâtre de Genève, obtenant néanmoins une standing ovation. Capricieuse ou diva?

Interview Siphra Moine et Patrick Galan

Angela GheorghiuCelle qui avait épousé Roberto Alagna sur la scène du Met de New York en 1996, puis s’en était séparée en l’accusant de violences conjugales, est dotée d’une grande prétention, associée à un talent immense et exceptionnel. Elle a souvent fait la une des tabloïds en raison de ses coups d’éclat, comme lorsqu’elle s’est retirée, très en colère, d’une production de Don Carlos de Giuseppe Verdi au Royal Opera House de Covent Garden. En 2007, elle fut même écartée de La Bohème au Lyric Opera of Chicago pour absence de répétition et non-essayage de costumes.  « J’ai déjà chanté La Bohème une centaine de fois. Sauter quelques répétitions n’est pas une tragédie. Il m’était impossible de me prêter à des essayages alors que je me trouvais à New York. » En réalité, elle n’a pas dit qu’elle était alors à New York pour passer du temps auprès de son mari qui chantait Roméo et Juliette au Met et pour, dans le même temps, répéter Madame Butterfly de Puccini…
Caractérielle ? Car il est difficile d’imaginer meilleure virtuose qu’Angela Gheorghiu, élevée au rang prestigieux d’«Etoile de la Roumanie», pour interpréter certaines partitions, même si sa diction est parfois approximative. Sa voix, légère comme une plume, correspond à la façon coulée avec laquelle elle se déplace sur la scène. Elle est une actrice naturelle qui joue une scène de la mort bouleversante et signe une aria « Poveri fiori » tout simplement inoubliable dans Adriana Lecouvreur, l’opéra de Cilea. Cette femme narcissique, qu’on appelle souvent «Cruella» ou « Draculette», peut être à la fois le paradis et l’enfer. Quand vous avez assimilé toutes les contradictions de ce personnage déroutant dont l’humour n’est pas la qualité première, vous disposez des armes indispensables pour la rencontrer. Ce que Trajectoire a fait.

Madame Gheorghiu, on vous critique souvent!
Qui me critique? On a très souvent donné une image de moi totalement fausse. Je voudrais que les gens découvrent enfin la vraie Angela. C’est vrai, je joue parfois à la diva, mais j’aime ça, je veux que mon public m’aime et qu’il m’applaudisse. Je me mets juste en colère lorsque certains directeurs ne parlent pas la langue des opéras qu’ils dirigent…

Votre vie et vos caprices pourraient faire à eux seuls un opéra passionnant…
Et encore, vous ne savez pas le plus intéressant!

C’est-à-dire ? Vous ne voulez pas nous en dire plus?
Non, non, c’est un secret pour plus tard!

Etes-vous amoureuse?
L’amour ressemble à une maladie; il contamine chaque parcelle de moi-même, même mon cerveau ! Je suis une amoureuse stupide, mais je ne pourrais pas être Angela si je n’étais pas romantique. Et je ne veux pas penser à l’avenir. [Son boyfriend actuel, Mihai Ciortea, est un stomatologue de vingt-deux ans son cadet.]

Vous êtes très belle, avez-vous un secret?
Je ne fais pas de sport et, pour l’instant, je n’ai pas encore eu recours à la chirurgie esthétique. Mais je ne suis pas contre… J’adore traîner au lit et dormir beaucoup. J’aime aussi le silence, car je dois protéger mes cordes vocales pour conserver ma voix lyrique… Mais, vous savez, je suis née avec un don et j’en suis consciente. Mon professeur est juste là pour m’aider et, dans mes tournées, je ne me suis entourée que de trois ou quatre personnes, dont ma cousine, qui est mon assistante. Je ne fais jamais appel à un pianiste, à un répétiteur ou à un coach. C’est parfois pesant d’être un peu hors norme; le résultat plaît ou pas, cela m’est complètement égal. Depuis l’âge de 6 ans, j’ai toujours fait comme je voulais et j’ai mené ma carrière suivant mes propres règles.

En avril, Warner Classics vous a dédié une collection de disques, dans laquelle Franco Zeffirelli délivrait un message en votre honneur.
Oui, nous nous adorons, c’est le maître des maîtres dans la direction d’opéras, un génie inégalé dans l’histoire du théâtre, comme dans celle du cinéma. Ah, sa Traviata…!

A Genève, vous étiez accompagnée par Tiberiu Soare. Pourquoi ce choix?
Je travaille depuis longtemps avec Tiberiu et, pour moi, chanter sous sa direction me procure une authentique émotion, une complicité dans laquelle prévalent une musique et une voix expressives. La magie, c’est sa capacité à s’adapter à mon style, comme un caméléon.

Vous avez chanté sur les plus grandes scènes du monde. Pourquoi avez-vous programmé une tournée entière en Australie cet automne?
Pourquoi et comment, c’est mon choix. Je fais ce que je veux, non ? J’aurais pu ne pas être libre à cette période, mais ce n’est pas le cas et l’Australie possède une histoire très importante avec l’opéra. Et puis j’aime voyager… Ma maison, c’est ma valise! —

A retrouver le 25 juillet 2015 au Verbier Festival.


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Siphra Moine-Woerlen